L^ABBESSE
Oui, certes...
FLAMINIA
Mais moi... vous ne m'en avez jamais rien dit !
ZANNONB.
Et pour" bonnes raisons ! (Bts, à rabbesse.) Elle en aurait
parlé à tout le monde ! (Haut, à Flaminia et allant * elle.) Faites-
moi le plaisir de vous asseoir là près de cette table... et de ne pas nous interrompre...
FLAMINIA
Et qu'est-ce que je vais faire?
ZANNONB.
Vous penserez... si ça vous est possible... enfin... vous vous amuserez à ce que vous voudrez... Tenez... tenez... voilà un journal... qu'on vient de me remettre...
FLAMINIA, & part, assis à droite du théâtre.
S'amuser avec cela!
ZANNONB^ causant à gauche atee l'abbesse, prés de laquelle il tient de
s'asseoir.
Je présumais qu'un dentiste de Milan, le seigneur Mortadella, pourrait me donner les renseignements qui m'étaient nécessaires ; je n'avais été qu'à moitié content de lui, dans une première entrevue, où sa discrétion me parut suspecte, parce que nous autres avocats...
l'abbesse.
Vous voyez partout des tromperies...
ZANNONB.
L'babitude des affaires! et je retournais chez lui, tenter une seconde attaque, lorsque d'une des fenêtres de sa maison, tomba dans la rue une lettre que je ramassai , sans la lire d'abord, mais un instant plus tard... en y jetant les yeux...
l'abbesse.
Eh bien?
ZANNONB, fouillant dans sa poche.
Cette lettre... que j'ai conservée, était d'un infortuné, d'un artiste français... qui implorait le secours de l'autorité contre un danger...
:286 héloïse et abailard.
l'abbessb.
Un danger...
ZANNONB, lui donnant la lettre.
Dopt le manaçait la jalouse Tengeance du docteur.
L ABBESSE, qui à pareoura la lettre.
Ah! c'est afircux!.. et vous n'avez pas couru chez les magistrats...
ZANNONB.
A l'instant même... mais trop tard!
l'abbessb.
Ociel!
ZANNONE
Bien plus encore!., impossible de retrouver la victime, qu'on avait fait disparaître afin de cacher sans doute un premier crime par un socond... ce fut du moins mon opinion... qui prévalut. Le seigntnir Mortadella fut arrêté provisoirement... quitte à se justifier plus tard... Je m'étais chargé de visiter, avec le podestat, les papiers du dentiste, espérant y trouver un certain acte de décès qui nous assurait doux millions de fortune... et jugez , chère abbesse, jugez de ma surr prise et de mon désappointement en trouvant, en présence du magistrat, les preuves irrécusables que l'unique héritière du banquier Aldini existait encore!., employée comme servante chez ce même dentiste, qui ne se doutait pas de la haute position sociale de sa cuisinière...
l'abbesse.
Et c'est bien authentique ?
ZANNONE
Parbleu!., s'il y avait eu moyen' de plaider... de contester... vous pouvez vous en rapporter à moi... mais le magistrat se hâtait d'expédier ici , au grand-duc de Toscane , tous les actes et documents dont nous venions de faire la fatale découverte... en môme temps il me chargeait, comme tuteur, de conduire ici, à Florence, la jeune fille que j'ai placée hier chez vous... la gaucherie... l'ignorance môme... et à laquelle, jusqu'à plus ample informé... il sera prudent de laisser ignorer sa nouvelle situation... et maintenant, clièrc abbesse, voici ressentie]... le principal...
FLAMINIA, qui, peudanl ce temps, a lu le journal.
Dieu! c'est intéressant 1 je n'en respire pas!
AGT£ il^ SCÈNE II. 3ê7
ZANNONE
Qu'est-ce qui vous émeut à ce point-là?
FLAMIMA9 se levant et apportant le joarnal à Zannone.
Ce que je viens de lire... el c'est vrai... car c'est dans le journal... voyez plutôt!
ZAKNONE, qui s'est levé, lisant.
« Milan... quinze juin... Il n'est bruit dans notre ville, ainsi que dans toute l'Italie, que de la catastrophe du musicien français, l'infortuné et trop célèbre Astyanax Robichon.» (a Pabbesse.) L'avèuture dont je vous parlais... et que le journaliste raconte avec des détails que moi-môme j'ignorais...
FLAMINIA
Mais lisez vers la fin...
- ZANNONE, lisant.
c< Il parait prouvé maintenant qu'il a survécu au guet-apens dont il a été la victime... car il a passé dernièrement à Bologne, incognito, au grand regret de l'impressario de cette ville, qui espérait lui faire les plus brillantes propositions. On prétend que la voix superbe, qu'il possédait déjà, a acquis une pureté et une étendue prodigieuifes, et qu'à Rome> où il est attendu, le théâtre de l'Opéra et la chapelle Sixtine se le disputent d'avance ! »
l'abbesse.
Je le crois bien !
FLAMINIA
Le fait est que je n'aurais jamais cru qu'il y eût dans les journaux... des histoires ausçi curieuses...
. Il suffit... retourne là-bas!
FLAMINIA
Vous n'avez pas un autre journal?
ZANNONE, à demi voix. '
Voulez-vous bien vous taire et ne pas nous interrompre?
(Se retournant vers l'abbesse pendant qae Flaminift s'éloigna.) OÙ Cil
étais-je?
l'abbesse.
A cette jeune fille, qu'en votre qualité de tuteur vous avez placée en celte sainte maison !
ZANNONE
Non sans motifs, car si elle entrait en religion ce serait
288 HÉLOÏSE ET ABAILJLRD.
d'abord une dot de cent mille francs qu'elle apporterait au couvent!
l'abbesse.
C'est une idée...
ZANNONE
Pieuse!., aussi^ dans l'intérêt du ciel et de la communauté...
Air : Contentons^nous d'une simple bouteille.
Dans ce séjour^ ô yéDérable abbesse^ Adroitement sacbez la retenir !
Entourez-la de soins et de tendresse.
Flattez ses goûts et son moindre désir^ Pour qu'au milieu d'une ivresse profonde, A ce couvent son cœur reste attaché^ En y trouvant tous les plaisirs du monde.
FLAMINIA
Et son salut!..
ZANNONE
Par-dessus le marché.
Sans compter que si elle prend le voile', sa fortune, qui lui devient inutile, appartiendra de droit à Flaminia^ ma femme... qui acquerrait par là...
FLAMINIA^ s'avançant.
Quoi donc?
ZANNONE, impatienté.
De nouveaux droits à mon amour...
l'abbesse.
Silence!., voici notre nouvelle pensionnaire.