SCÈNE PREMIÈRE
ZANNONE, FLAMINIA^ entrant par le fond et a'adressant à une
touriére. *
ZANNONE
Oui^ ma sœur^, veuillez dire à madame l'abbesse que c'est son cousin Zannone^ Tavocat... et lasignora Flaminia...
FLAMINIA
Qui désirent lui parler...
ZANNONE
Mais qu'elle ne se dérange pas!., nous pouvons attendre! (La touriére soit.) d'autant que j'ai à gronder ma femme... ça occupe toujours!
FLAMINIA
Me gronder! moi, Monsieur!..
ZANNONE
11 n*y a peut-être pas de quoi?., j'arrive hier à» Florence, d'un long et pénible voyage, et je ne trouve à la maison que mon tils... mon fils et sa nourrice... Quant à ma fenimi*.. partie dès le matin . . . ^
FLAMINIA
Pour aller au-devant de vous à vingt lieues d'ici sur la route de Milan !
38i HÉLOÏSS IT ABAILAAD.
ZANNONB.
Comme c'est spirituel! prendre une route pendant que i 'aiTL ve par l'autre !..
FLAMIMA.
J'ai cru qu'il n'y en avait qu'une!
ZaNXONR.
Vous êtes aussi forte sur la géographie... que sur le reste...
FLAMIMA.
A qui la faute? tout le monde me disait avant mon mariage : Ah!., qu'elle est bôleî.. Ah!., qu'elle est niaise!., et vous avez répondu : Tant mieux! ça ne m'inquiète pas! l'amour lui donnera de l'tsprit... et moi... j'attends toujours!
ZANKONE.
Taisez-vous !
FLAMIMA.
Me taire! Je ne fais que ^a! c'est toujours vous qui parlez!
ZANNONE
Je parle pour deux!., je suis avocat!., mais je consens... je désire que vous répondiez... Qu'avez-vous fait hier ne me trouvant pas?
FLAMIMA. ^
La diligence venait d'arriver. Je me suis avancé à la portière de la voiture et j'ai demandé : mon mari... mon mari est-il là? On s'est mis à rire, et trois ou quatre voix m'ont répondu ; Me voilà... me voilà... mais j'ai bien vu qu'on se moquait de moi et que ce n'était pas vous!..
ZANM0NE> à part.
C'est heureux!
FLAMIMA. .
Puis, j'ai raisonné et je me suis dit, à part moi : puisque c'est la voiture qui va de Milan à Florence... je vais la prendre pour revenir...
ZAKNONE.
Idée lumineuse!
FLAMIMA.
N'est-ce pas?., mais au lieu de monter dans la diligence avec tout ce monde qui avait ri à votre nom... j'ai préféré prendre le coupé....
ZANNONE
Où il n'y avait personne... trèâ-bien.„
AGTB II, MENS I. 3M
FLAMINIA
Si, une seule personne!
ZÂNNONE.
Une dame?
FLAM1MA.
Non ! un homme qui m'avait tout d'abord inspire de la coniiance.
ZANNONE
Par son âge?
FLAMINIA
Oui... il était tout jeune et d'une figure très- aimable...
ZANNONE
Est-il possible!., vingt lieues en tête à tête avec un inconnu...
FLAMINIA
Oh non! nous avons fait tout de suite connaissance... car il n'était pas comme vous : il -nie lais ait parler... et nous n'avons fait que causer... J'avais bien envie de lui demander son nom ; njais je n'ai ^as Oîfé ! tout ce que je sais, c'est que c'est un musicien et qu'il va à Rome, et qu'il est très-tiisle parce qu'il est amourtux!
ZANNONE
En vérité!
FLAMINIA
Amoureux d'une jeune fille charmante ! et il trouvait que je lui ressemblais!
ZANNONE, haussant Us épaules.
Allons donc!
FLAMINIA
Dame! il me l'a dit... et faut croire qu'il le sait mieux que vous, ce pauvre garçon!., la preuve, c'est qu'il s'écriait: c'est elle... c'est elle que je crois revoir, et il me pressait les mains et il m'embrassait...
/ ZANNONE, hors de lui.
Par exemple!
FLAMINIA
Vous en auriez été touché !
ZANNONE
Vous laisser embrasser parlai!,.
FLAMINIA
Ce n'ëtat pas moi qu'il embrassait... c'était elle! je n'étais pour rien là-dedans...
ZAMNONE.
Il est impossible de pousser plus loin l'abus de l'ingénuité... j
VaadeTilIe de Voltaire chez Ninon,
Et moi^ morbJeu?..
FLAUINIA, étonnée.
Mais^ entre nous^ En quoi youS touche l'anecdote?
ZANNONE9 avec colère.
Ah! c'est trop fort!
FLAMINIA
Que dites-vous?
ZANNONE
Que vous êtes une idiote !
Et quand on possède^ en un mot^
Une sotte pour sa compagne^
On risque à son tour d'être un sot!
FLAMINIA, TÎTement.
11 se peut que cela se gagne.
Je m'en rapporte à madame l'abbesse, votre cousine.
ZANNONE
Taisez-vous! taisez-vous!
FLAMINIA
Toujours ce mot-là !