‹ Théâtre (volume 3)Chapitre 230 sur 276 · ACTE I^ SGKNÊ XIII · texte numérisé non relu

ACTE I^ SGKNÊ XIII

J'ai perdu ! . . . par ma foi , qu'importe !

Faut-il une somme plus forte?

Jouons^ amis!... jouons encor!

Ahl que Venise est belle!

Et quels accents joyeux!

Mon palais étincelle Ce soir de mille feux !

Ici^ loin des profanes^ Amis^ versez toujours !

Je bois à vos sultanes^ Je bois à mes amours!

(L*orche8ire, qui jusque-là avait été -nf et joyeux, exprime tout à coup

une musique sombre et agitée.) MALIPIERI^ regardant Lorédan.

Quel changement^ ô ciel!... sur son yisage!

Ses doigts crispés se contractent de rage !

LORÉDAN^ toujours assis sur le canapé devant la table, pendant que Halipieri, qui est de l'autre c6té de la table, suit tous ses mouvements avec onriosité.

Quoi! perdre encor!... perdre toujours!

(Frappant du poing avec colère sur la table.) Eh bien donc^ mon palais!... oui^ tout ce qui me reste!

Sur un seul coup... un seul!... Destin funeste, Tu ne m'abattras pas!... Satan! à mon secours! J'entends rouler les dés... et je sens mon cœur battre. Allons!... et si je perds... la honte... le trépas! (il semble attendre avec anxiété les dés que sou adversaire va rouler

sur la table. -* Regardant.) Ah! pour lui... six et trois...

(n a l'air de prendre les dés, de les agiter, et dit à part lui, avec

joie et espoir.)

Il faudrait... six et quatre !...

(U roule les dés sur la table et dit à voix basse avec effroi.) Je perds!...

(Regardant son adversaire, U s'écrie vivement.) ciel ! ... il ne regarde pas !

U est à ramasser son or...

(Par un geste rapide, il a Tair de retourner avec la main un des dés qu'il vient de rouler et s'écrie d*un air contraint.)

Ah! six et quatre!

MALIPIERI^ qui l'examine avec attention.

Quel mystère!

306 BATBÉE«

LÛRGDÂN^ d'une voix tremblante.

Oui... je gagne!

(a part et essuyant la sueur qui coule de son firent.)

Oh! honte!... j'ai gagné!...

Et la fortune change!... et lui... l'infortuné... Perd à son tour ! ... toujours ! . . . toujours !

(écoutant avec impatience.)

Quels chants de joie!

(se levant et venant au bord du théâtre.) Lorédan est vainqueur!... disent-ils... taisex-TOus!

(a demi voix.) Lorédan est un làche^ un infâme!... en proie Aui tourments... et pourtant Toilà qu'ils chantent tous. Ah! que la nuit est belle.

Et quels accents joyeux I Le palais étincelle Ce soir de mille feux!

(S*iaterrompant et criant.) Taisez-vous ! taisez-vous ! . . .

(S6 promenant aveo agitation.)

Supplice sans pareil!

Pour moi plus de bonheur! pour mol plus de sommeil!

Mes torts^ du moins, je veux, quoi qu'il m'en coûte, Je veux les réparer!

(Comme M parlait à quelqu'un.) Écoute bien! écoute!

A toi, Rafaëla, la moitié de mes biens...

Et pour l'autre moitié,., jure de la remettre Au fils de Donato... s'il existe encor,.. tiens!

(Tirant de son sein la lettre cachetée qu'il vient d'éerire.) Tiens! tu lui donneras... sans rpuvnr*** cette lettre. Pour lui seul...

MAUPlERIj poussant nu tri et saisissant U lettre. Ah !... (il s'approche de la table à droite, et lit à la lueur de la lampe, pendant que Lorédan est resté imquobile et debout au bord du théâtre; lisant

l'adresse.) c( Au ôls de Donato Tavogadop, pour lui seul!... i>

(Ouvrant la lettre qu'il parcourt à la hâte.) tt Un SOlr... dans TÎTreSSe

a du vin et du jeu... votre père, contre qm j'avais risqué raa (( fortune siu: un coup de dé... voti*e pière a été trompé et

c( ruiné par moi!... » (il achève de lire la lettre à voix basse. Pendant ce temps, Lorédan, dont le visage est redevenu calme et serein, reprend taiement le premier motif.)

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