LORD ALBERT, HÉLÈNE
LORD ALBERT, entrant par la porte du fond.
Jamais séance de la Chambre ne m'a paru aussi longue... à moi qui parlais... jugez de ceux qui écoutaient... et le plus singulier, c'est que lord Dumbar dont je soutenais le projet de loi... n'était pas là pour me seconder! chacun s'en étonnait; mais enfin, et puisqu'il y a un discours auquel vous TOUS intéressez... je yous dirai, miss Hélène, que ce discours a eu, sinon un succès d'éloquence... au moins un succès de votes... la proposition que je défendais a été adoptée.
HÉLÈNE, froidement.
J'en suis charmée, milord.
LORD ALBERT
Eh! mon Dieu! comme vous médites cela; quel air grave!
HÉLÈNE, avec émotion.
Il ne doit pas vous étonner, milord.
LORD ALBERT
Eh! mais voilà que je ne ris plus... D'où vient le trouble et l'émotion que vous cherchez vainement à me cacher?
HÉLÈNE, avec émotion.
Peu de mots vous l'expliqueront : je sais tout, milord... toute la vérité... un ami vient de me la faire connaître... et de m'éclairer sur ma véritable position !
LORD ALBERT, atee eolére.
Quoi! malgré ses promesses, ce Crosby aurait eu l'indiscrétion.
HÉLÈNE
Ce n'est pas lui... c'est un ami à moi, !A. Durocher, qui m'a tout révélé !
LORD ALBERT
Qui a pu Tinstruire de notre secret, je l'ignore; mais après
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tout; que tMUTe-t-il donc de si condamnable dans une conduite qui porte ayec elle son excuse?
HÉLÈNE; étonnée.
Comment?
LORD ALBERT; TÎvement.
Eh bien! oui, vous n'auiiez, ainsi que votre mëre^ rien voulu accepter, même d'un ami; je vous y ai obligée... je vous ai forcée de recevoir de la main de Grosby ce que vous auriez refusé de la mienne...
HÉLÈNE
ciel !
Air : Vaudeville de Turenne*
La vérité m*apparait tout entière :
Cette maison... cet or... cette splendeur.
LORD ALBERT
Mais je l'atteste^ on exagère Ce que j'ai fait !..
HÉLÈNE
Ab ! pour mon déshonneur :
Je vous dois toui...^
, LORD ALBERT
Non, non, c'est une erreur!
Si quelque temps vous fûtes abusée.
Cette fortune ; qu'un instant J'osai rêver pour vous, votre talent L'aurait bientôt réalisée I
(Continuant avee chaleur.) Oui, bientôt VOUS pourrez VOUS acquitter et me rendre ce que vous croyez me devoir.
HELENE
Et pourrais-je jamais dissiper ou détruire les odieux soupçons.. « auxquels chaque jour^ et sans le savoir^ je fournissais de nouveaux prétextes.
LORD ALBERT
Que voulez-vous dire ?
HÉLÈNE
Que tout le monde se croit le droit de m'outrager, et que ce matin, ici, lord Tressillyan n'a pas craint de venir m'offrir à moi... sa fortune...
LORD ALBERT
Oser vous insulter!.. (Avec désespoir.) ahl je suis coupable.
bien coupable, je le vois... votre réputation était un bien que mon amitié devait protéger et défendre^ et c'est moi qui l'ai compromise... ce sera mon regret, mon remords étemel, et croyez, Hélène, qu'au prix de ma vie...
HfiLÊNE, froidement et eherehant à eaehcr ion émotion.
Je ne vous fais aucun reproche, milord... car il ne m'est pas permis de douter de votre amitié. Le reste est involontaire et peut encore se réparer... on dit que vous devez épouser miss ArabcUe, la fille de lord Dumbar, votre tuteur et votre ami... hâtez-vous, je vous en supplie, de conclure ce mariage, qui mettra fin de lui-même à toutes ces honteuses suppositions.
LORD ALBERT
Mais vous, Hélène, vous!..
HÉLÈNE, de même.
Moi!., je choisirai le mari que vous m'avez proposé... M. Crosby.
LORD ALBERT, tïvement.
Vous l'aviez refusé.
HÉLÈNE, de même.
J'avais tort; je viens de lui envoyer dire que j'accepte. Mon honneur à moi, et l'estime de tous en dépendent; mais pour cela, vous le comprenez comme moi, milord, il ne faut plus nous voir. Je l'ai promis, je l'ai juré devant Dieu, devant ma mère!
LORD ALBERT
Et ce serment-là, vous aurez le courage de le tenir?
HÉLÈNE, avee émotion.
Vous m'y aiderez, milord, et généreusement, en cessant de vous-même... vos visites...
LORD ALBERT
C'est vous qui me congédiez... c'est vous, Hélène^ qui me dites : va-t'en !
HÉLÈNE, se soutenant à peine.
Ce n'est pas moi... c'est l'honneur, c'est le devoir, et le devoir avant tout.
LORD ALBERT
Et mon amitié à moi... et l'afiection si tendre et si pure que je vous portais...
HELENE
Je ne l'ai pas publiée... je ne l'oublierai jamais... je le
SGiN£ XI.' ^•l
jure... mais... (se tentant prêta à s« trahir.) Âdieu^ mllord!.. (eiu
fait qvtlqncs pas en chaneelant pour sortir.)
LORD ALBERT 9 la toyant s'éloigner.
Elle s'éloigne!.. (Avee donUar.) et moi qui croyais en elle!.. Ah! je n'aimais qu'une ingrate!..
HÉLÈNE^ retenant tivement prés de lui.
JMloi!... une ingrate!., moi qui me sentais mourir en vous disant adieu!., moi qui, au prix de tout mon sang^ voudrais qu'il me fût permis de tous aimer.
LORD ALBERT
£h ! si tu m'aimais^ renoncerais-tu à notre amitié pour ce monde dont les arrêts devraient l'être indifférents?
Air : Un jeune Grec à Vombre des lauriers.
Si tu m'aimais... sans crainte et sans remord^ Tu brayerais pour moi son anathème.
HÉLÈNE^ froidement.
Ordonnez donc, disposez de mon sort; Oui pour prouver à quel point je tous aime^ S'il faut à vous^ que par d'autres liens
J*encha)ne mon âme éperdue...
Commencez donc par reprendre vos biens^ Pour que je puisse^ à ?os yeux comme aux miens,
M'ètre donnée et non vendue.
LORD ALBERT, hors de lui.
Non, noii; je n'accepte pas un pareil sacrifice... (Tombant à lenoux.) Je te respecte et m'humilie devant toi 1