RAFAËL, GIL VARGAS
(Tous les deux entrent en causant.) RAFAËL.
Tu dis donc, Gil Yargas, que tu viens de voir le duc d'Ëstu niga, mon oncle?
VARGAS
Oui^ mon élève !
RAFAËL
Et il est furieux!
VARGAS
Contre vous et contre moi... le licencié Gil Vargas, qu'il accuse de vous avoir donné des idées. J'ai eu beau lui répéter que pendant les dix années qu'il vous avait conOé à mes soins... je ne vous avais rien appris... rien, absolument rien... de ce genre-là... que vous étiez sorti de mes mains, à dix-huit ans... simple, timide et ignorant de toutes choses...
CeetTrai!
LA. FAUT pu miBLX.
lUkTAKL.
« Pourquoi donc, dapuis titàa OKdt, a-t-il pris ec dëgoût « ]a vie monastique i, laquelle je )e doetinais? Pourquoi la.
■ pension de six cents ducats «jue je lui ai assurde est-elle dé-
■ pensée en robes de femmes et en parures? Pourquoi, enfin, « a-t~il fait des dettes?., ■ A H mot, et avec tout le respect que je dois à la noble maison de Las Cuevas, et surtout au duc d'Estuolga, votre oncle, j'ai juré que cela n'était pas.'
lUPtEL.
Tu as eu tort de jurer...
TARUS.
Vous n'avez plus d'ai^ent?..
BATUU Plus un maravédis.
YUtGU.
Et vous avez des dettes?..
Pour deux cents ^stoles...
VMIUS.
Vous avez donc hanté les mauvais sujets, les libertins?..
RAFAËL
M'en préserve le dd!
VtRU«.
Vo)is vous êtes lancé dans le pharaon ou le lansquend,' perdition de la jeunesse?..
mua..
Jamais... Et d^uis bvls mob que tu m'as quitté, je passais toutes mes journées à étudier ma théol<^e, dans les grands in-folio que tu m'as donnés, le père Sanchei, le père Escobar..
TABGAS.
Bons livres I
Mauvais livres, car ils sont si ennuyeux, qu'ils font penser avais toujours \e.t yeui en l'air... et, justenes fenStres, él^tent les ateliers d'une des res de la ville,et parmi ses jeunes ouvrières,
À^QTB l, SGÊlfB I. 43
lUiABL.
Tu l'as dît. Une figUrë diTine... un ange... et moi qui n'étais babit}ié qu'à te voir!..
Vous la iregardies^..
Toute la journée.
RAFAEL
AIR
C'était elle Qul^ le jour, Ifenivrait de petiterfe d'amour I G*éiait elle Qui, lA flttit^ Eu rôTB habitait mon réduit!
Oui, c'est elle Que Je regrette et que J'appelle!
Et dans tous les lieux, Daof mon cesur et devaiit mes yeux.
C'est elle!...
Toujouni elle ! * A 8^ Tue^ une ardeur soudaine ^ ^^
Me faisait trembler et rougir!
Et c'était un trouble, une peine Plus douce encor que le plaisir!
Dans tes leçons, dans aucun livre.
On ne me parlait nulle part
De ce charme (jui nous enifre... ^^
Et inôme en lisant Elcobar, Sais-tu bien qui Tenait s'offrir à mon regard? ^
C'était elle!
Qui, le Joilr, ete.
TARGAS.
Et c'est pour elle que vous avez fait toutes ces folies?
RAFAËL
Oui... Pour parvenir jusqu'à elle... pour lui parler... je n'avais qu'un nioyen... c'était de commander des robes, des mantilles ou des basquines, ce qui est très-cber!..
VARGAS
Je le crois bien !
RAFAËL
J'en commandais tous les jours... Et quand la pension de mon oncle a été épuisée... J'ai fait des dettes pour avoir des
M hk FAET pu SIABIJ5.
fontanges et des falbalas; et quand on n'a plu$ voulu me prêter... j'ai vendu le père Sanchez et le père Escobar, pour acheter des rubans et des dentelles...
TARGAS.
Vous^ Rafaël d'Estuniga^ mon élève! Et qu'avez-vous fait de tout cela?
RAFAËL
C'est chez moi! dans ma chambre d'étudiant, que j'ai quit* tée... parce que celle que j'adore s'est éloignée... Je ne la vois plus... j'ignore ce qu'elle est devenue!
Et que voulez-vous faire?
RAFAËL
Je n'en sais rien!... mais je ne veux plus étudier la théologie... Je suis gentilhomme 9 je puis porter Tépée, faire mon chemin, et épouser un jour celle c^ae j'aime.
VARGAS
Malgré votre oncle?... Il vous déshéritera, ce qui ne peut tarder, car il est au plus mal !
^ RAFAËL
En bien! sans amis, sans famille, sans maîtresse, rien à espérer dans le présent et dans l'avenir.... il n'y a plus qu'un parti... et ce n'est pas ma faute si l'on me force à le prendre.
VARGAS
Lequel?
RAFAËL , regardant autonr de lui.
M Ce n'est pas sans raison que j'ai dirigé nos pas de ce côté...
V*^Tleconnais-lu cet endroit?
VARGAS
C'est l'abbaye de Notre-Dame-des-Bois, à deux lieues de Madrid... et, de ce côté, la posada des Armes de Castille... hôtellerie qui, d'ordinaire, sert de rendez-vous dans les chasses royales...
RAFAËL
Et ce vieux chêne, qui a trois cents ans pour le moins?...
VARGAS, souriant.
Celui qu'on appelle V Arbre des Sorcières?
Oui! oui, c'est bien cela... Et dans les livres saints, en qui j'ai toute croyance, j'ai lu... et toi-même me l'as répété, qu'on avait bâti ce monastèi*e pour éloigner de cette forêt lessorcici-s