GTE I^ SG£NS III
sérénades^ que de coups d'épée L, C'était le bon temps! Que son palais était beau, la nuit, à la clarté de mille feux, aux accents de la musique et de la danse, aux éclats du festin, au bruit de l'or et des dés qui roulaient sur le marbre! c'est ainsi qu'il a dépensé plus des trois quarts de sa fortune, sans y regarder, sans compter, se ruinant et riant toujours!., pendant que les vieux sénateurs secouaient la tête, et se disaient entre eux: Jeimesse oisive et dissipée qui finira mal! avenir et talents perdus pour la patrie!
HATDÉE.
Ociel!
DOHEinCO.
Voilà que tout à coup, le lendemain d'une fête magnifique, où il avait invité tous ses compagnons de folies et toutes les beautés de la ville, il renonce au bal, aux courtisanes et à tous ses amis. Il dit adieu à Venise , équipe un navire, se fait soldat et va se battre contre les Turcs , mais se battre, dit-on, de manière à se faire tuer! Depuis six ans il ne fait que cela. C'était chaque année nouvelles victoires, nouveau butin, nouveaux grades ! Estimé du sénat, adoré du peuple, il est amiral de Venise et sera doge un jour ! Il est glorieux, il est grand, il est riche!... maie il ne rit plus!
En vérité !
DOMENICO
Excepté les jours de bataille... il se réveille... il est heureux, mais le danger passé, la victoire gagnée, pendant que chacun le félicite, il écoute à peine ^ il baisse la tète, et j'ai vu même quelquefois, quand il se croyait seul, des larmes couler, là!
(Montrant sa joue.)
BATDÉE, ETee intérêt.
Ah! mon Dieu!
DOHENICO.
Bien plus ! (à toîx basse.) moi qui couche près de son appartement, je l'entends toutes les nuits se promener avec agitation... et une fois, il parlait si haut... que quoiqu'il m'ait défendu de jamais le déranger... je suis entré.
HATDÉE.
Eh bien?
DOMENICO
Eh bien !.. c'était effrayant. Il ne m'avait ^i vu ni entendu !
288 HÂTDiE.
il dormait^ comme qui dirait tout éveillé. Il était assis ^ et quoiqu'il n'eût devant lui ni table, ni cornet, il avait Vair de rouler des dés, et il disait : Six et quatre... six et quatre , puis un grand silence !.. puis il cachait sa tête dans ses mains!
HATDÉE.
Tu n'as parlé de cela à personne?
DOMENICO
A personne!., qu'à vous, Haydée.
HATDÉE.
A moi qui lui dois tout... et qui lui suis dévouée.
DOMENICO
Je le sais ! je le sais! il y a trois mois, quand on l'a reporté ici, à Zara, couvert de blessures et presque mort... U n'en serait pas revenu sans vos soins.
HATDÉE^ rinterrompant.
C'est bien.
DOMENICO
Tant qu'il est resté sans connaissance, vous ne l'avez quitté ni jour ni nuit...
HATDÉE, de même.
C'est bien !.. c'est bien !
DOMENICO, TÎTement.
Oui, VOUS avez raison, c'est bien ! aussi, depuis ce temps-là^ quoique vous ne soyez qu'une pauvre Grecque, une esclave... moi, Domenico, qui ai l'honneur d'être matelot et citoyen de Venise, j'ai conçu pour vous une estime... laquelle m'a donné des idées... ou plutôt un projet dont je vous parlerai...
HATDÉE.
A moi!
DOMENICO
Pas ici!., à Venise, quand nous y serons de retour, ce qui ne tardera pas, grâce au ciel !... car j'ai tant d'envie de revoir les lagunes et ma gondole ! ah! vous qui ne connaissez que l'île de Chypre, votre patrie.^, si vous saviez quel bonheur d'habiter Venise.
Je n'y tiens pas!
DOMENICO
Laissez donc ! c'est si beau !
HATDÉE.
Mais vos inquisitetu's, vos espions!