ACTE n, aCKNE YII. M
LEOPOLD
Toi-même m'as répété souvent : Renonce donc an genre éphémère auquel tu te livres, tu as assez fait pour ta fortune, songe à ta réputation ; occupe-toi d'un ouvrage sérieux, d'un grand ouvrage !
BRRNAVILUB.
C'est vrai.
LfiOPOLD.
J'ai suivi tes conseils; j'ai essayé une comédie en cinq actes, une comédie de moeiurs...
BERSAVILLB.
C'est bien!..
LÉOPOLD
Une comédie de nos jours; et ce soir même...
BERNAVILLE.
Quoi! cette comédie qui a mis la censure en émoi et contre laquelle on m'a fait un rapport terrible...
JLÉOPOLD.
C'est la mienne !
BERNAVILLE.
Malheureux! qu'as-tu fait là!.. IL y a tel de mes collègues, des ministres eux-mêmes, contre lesquels on prétend que tu te permets des ^igrammes.
Pourquoi pas? si elles sont bonnes ! ils seront les premiers à en rire !
BERAAVILLE.
Eux!., c'est possible!., mais moi je ne dois pas permettre, je ne dois pas autoriser des attaques contre eux, quand c'est à moi qu'on a conlié le pouvoir et le soin de les défendre 2
LÉOPOLD
C'est-à-dire que tu leur sacrifieras un ami !.. L'œuvre dont j'espérais gloire et renommée » serai perdue pour moi ! mon avenir anéanti... et par qui? par im ami dont j'attendais afde et protection ! C'est à lui que j'aurais crié : viens me dé^ndre ! et c'est luJ^ii|Lm'opprime ! *^
BERNAVILLE.
éopold!.. ^
LÉOPOLD
n, ce n'est pas possible! tu seras tel que je t'ai connu trefois. Ou l'amitié n'est ou'unyain mot, ou tu m'accor-
deras ce que je te demande... faveur sans danger pour toi; ei, y en eût-il, je te connais, tu aurais le courage de le braver.
BBRNAVILLE.
Oui... oui... et, quoi que Ton puisse dire...
LÉOPOLD
Ah! je te retrouve! Le pouvoir me l'avait enlevé : Tamitié me le rend.
Que veux-tu, le cœur est toujours le même, mais Ton change malgré soi avec sa position... Celle que j*occupe est si enviée, si disputée, que c'est comme un point d'honneur de s'y maintenir, comme une honte d'en descendre.
Air : Vaudeville des Frères de lait.
Si tu savais ce que le pouvoir coûte, Que de tracas^ de tourments et d'ennui!
Rencontrer toujours sur sa route Un envieux^ un ennemi.
Et ne jamais sommeiller qu'à demi !
Va, ce pouvoir, dont la soif me dévore, Fait mon malheur... et cependant.
Je te TaVoue, oui, je serais encore Plus malheureux en le perdant.
Plus malheureux cent fois en le perdant.
Plus malheureux encore en le perdant.
LÉOPOLD
Y penses-tu?
BERNAVILLE.
C'est plus fort que moi, c'est ainsi ! Et dans ce moment, oîi Ton cherche par tous les moyens à nous renverser, je ne puis veiller avec trop de soins à notre défense... C'est ce qui m'empêche de dîner aujourd'hui avec toi... Cette réunion avec mes collègues...
LÉOPOLD
. Viens avec moi! ce sera plus gai.
BERNAVILLE. ^
' Je le voudrais! mais je tâcherai, du mo^s', d'assister ce soir à ta pièce, ou plutôt à ton succès; j'arriverai... quand je pourrai.. .
Au second acte, comme il y a dix ans. Te souviens-îl Et quant aux changemeq^^que demande la censure...