ACTE I; SCÈNE III
et tout à coup^ ce qui lui arrive souvent^ il a changé... il est devenu triste!
HATDÉE.
C'est bizarre!
DOMENICO^ s*«ueyaiit près de la table à ganche et nettoyant le «hibouque
de son maître.
Et c'est dommage! un si bon maître!., j'en sais quelque chose, moi, serviteur de sa famille; moi, gondolier de père en fils, qui ai abandonné Venise et me suis fait matelot, pom* rester avec lui... et je ne suis pas le seul qui Tairae! il n'est puissant... que pour rendre service; il n'est riche... que pour les autres^ et il fait du bien à tout le monde.
HATDÉE.
C'est vrai!
DOHENICO.
A commencer par vous, pauvre jeune fille, échappée presque seule aux massacres de Chypre et tombée entre les mains de ce Malipieri...
HATDÉE.
C'était là le plus terrible!
DOHENICO.
Et ce que vous ne saiwz peut-être pas, c'est qu'il voug a enlevée à Malipieri, non pas d'autorité, comme il le pouvait ^ mais en vous rachetant!... toute sa part du butin qu'il lui a abandonnée pour vous ravoir !
Est-il possible?
DOHENICO.
Et parce qu'il ne pouvait pas vous garder avec nous à bord, il vous a conduite ici, à Zara. dans sa famille, auprès de Rafaêla, sa pupille! une jolie fille, celle-là!
HATDÉE, avec émotion.
Oui... elle est jeune, elle est belle!., et toi, Domenico, qui sais tout, comment est-elle sa pupille? Elle est de sa famille sans doute?
DOHENICO.
Non!
HATDÉE , de mAsH.
Ah!., on la lui a confiée?...
DOHENICO.
Du tout ! c'est une orpheline de famille patricienne, la nièce
^86 UÀYDÉE.
de l'alvogador Donato^ un dissipateur qui ^ il y a quelques années ; s'est ruiné et s'est tué^ laissant des dett(^ et sa nièce Rafaëla dans la misère. Lorédan, qui avait alors vingt-quatre ans^ et qui connaissait à peine Donato, a adopté cette jeune fille.
HATDÉE^ de même.
AhfiiraimaU!
DOMEKICO.
Il y a six ans de cela. Elle en avait douze alors» et il ne l'avait jamais vue.
HAYDÉE f vivement.
Ah ! c'est bien 4 lui... cœur généreux!
' DOMENICO
Et comme il ne pouvait l'emmener dans ses courses en mer, il l'a confiée ici à la femme du gouverneur^ sa parente^ qui l'a élevée.
HÂTDÉE^ avec hésitation.
Mais maintenant Rafaêla a dix-huit ans, et tout ce que son bienfaiteur a fait pour elle doit lui inspirer une reconnais^ sance...
DOMEISICO.
Elle qui est votre maîtresse... et qui est toujours avec vous, a dû vous le dire...
BATDÉE, naïvement.
Je ne le lui ai jaipais demandé; mais Lorédan doit» comme tout le monde, admirer son ouvrage!
DOMENICO, haussant les épaules.
Ah bien oui!... il la regarde à peine et ne s'en occupt guère...
BATDÉE.
Tu crois?.. ,
DOMENICO, se levant et descendant au bord du théâtrje.
Il n'a plus le temps de rêver aux amours!
HATDÉE , vivement.
Ah !.. (Avec embarras.) 11 n'a douQ pas toujours été alnsî?
DOMENICO9 gaiement.
Lui ! . . Lorédan Grimani II! c'était de tous nos jeunes patriciens celui qui faisait autretois le plus de bruit à Venise, par se^ plaisirs et ses folies! Pas une mascarade >\pas une fête au Lido, dont il ne fût le héros! j'en sais quelque chose, car c'esl moi qui conduisais sa gondole. Et que d'aventures > que de