‹ Théâtre (volume 4)Chapitre 1 sur 211 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

LORD ALBERT, pois M. CROSBY.

LORD ALBERT, entrant par le fond, et parlant à la eantonarfe.

Je m'en doutais!., il est de trop bonne heure! (Entrant sur le théâtre.) Miss Hélène doit dormir encore! surtout étant rentrée hier aussi tard... j'attendrai ! (Regardant par u porte du fond.) Ces jardins, dont elle-même prend soin, sont délicieux, et pendant

que je suis encore seul... (il fait quelques pas vers le jardin, et s'arrête en voyant H. Grosby paraître & la porte dé ganehe.) Quand je dis

seul... Quel est donc ce visiteur si matinal?., eh! monsieur Grosby...'. notre marchand de tableaux...

CROSBT.

Oui, milord; parti de Londres il y a vingt minutes, j'ai reconnu votre landau qui m'a dépassé... j'allais au château de Dumbar, voisin de cette campagne.

LORD ALBERT

' Vous, et pourquoi ?

GROSBY.

Le minittre me fait prier d'estimer sa magnifique galerie de tableaux...

Ah bah!., est-ce qu'il voudrait la vendre?

GROSBY.

Vous devez en savoir quelque chose.

LOBTD ALBERT.

Non, vraiment !

GROSBY.

On dit cependant partout que votre seigneurie doit épouser la fille du ministre, lady Arabelle Dumbar;.. ce qui n'est peut-être qu'un bruit de journaux !

LORD ALBERT

Non pas ! lord Dumbar a été mon tuteur, mon second père ! Insouciant, prodigue et même dissipateur pour son compte, il a beaucoup d'ordre pour les autres... il a rétabli ma fortune qui était des plus embrouillées; il a fait plus : c'est à son influence à la Chambre que je dois mes premier» succès ; ses amis sont devenus les miens; enfin il m'a créé une position politique, et comme mon mariage avec sa fille est devenu le plus ardent de ses vœux...

GROSBY.

Je Vbus en fais compliment, railord...' la plus jolie femme de Londres et la plus à la mode !

LORD ALBERT, souriant.

Oui; pendant l'ambassade de son père, elle a passé deux ans à Paris, dans un pensionnat du grand monde, école de futilités... Rassurez-vous... des jeunes filles étourdies deviennent chez nous des femmes raisonnables. D'ailleurs... j'ai donné ma parole... c'est un engagement d'honneur!.. Mais puisque vous vous rendiez au château de Dumbar, comment êtes-vous ici, chez miss Hélène ?.'.

CROSBY

Elle ne m'attendait que tantôt... mais j'ai aperçu votre seigneurie... que je ne peux jamais rencontrer à son hôtel... d'est tout simple... les hommes politiques sont si affairés...

LORD ALBERT

Qu'ils n'ont pas le temps de s'occuper de leurs affaires... Que me vouliez-vous ?

SGÂNE I. 3

GROSBT.

Régler nos comptes...

LORD ALBERT

C'est inutile... j'ai confiance en vous.

GROSBY.

Je le sais bien... .

AiB : Ces postillons sont d'une maladreâse.

C'est à votre or, c'est à votre obligeance Que j'aurai dû mon sort et mon état^ Et s'il fallait^ dans ma reconnaissance Pour tous, milord...

LORD ALBERT, l'interrompant.

Vous n'êtes pas ingrat, OhI, je le sais, vous n'êtes pas ingrat.

De plus, chacun vous cite sur la place CSomme an marchand riche, honnête et loyal.

GROSBY.

Et pas plus fier... aussi partout je passe Pour un original! (Ms.)

Mai» c'est égal, il faut que vous connaissiez l'emploi des fonds que vous m'avez confiés, et voici. (luI donnant an papier.) Vous examinerez à loisir la liste des tableaux que j'ai commandés et payes à miss Hélène, il y en a eu cette année pour mille guinées...

LORD ALBERT

Que cela ! vous n'êtes pas assez généreux... cela vaut deux fois plus.

GROSBY.

Goinme milord voudra... je dois lui annoncer pourtant une bonne nouvelle, c'est que pour la première fois quelques acquéreurs se sont présentés...

LORD ALBERT, viTemem.

Voos aviez exposé ces tableaux ?..

GROSBY.

Oui> milord^ dans ma boutique.

LORD ALBERT

Je VOUS le défends!

GROSBY.

Mais... milord.. •

LORD ALBERT 9 t*«8«y«nl près de la table, à gauche des spcciateur».

Je ne le veux pas!

GROSBY.

Et pour quelles raisons?., (s* inclinant.) Pardon, milord!.. depuis trois ans je ne me suis pas permis la moindre question à ce sujet... mais maintenant, milord, que vous connaissez mon zèle, ma discrétion et mon dévouement... il me semble que vous pourriez sans crainte...

^ LORD ALBERT, soariatnt.

Tout VOUS dire?., vous avez raison ! Eh bien! il y a près de trois ans, de l'appartement que j'occupais dans mon hôtel... on découvrait quelques belles habitations et beaucoup de mansardes. —- Je me préparais alors aux travaux parlementaires; et'forcé, pendant le jour, d'aller dans le monde, j'étudiais la nuit. — Mais j'avais beau prolonger mes veilles, au moment où j'éteignais ma lampe, j'en apercevais toujours une, plus tardive encore que la mienne. C'était bien loin en face de moi, à l'extrémité de la rue, à la fenêtre, sans rideau, d*un misérable grenier, occupé sans doute, par quelque artisan. Un soir, que je revenais de l'Opéra , j'eus la curiosité de regarder avec ma lorgnette, et j'aperçus, près du lit d'une femme malade et mourante, ime jeune fille de douze à treize ans , qui travaillait.

GROSBY.

En vérité!..

LORD ALBERT, toujours assis.

Le lendemain, étourdiment, brutalement, comme nous autres gens riches qui croyons qu'une poignée d'or dispense de tout... j'envoyai un domestique porter quelques secours. On répondit qu'on n'avait besoin de rien. — Je compris ma faute; mais, humilié et non découragé , je fis prendre des informations. — On ne connaissait pas ces femmes, on savait seulement qu'elles étaient à Londres pour un procès qu'elles venaient de perdre, et qu'elles étaient Françaises. Cette fois, je me présentai moi-même, à titre de voisin. La mère m'accueillit avec un sourire gracieux et digne; mais les offres que je hasardais en tremblant furent de nouveau repoussées ; on ne recevait rien d'un jeune homme, d'un lord, d'un Anglais!

X GROSBY.

Ah! cette fois elle avait tort!

LORD ALBERT, se letant, ■▼«e chaleur.

C'est possible, mais c'était bien: Je me contentai alors, et sans qu'on sût qu'il venait de ma part, d'envoyer à la pauvre

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