‹ Théâtre (volume 3)Chapitre 8 sur 276 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

FIAMMÂ^ debout près de lui.

Allons donc! il y en a toujours !.. Mon maître^ mon msàtre^ Confiez-vous à votre fidèle servante...

Tu n'y peux rien !

FIÀHMA.

Qu'en savez-vous? Je peux toujours vous consoler...

STENIO

Et si ma perte est certaine...

FIAMMA9 avec entrainement.

Me perdre avec vous !

STENIO^ lui fiejrrant la main.

Âh! Fiamma! mon amie! ma sœur!.. Oui^ je te dirai tout!

FIAMMA y se rapprochant de luL

A la bonne heure ^ au moins !

STENIO

Tu sais que jeune ^ sans expérience^ et grâce aux bons amis qui m'entouraient^ je dissipai en quelques années la fortune que mon père avait amassée dans son commerce d'orfévré* rie... et loin de suivre tes avis, loin de chercher dans le travail et l'économie une nouvelle source de richesses, je résolus de tout regagner en un seul jour ou de me tuer !

FIAMMA

Jésus Maria !

STENIO y toujours assis.

C'était, comme aujourd'hui, le jour de l'Assomption... Il me restait deux cents écus d'or... J'allai à Venise, au palais Graziani, où affluaient tous les étrangers et où l'on jouait gros jeu... Je risquai, d'un seul coup, tout ce que je possédais... et je gagnai! Je doublai une seconde, une troisième fois je gagnai encore, je gagnai toujours ! Celui contre lequel je jouais était un jeune seigneur couvert de riches habits et dont tous les t)*aits respiraient la sottise et le contentement de lui-même... et lorsque, avec un sourire niais et railleur dont j'aurais dû me défier, il jeta sur la table ses bagues, sa ceinture, ses chaînes en diamants, me demandant une dernière revanche... tous mes trésors contre les siens... j'acceptai, certain du succès... Tout le monde se leva, se pressa autom* de nous... il se fit un grand silence... les dés roulèrent... et je perdis ! (se levant.) Oui, Fiamma , oui, j'avais tout perdu !.. La

44 LE DIABLE A L'ÉGOLE.

rage dans le cœur^ mais calme en apparence et le sourire sur les lèvres, je sortis... La nuit était profonde... Je me dirigeai vers le grand canal et j'allais m'élancer... lorsque je me senë retenu par mon manteau... le me retourne... c'était mon joueur, mon adversaire dont j'entends encore l'éclat de rire stupide... — Y pensez-vous, mon cher? se tuer poiur si peu !.. Tous vos trésors, je vous les rapporte, et bien d'autres, si vdus le voulez. — Et qui êtes-vous? m'écriai-je. Il me répondit froidement i Ne l'avez-vous pas deviné en me trouvant dlns une maison de jeu ? C'est là notre domicile... quiconque y met le pied ne s'appartient plus, car, eti sortant, 11 tonibe entre nos mains, tu le vois... Et à la lueur d'une lanterne sourde cachée sous son bras, je vis un parchemin qu'il hie tendait, et une plume de fer... que dans ma fièvre... àmi mon délire... je saisis...

FIAMIU.

Vous avez signé, grand Dieu !

sffEino.

Oui, j^aî signé... j'ai Jui-é la perte de mbti ftme... Mais ce n'est rien encote... le marchai, je courus... et alrrivé chez moi, épuisé de fatigue, de terreur, de remords... Je tombai dans un sommeil léUiargiqiie...

FIAMHA.

Je me le rappelle encore, tant j'en fus effrayée.

Et je vis en rêve... je vis mon père assis dans la chambre où j'étais... il regardait un grand cofire plein d'or et il disait : « Oui; mon fils, dont je connais le cig'actère, aura bientôt dissipé la fortune que je iui laisse... Mais plus tard, éclairé par le malheur et par l'expérience, il apprendra le prix et l'usage des richesses, et alors, il sera heureux de trouver ce trésor que ma prudence paternelle aura amassé pour lui et caché derrière ce panneau que recouvre mon portrait... » En ce moment, je m'éveillai... et encore sous l'influence de ce songe , je courus à ce tableau que mes mains embrassaient , et sous mes doigts se rencontra dans le cadre un clou doré que je pressai, et le panneau s'ouvrit... et je vis devant moi plus de trésors que je n'en avais jamais possédé...

FIAMMA

Est-il possible ?

sGÉjffE ni. IK

STEmO.

Et e'est datis ce moment que, désespérant de la Prôtidétice et de moi-même, je venais de me yendre, de jurer ma perte en ce monde et dans l'autre... car, sans voir, sans examiner ce que je signais... j'avais promis que dans deux atns...

FIAIIMA.

Est-il possible !

STERIO.

Oui... pour {Hrix des trésors qu'il m'avait donnés > et qui désormais me devenaient inutiles... j'avais jui|^ que dans dj^ ans^ à pareil jour... ce soir... àminuit, je lui appartiendrais...

FIAMMA

Ce soir?

STENIO, montrant le papier.

Et c'est cette dette que Babyias vient me rappeler... (a part.) Cest lui ! le voici ! (Haut.) Va-t'en !

FIAMMA 9 apercevant Babyias à rextrémité de TaUéeà gauche et poussant «i

on.

Ah ! (Elle se cache la tète dans les mains et s'enfuH par Tallée à droite.)

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