‹ Théâtre (volume 3)Chapitre 82 sur 276 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

SCOPETTO, SCIPION, MATHÉA-

^^ SCOPETTO.

Quoiqu^Bins la chrconstance présente et pour me ré-

chauffer l'estomac^ un bon verre de vin n'eût pas été de refus!

MATHÉA^ Ott^rant une petite armoire.

Vous Taurez!

SCOPETTO.

De son Tin? je n'en veux pas!

MATHÉA.

Non! non! il est à moi... c'est sur mes ëconomies...

SCOPETTO.

C'est différent... si toutefois le camarade veut trinquer avec moi!

SCIPION, s'asseyaBt tis-à-Tis de lui, deTautre o6té de la table.

Volontiers!

SCOPETTO^ rempUuant lei deux verres et életant le sien, qu'il regarde.

Je ne suis pas comme maître Bolbaya, moi... et sans lui demander son nom ou son pays, dès qu'un verre de vin se présente, je lui donne l'hospitalité... (u ravale.) Eh! mais. Dieu me pardonne!...

scinoN.

C'est du lacryma-christi!

SCOPETTO.

Et du meilleur!

MATHÉA.

Je crois bien... deux bouteilles que j'avais là en réserve depuis dix ans!

SCIPION

Pour qui donc?

MATHÉA.

Pour Tenfant de la maison... pour celui que j'ai élevé!

SCOPETTO.

Vous, ma brave femme?

MATHÉA.

Oui, vers le temps où les troupes du roi Joachim forcèrent les contrebandiers à quitter la montagne... Un soir, la veille de Noël, nous trouvâmes à la porte du presbytère deux jolis enfants dans le même berceau, comme qui dirait deux jumeaux... A^a fille, M. le curé ne pouvait s'en charger... et il fallut bien la porter à Naples, à Thospice des Orphelines... Mais le garçon , M. le curé voulut être son parrain, et l'éleva lui-même... ou plutôt ce fut moi... Pauvre Fran^|M)... il était

si gentil... il brisajt tout... un vrai diable!... M^Bin si bon

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cœur!... il nous aimait tantl... Et un jour, il avait à peine douze ans, il nous fut enlevé...

SCIPION

Par qui?

MATBÉA.

Ah! il n'y a pas de doute... par Marco Tempesta et sa bande, qui venaient de reparaître dans le pays... Aussi, je donnerais tout ce que je possède pour le voir pendre lui et les siens!

SCOPETTO.

Et, depuis, vous n'avez plus entendu parler de ce Franjesco?

MATHÉA.

Si, vraiment!... Tous les ans, la veille de Noël, il arrivait ici, pour moi et mon maître, des présents magnifiques avec ces mots : A M. le curé, de la part de son filleul!... Mais, depuis deux années, plus de nouvelles!... preuve qu'il n'existe plus... Et, malgré cela, M. le curé a mis dans son testament qu'il donnait à Francesco, son filleul, s'il reparaissait, la

moitié de sa fortune! (Regardant Scopetto, qui essuie une lanne à la

dérobée.) Ça VOUS fait pleurer?

SCOPETTO.

Moi! pourquoi pas?

MATHÉA.

Et, de plus, il m'a dit : Tu lui remettras toi-même, comme gage de ma bénédiction, que je n'ai pu lui donner... ce por- U-ait!

SCOPETTO, le prenant Tiirement et le regardant.

Le sien!

MATHÉA, continuant.

S'il en est digne!... et si, comme je l'espère, jc'est un honnête homme !

SCOPETTO, lui rendant le portrait.

Tiens ! tiens !... (comme un homme qui cherche à s'étourdir.) Et noUS, Camaïade, buvons ! (On entend sonner dans la chambre à gaucle.)

MATHÉA.

Ah! c'est l'autre hentier!... le seul maintenant, (criant.) Me

voilà. Monsieur ! me voilà ! (Elle sort par la gauche.)

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