‹ Théâtre (volume 4)Chapitre 2 sur 211 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

malade sir Jakson, mon médecin^ qui se trouva, comme psur hasard, un des locataii*es de sa maison. Hélas ^ tous les soins furent inutiles, son heure était venue... Elle mourut en bénissant sa fille et en lui disant : « Jure-moi de ne jamais rien devoir qu'à toi-même et à ton travail? v — Le lendemain, et pendant toute la nuit , la lampe reparut à la fenêtre de la* mansarde! Et la jeune fille, tenant d'une main un crayon, et de l'autre essuyant une larme, pensait à sa mère et lui obéissait! (a Grosby, qui porte la main à ses yeox.) Ah! VOUS aUSSi, VOUS

pleurez?

CROSBY

Je ne dis pas non !

LORD ALBERT

Comprenez-vous maintenant pourquoi je vous ai dit alors : Crosby, il faut aller acheter tous les dessins que fera cette enfant, les lui acheter cher... très-cher, sans que ni elle , ni personne au moufle, connaisse jamais celui qui vous envoie?

CROSBY

Je comprends.

LORD ALBERT

Encouragée par ses premiers succès , par le gain qu'elle retirait de son travail , elle redoubla d'ardeur, et , depuis trois ans, vous l'avez vue s'occupant sans relâche, ne sortant jamais, ne recevant personne, excepté les amis que sa mère avait reçus, le docteur Jakson, quand il habitait Londres, et moi, qu'elle consultait sur ses économies et sur l'emploi de ses fonds. Son existence une fois assurée, elle a songé, par mes conseils, à se donner l'aisance et le confortable. — Dans une des rares promenades qu'elle se permettait à peine le dimanche, cette retraite, cette campagne située aux portes de Londres, lui avait paru délicieuse... (souriant.) Le hasard a fait encore' que cette habitation, en bon air... ces jardins élégants et coquets, fussent à vendre presque pour rien : elle les a achetés; et dans cette solitude, sans inquiétude du présent, sans crainte de l'avenir, indépendante et joyeuse, elle travaille avec un plaisir et une confiance que rien de doit détruire! Voilà pourquoi je ne veux pas que ces tableaux, par vous payés si chers, soient revendus à d'autres.

Air de Téniers.

Que le hasard porte à sa connaissance

Un seul ouvrage à yil prix racheté^

6 LA PROTÉaSE SANS LE SAVOIR.

C'est exeiter soudain sa défiance^

G^est troubler sa sécurité.

De sa fortune^ à ses yeux légitime^ .

Un mot pourrait soudain la débrouiller !

Quand elle dort^ et naïte et sans crime C'en serait un que d'oser l'éveiller.

CROSBT.

Ah! je puis dire, milord, que parmi nos jeunes seigneurs, il y en aurait peu capables d'un trait pareil.

LORD ALBERT

Et pourquoi donc? Si vous saviez combien Tamitié naïve de cette jeune ûlle me paye et au delà de ce bien-être qu'elle me doit; ce qu'elle ignorera toujours... A peine si une fois ou deux par semaine mes travaux et mes occu|)ations me permettent de lui faire, comme aujourd'hui, une visite de quelques instants, jamais exigée, toujours attendue et reçue avec reconnaissance; mais aussi, quand je peux m'échapper de Londres et de la chambre des communes , avec quel plaisir je viens oublier, près d'elle , les questions parlementaires et les discussions de la tribune ! C'est elle qui me console de mes désappointements d'ambition où d'amour-propre , de' mes échecs politiques... car elle ne ressemble pas à toutes nos ladys ignorantes et futiles qui ne savant parler que de bals et de toilettes; elle a du jugement, de l'esprit, de l'instruction. On étudie dans la solitude, elle n'avait que cela à faire... c'est moi qui dirigeais ses lectures, et en revanche, parce qu'elle est fière et ne veut rien me devoir, elle me donne quelques leçons de dessin et de peinture... dont je profite peu; j'en suis toujours aux premiers éléments. (Souriant.) N'importe, cela ne m'ennuie pasl

CROSBT.

Et oserai-je demander h 4xiilord quels sont ses projets sûr cette jeune lille?.

LORD ALBERT

Des projets... moi!.. Vous me faites là une question à laquelle je n'ai jamais pensé ! Hélène a maintenat une fortune indépendante... et n'a besoin de personne; elle suivra sa volonté et son goût; tout ce que je désire, c'est qu'elle me continue son amitié. Mais pourquoi, monsieur Crosby, une pareille demande?

SGÂNE I. 7

GROSBT.

-Pot^^oi?.. Est-ce que votre seigneurie n'a pas tu hier soir miss Hélène?..

LORD ALBERT^ «vce liiui«ar.

Et si, vraiment !

GROSBT.

Depuis longtemps^ je parlais devant elle du dernier opéra^ de ses magnificences, et cette jf'une tille, qui ne sort jamais et qui n'a encore rien vu de pareil...

LORD ALBBRT^

A désiré y assister, je le sais.

CROSBY

Je lui ai proposé alors, pour l'accompagner, mistress Sarah, ma sœur, qui a été encliantée; c'est moi qui conduisais ces damés; et quand j'ai aperçu miss Hélène... avec cette robe da gaze... cette couronne de ûeurs; enfin il m'est venu une idée toute naturelle... parce que, après tout, moi qui vends des tableaux et elle qui en fait... cela peut alLr en»embltil

LORD ALBERT, ivtc émotion.

Et! mais en effet !

CROSBY, avec embarras.

Et si milord, qui est comme son tuteur... ne désapprouve pas mon idée... et daig'ne lui en parler...

Air (le Giseîle.

Je doute fort que ma demande plaiso :

La présenter moi-même est délicat; Et c'est surtout quand la cause est mauvaise Qu'il faut, dit'Ou, prendre uo bon avocat.

Veuillez, milord, d'une chance nouvelle En ma faveur essayer le hasard.

Je l'aime mieux!., je m*en vais!..

(Od entend sonner dans la chambre 4 droite.) LORD ALBERT.

Mais c'est elle !

CnoSBY.

Raisoti de plus, je reviendrai plus tard.

ENSEMBLE

LORD ALBERT

Eh mais, Moosieur^ c'est» ne vous en déplaise, Me charger là d'un emploi délicat :

Je ne crois pas la cause si mauvaise Et vous seriez un meilleur avocat.

GROSBY.

Je doute fort que ma demande plaise :

La présenter moi-même est délicat^ Et c'est surtout quand la cause est mauvaise, Qu'il faut, dit-on, prendre un bon avocat.

(Crosby sort par la porte à gauche du spectateur.)

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