‹ Théâtre (volume 4)Chapitre 182 sur 211 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

MORTADELLA, LOISA.

MORTADELLA.

Ce petit Chiarini, le ûls de mon ancien ami!... (Allant à Loî»a.) Que faisait-ii là?

LOÏSA

Dama! comme vous le lui aviez ordonné, il me donnait une . leçon de musique.

MORTADELLA.

A genoux?

LOÏSA

Il parait que c'est sa mdthode!

MORTADELLA.

C'est-à-dire qu'à peine arrivé... il vous en contait... (moutc* ment de Loïsa.) Soitl... je le veux bicn... quc vous voyant pour la première fois... il se permettait de vous faire une déclara-

ÂfiT£ l, SCÈNE X. $71

tion... (Même moa^emeat de Loïsa.) Je ne m'y oppose pas... Qiais ce qu'il vous disait tout à l'hcnrc...

LOÏSA

Quoi donc?

MORTADELLA.

« Tu seras ma femme î le veux-tu? dis que tu le veux?,,* »

LOIS A

Eh bien! après tout, où est le mal?., c'est un honnête garçon.

MURTAOEl.LA, avec colère.

Un honnête garçon ! (a part, et cherchaoï à se contenir.) Est-CC

qu'il se douterait di; quilpie chosi'?... est-ce qu'il aurait devine sous le bavolet et le tablier de servante... la riche héritièrt'? si je le savais!... et son père. . son père aurait-il, en me l'envoyant, quelques raisons secrètes?., ces vieux musiciens... ont quelquefois des motifs!... Voyons sa lettre... cette lettre que je n'ai pas eu le temps de lire... (a Loïsa.) Donnemoi un fauteuil.

LOÏSA

Oui, notre maître... (a part, et regardant Ter; le fond.) Pauvre garçon... qu*est-il devenu?

MORTADELLA.

Qu'est-ce que tu cherches des yeux... lui, sans doute?,..

LOISA, résolument.

Eh bien! oui... parce qu'il est plus aimable^ plus gracieux... et surtout plus beau que vous !

U0i\TADl£LLA, avee colère.

Plus beau que moil tu oses me le dire en face...

LOISA, de même.

Eh bien !... oui, en face... car c'est justement ça qui prouve quej'ai raison.

MORTADELLA, avec colère.

Loïsa!

LOÏSA

Surtout quand vous vous mettez en colère. (Loïsa remonte vera

le fond.)

MORTADELLA.

Elle dit vrai... cela m'ôte tous mes avantages... remettonsnous et lisons, (n s*assied et lit.) « Mon vieil ami, je t'envoie le petit Chiarini, ton filleul et mon fils... qui aurait grand besoin d'ètie un peu dégourdi. » Eh bien, par exemple! comment

272 HELOÏSE £T ABAILA&D.

les lui faut-il? (S*apereeTant qve Loïsa est reTenue prés de loi et regarde par-dessas son épaule le eonttnn de la lettre.) Eu bicn!..* ({U'êSt- Ce que tu faiS-là? (Loïsa s*éloigne; il reprend sa lecture.) tt Quoiqu'il

ne soit guère avancé quant à rintelligence, ça n'est pas ça qui l'empêcherait de me succéder... c'est une autre raison plus grave où ton art et ton amitié peuvent me servir... 9 Que

diable ça peut-il être? (surprenant de nouveau Loïsa qui est roTenue à pas de loup derrière lai, de l'autre côté du fauteuil.) EoCOre! (Loïsa s*é* Joigne; Uortadella lit :) a La gloirC le réckme. )) (a lui-même.) Ah!

la conscription... (n se lève et continue.) a La gloire le réclame! et ton filleul Chiarini^ dont lempereur Napoléon veut faire un béros^ est tellement douillet, que mes prières n ont jamais pu le décider à se priver de deux mauvaises dents, dont la suppression l'exempterait de droit; ne me le renvoie... qu'après l'y avoir déterminé... » S'il ne faut que cela pour le faire partir .. moi qui tout à Theure l'avais sous la main! (on jette

par la fenêtre une lettre attachée à une pierre.)

LOÏSA

Tiens ! qu'est-ce que c'est que ça ?. .

MORTADELLA, ramassant la pierre.

Un caillou... (a pan.) Avec une lettre !

LOiSA, courant à la fenêtre qu'elle onrre.

Je voudrais bien savoir qui ose se permettre?.. (Regardant pv

la fenêtre et se retirant.) C'cst lui!...

MORTADELLA, à part, après aroir ouvert la lettre. Pas de signature!... C'est de lui. (Loïsa s'est assise prés de la fenêtre, à droite, et se met à coudre. Hortadella lisant à demi voix.) Quand

tu seras seule... » Il la tutoie déjà!... tutoyer une riche héritière! « Quand tu seras seule, quand ton affreux tyran... ton cerbère se sera retiré dans son cabinet... ou plutôt dans son antre, avertis^moi par une petite chansonnette que tu chanteras négligemment près de la fenêtre... je monterai alors... » (s*interrompant.) Bravo! je le tiens...

LOÏSA, le regardant.

C'est drôle... il n'a plus l'air en colère!

HORTADELLA.

Qu'est-ce que tu fais là ?...

Vous le voyez bien... je raccommode les serviettes de la maison...

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