SCÈNE VIL BASTLAS, STEMO
BABTLAS, regardant Fiamma qui s*enfmt«
Eh bien! eh bien! elle s'en va!... C'est dommage! car vrai, elle est charmante !
STENIO
Tu trouves?
BABTLAS.
le le juré pM Belzébuth^ mon parrain !
STEIflO, avec ironie.
Halhetireus^jnènt, c'est l'honneur et la vertu même... et pour toi, il n'Y a pas m6yen d'en approcher.
BABTLAS, faisant jdwt.
Peut-être... si je le voulais bien.
Ah ! tu es fat et libertin ?
» BABTLAS.
«quoi pas?... Croyea-votfs donc qu'il n'y ait que tous hommes qui ayez le.droit de l'être ?... Ça n'empêche Irè bon did)le... et je le sais.
16 LE DIABLE A l'ÉGOLE.
STENIO
Eh bien! prouve-le-moi?... J'ai traité avec toi sans marchander.
babtlas.
C'est vrai!
STENIO
J'ai signé ce que tu as voulu ^ sans le lire.
BABTLAS.
Parce que je t'ai pris au bon moment... quand la passion t'empêchait def éfléchir et de calculer.
STENIO
Je t'aurais demandé cent ans, deux cents ans de jeunesse el de fortune... tu me les aurais accordés...
babtlas.
Sans contredit... Tu ne l'aurais pas payé plus cher. (Riant et le frottant les mains.) Cest en Cela que j'ai fait une bonne affaire.
STENIO
Et moi^ un marché de dupe... tu m'as trompé^ friponne...
BABTLAS.
C'est mon état.
STESIIO.
Et si tu avais un pei^e conscience...
Moi? Où veux-tu que je la mette?..
STENIO
Eh bien! un peu de générosité... tu m'accorderais une vingtaine d'années de plus...
BABTLAS.
En me parlant de générosité, tu me prends par mon faible... parce que nous autres libertins et mauvais sujets nous sommes toujours généreux, et je voudrais t'accorderta demande; mais voici ma position, tu vas en juger par toi-même.
STENIO, lui montrant la table à gauehe. ''^-
Asseyez-vous donc.
BABTUS.
Très-volontiers.
STENIO, lui montrant les bouteilles de liqueur qui sont sur la table.
Oserais-je vous ofïrir un veree de schiras?
BABTLAS, s^asseyant de T^tre c6té de la table. . v ' '
Je ne demande pas mieuj^.. Le vin, le jeu et les femmèsifl,.
gCÉNE VII. 1^
STENIO^ souriant.
On aîme donc, en enfer?
B.iBTLAS.
Par goût et par reconnaissance... Ils nous amènent tant de clients! (Buvant.) À ta santé!
A la vôtre!... Je vous écoute.
BÀBTLAS.
Tu sais qu'on me nomme Babylas... Je suis d'une des bonnes familles de là-bas... le treizième fils d*Astaroth et cousin-germain de Belzébuth qui voulut bien être mon parrain et qui me dit : Tu es le dernier de ta famille, tu ne dois attendre que de toi-même ta position et ta fortune... Je te souhaite donc de l'esprit.
STENIO
Et vous en avez.
BABTLAS.
Dam! je trouve que j'en ai beaucoup!... D'abord, c'était l'intention de mon parrain... Mais ils disent tous... c'est le proverbe, que l'enfer est pavé de bonnes intentions... lesquelles produisent toujours un effet contraire ; tant il y a que pei-sonne n'est prophète en son pays et que là-bas je suis, depuis mon enfance, leur jouet et leur plastron... C'est à qui se moquera de moi et m'enverra des camouflets... entin, s'il faut te l'avouer, ils me regardent tous comme un bon enfant... ce qui est humiliant et honteux pour un diable... Et moi, qui ai de l'orgueil et de l'amour-propre comme un homme... je brûlais à petit feu... et voyant cela, mon parrain me dit : Babylas, te voilà grand, te voilà majeur, il faut commencer tes voyages et te distinguer par quelque action brillante, pour imposer silence aux railleurs... Je vais te faire donner une mission sur terre... c'est là que tu pourras achever tes études, te dégourdir et te former... parce que, la plupart du temps, ils sontj^jiaut plus malins que nous... et ce que tu apprendras ebe^Vnx, joint à ton esprit naturel, me permettra de te donner de l'avancement auprès de Satan, noti-e roi. A quoi je répondis : Mor parrain, je suis prêt à partir. Et on me délivra ime commission en bonne forme qui m'ordonnait de voyager pendant un an sur terre, à la seule condition de rapporter de mon émotion une âme, une seule... Et je me dis, avec mon espritdflBel : ce ne sera pas difficile.
{6 LE DIABLE A L'EGOLE.
StENlO.
Eh bien?
BABTLÂS^ se levant.
Eh bien! votls allez toir... Mon parrain m'avait laissé sur son banquier^ un juif, un homme à liil, tout l'argent nécessaire pour faire le voyage avec agrément, et le choiif des moyens était à ma disposition... Je pris lèS traita ki l'étude ' d'un procureur!
STENIO
C'était bien... un bon état!
BABTLAS.
Oui... mais qui offrait trop d'analogie avec l'autre... C^H devait inspirer de la défiance, et ce n'était ptesque pas H peine de changer... D'ailleurs, mes confrères en savaient iàùà plus long que moi,' et mon étilde allait mal ! j'allais être obligé de vendre quand il m'arriva, un jom^, une jeiinë cliehiie 4ui avait un procès, un vieux Hiari jaloux et une figure enchanteresse... Je me dis : voilà ce qu'il me faut! Et pendaht que je cherchais à i'etitrsdner et à la séduire, je devins moi-mêiiië séduit, entraîné et amoureux à en perdre la tête... Je Itii promis qu'elle gagnerait son procès et qu'elle deviendrait veuve... les deux choses qu'elle désirait le plus ail monde, si je devenais maître de son âme ! «c Mon âme, ine répondit-elle avec un sourire enchanteur, n'est-ellé pas déjà à vous tout entière?.,. » Ce mot me suffit, et sans autre garantie, sans aucune promesse écrite, je lui fis gagner sa cause et la débarrassai de son imari. Ëh bien! Monsieur, le croiriez-vous... y a-t-il rien de comparable, même au fond de l'enfer?... Je suis dénoncé le lendemain par la veuve inconsolable, qui m'accuse de la perte de son mari... et vu la inauvaise réputation dont je jouissais déjà comme procureur, les choses s'arrangent de manière que je suis jugé, condamné et pendu!
Pendu!...
BABTLAS.
Oui, Monsieur, moi, qui vous parle... Et la perfide, pour me voir passer, était à son balcon avec un jeune amoureux qu'elle me préférait en secret... et à qui je venais de la donner moimême... C'était à s'aller pendre, et j'y allais... Ce n'était pas tant la chose... car, pour moi... et dans mon état, ôela m'est à peu près égal ; mais c'est le moment où, quittant l'enMoppe