SCÈNE II
tous les yeux; surtout dans ceux d'un jaune ÙX^ lord Primerose Tressillyan, qui nous a suivis...
HÉLÈNE
Je n'ai pas remarqué. Et en bas^ sous le vestibule» quel était ce groupe de jeunes femmes si élégantes, devant qui nous avons passé? Vous m'avez entraînée si vite, qu'à peine ai-je eu le temps de les voir! .. j'ai entendu seulement...
LORD ALBERT, vivement.
Quoi donc? qu'avez-vous entendu ?..
HELENE
Qu'elles se disaient à demi voix en me regardant : C'est elle! Elles me connaissent donc, comment cela? Et il y avait dans leurs figures je ne sais quoi de hautain et de dédaigneux... sans doute parce qu'elles sont des ladys, des grandes dames, et que je ne suis qu'une pauvre artiste... (voyant le geste d'Albert.) Cela ne me fait rien, je vous le jure... je n'aurais pas troqué leur sort contre le mien, surtout hier... Ob! non certaineraent! être là... à votre bras... comme votre sœur... comme... (s'interrorapant.) Eh bien! etvotrc leçon, milord, et votre leçon?..
LORD ALBERT
C'est Vrail.. je n'y pensais plus! (n se rastîed près de la table, reprend le carton sur 8«s genoax, et commence à dessiner. Uéléne, debout prés de lai et appuyée, sar sa chaise,, le regarde travailler, toat en continuant de causer.) •
HÉLÈNE
Je vous avouerai, cependant, que j'ai été enchantée quand nous avons été hors de la foule!
LORD ALBERT
Quand vous avez respiré le grand air...
HÉLÈNE, avec gaieté et émotion.
Et comme vous avez été bon pour moi ! combien je vous ai donné d'embarras! ce M. Crosbyque nous avions perdu! et vous m'avez fait monter dans votre voiture... et vous qui alliez au bal de la cour, vous vous êtes dérangé pour me reconduire jusqu'ici, au milieu de la nuit, à un mille de Londres!
LORD ALBERT, dessinant toujours.
C'était tout naturel!., je ne pouvais pas vous laisser seule à izne pareil le heure ! . . .
HÉLÊNB.
Et pendant la route que de soins vous avez pris de moi l oixe d'attentions !.. Vous aviez peur que je n'eusse froid !
iS LA PROTÉGÉE SANS LE SAVOIR. '
LORD ALBERT, de même et sans la regarder.
Parbleu... en robe de gaze et les bras nus!..
HÉLÈNE
Et vous m'avez enveloppée de votre manteau... Ah! je n'oublie rien, milord, je vous le jure, et vraiment... j'étais honteuse de tant de bontés... je me le disais encore hier en m'en-
dormant... (Regardant le dessin de lord Albert.) Eh bien! qu'est-Ce
que vous faites donc?., voilà un nez de travers...
LORD ALBERT
C'est votre faute... je vous écoutais !
HELENE
Mauvaise excuse... car bien souvent même quand je ne dis rien... (sMmerrompant.) Voilà l'œil maintenant qui n'est pas sur la même li^e que l'autre!..
LORD ALBERT
Pour cela, vous vous trompez !
HfiLÈNE, prenont une chaise et s'osseyant près de lord Albert.
Gomment, je me trompe! (Elle prend le crayon et mesure.) Yoyez plutôt...
LORD ALBERT
C'est ma foi vrai!..
HÉLÈNE, d'un air de triomphe.
Ah! attendez... attendez que je répare cela... (Elle donne quelques eoaps de crayon.) Car elle aurait iouclié horriblement, cette dame...
LORD ALBERT, souriant.
Et il ne doit y avoir rien de louche dans Pénélope!
HÉLÈNE, lui rendant le crayon.
Continuez maintenant, et tâchez tjue les contours soient mieux accusés et plus fermes. (Guidant sa main.) On dirait que votre main tremble...
LORD ALBERT
Mais^ c'est qu'aussi vous me grondez toujours.
HÉLÈNE, souriant.
' Mais c'est qu'en vérité, milord, je suis fâchée de vous le dire, vous n'avez pas du tout de dispositions... et à votre place, j'y- renoncerais.
LORD ALBERT^ vivement.
Non pas.
HÉLÈNE, souriant.
Vous y mettez du moins une obstination et une patience dignes d'un meilleur sort...