‹ Théâtre (volume 4)Chapitre 4 sur 211 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

LORD ALBERT

Ah! VOUS vouliez...

UÉLËNE.

Vous l'avez deviné, j'en suis sûre, et c'est pour cela que vous venez!., je vous en remercie.

LORD ALBERT» avec an peu d'embarras.

Mais oui... pour cela, et pour prendre ma leçon!

HELENE

Gela n'empêchera pas^ et en efiet, il y a si lougemps que nous n'avons étudié.

LORD ALBERT, fouftant.

C'est vrai!

UÉLÉNE, allant prendre un. carton qu'elle place sar une table, à gauehe

du spectateur.

Aussi VOUS restez toujours au même point , vous ne me ferez pas honneur.

LORD ALBERT, de même.

Je le crains !

HÊLËNE, disposant tout ce qa*il faut pour dessiner.

A qui la faute? Vous ne venez jamais : ce n'est pas ainsi qu'on apprend. Voilà cette tête de Pénélope ; combien y a-t-il de temps qu'elle est coinmencée.^ je vous le demande!

LORD ALBERT, avec bonhomie.

Allons, Hélène, ne me grondez pas. Nous ferons aujourd'hui une bonne séance.

HËLÈNE.

Dieu le veuille !

LORD ALBERT, s'assejrant prés de la table sur une chaise basse, mettant le earton sur ses genoux el se disposant ainsi a dessiner pendant qu'Hélène, restée debout prés de lui, taille son crayon.

Mais vous me parliez de l'Opéra.'.. Savez-vous que vous y avez obtenu hier un grand succès...

HÉLÈNE, taillant le erayon.

Moi!., comment cela?

LORD ALBERT, le carton sur ses geneux, et se tournant vers Hélène.

Succès d'autant plus flatteur qu'on ne vous connaissait pas, que vous étiez dans une loge fort modeste, avec M. Crosby et sa sœur, et vous avez produit un effet-à rendre folle toutes nos ladys.

HÉLÈNE, taillant toujours le crayon.

Milord veut se moquer de moi.

10 LA FROTÉaÉE SANS LE SAVOIR.

LORD ALBERT^ de même.

Je VOUS dis la vérité. Et vous avez dû être bien heureuse.

HÉLÈNE

Heureuse... non; étonnée , oui. (Luî donstiitle crayon qu'une

vient de tailler.) Tenez, milord; c'était pour moi un coup d'oeil si singulier, si nouveau! Quoique la soeur de M. Crosby m'eût beaucoup parlé de ce spectacle, de cette pompev de ces toilettes éblouissantes, j'étais loin de m'en faire une idée; et tout cela, je vous l'avouerai, a produit d'abord sur moi une impression... triste.

LORD ALBERT, poassant le earton tu la table et se levant.

En vérité!

HÉLÈNE

Se dire qu'au milieu de cette foule immense et compacte on est comme seule, comme élrangère... qu'on n'a pas un ami... (vivement.) SI!., je me trompais... et quand je vous ai aperçu... à l'avaut-scène... dans cette loge que M. Crosby m'a dit être la loge de la cour... oh! je n'ai plus été seule... tout m'a paru bien mieux... et cependant quand vous m'avez vue et saluée si respectueusement, j'ai été si troublée... je me suis sentie rougir... je ne sais pouix^uoi... car c'élait tout naturel.

LORD ALBERT

D'autant plus que je n'étais pas seul à vous admirer, et que dans ce moment tous les yeux et toutes les lorgnettes étaient dirigés de votre côté... vous avez dû vous en apercevoir!..

HÉLÈNE, naïvement.

Non! je n'ai rien vu! je regardais à ravant-scène!...Un instant par exemple, où j'ai eu peur, mais grand'pcur!.. c'est à la fin du spectacle, quand nous avons voulu sortir de notre loge... il y avait là... une foule... tous jeunes gens... qui nous entouraient. Mistress Crosby, effrayée comme moi, avait saisi vivement le bras de son frère qu'elle ne quittait pas... et je me trouvais comme seule et abandonnée, quand je vous ai aperçu, milord... Ah! que j'étais heureure. J'ai couru à vous, me disant : Je suis sauvée! En effet, dès que j'ai eu pris votre bras, comme toute cette foule s'est écartée avec respect, et nous a fait passage ! Et moi j'étais fière, et le coeur me battait de joie de me sentir protégée par vous!

LORD ALBERT

Honneur que chacun m'enviait, je le lisais avec orgueil dans

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