‹ Théâtre (volume 4)Chapitre 83 sur 211 · ACTE I^ SCÈNE XI · texte numérisé non relu

ACTE I^ SCÈNE XI

empira et le repos le plus absolu lui fut commandé... Néanmoins, et malgré nous, il a voulu se lever pour écrire à son ami Didier... »

A moi!... tu entends?...

BLANCHE, continuant.

fil Pour lui faire ses derniers adieux... A peine avait-il eu la force d'achever et de cacheter sa lettre qu'il fut pris d'une

seconde attaque qui l'emporta. (Elle s'arrête, essuie une larme sans

que son père la Toie et continue.) SI ma préscnce n'était pas nécessaire aux intérêts de la maison, j'aurais été moi-même vous annoncer cette triste nouvelle et vous porter la lettre qu'il m'avait recommandé de ne remettre qu'en vos mains... Mon frère, que j'ai chargé de ce soin, est parti ce matin et vous donnera de vive voix tous les détails, etc., etc. »

DIDIER, toujours assis près de la table et dans le dernier accablement.

Oui, son dernier souvenir a été pour moi!... il est mort me croyant heureux... et estimé... il n'a pas su... il ne saura pas que le déhonneur était réservé à mes derniers jours !

BLANCHE

Que dites-vous, mon père?

DIDIER, se levant.

La vérité!... oui!... ces gens du peuple, ces matelots, ces ouvriers qui croyaient en moi comme en Dieu, qui avaient placé dans ma maison leurs économies... l'avenii* de leurs enfants... il faudra donc leur dire... Ce que vous m'avez confié, je ne puis vous le rendre!...

BLANCHE

Quand ils sauront notre malheur.

DIDIER

Et s'ils n'y croyaient pas... s'ils pensaient que, comme tant d'autres... je m'enrichis de leurs pertes !

Ah! quelle idée!...

DIDIER

Canigou le croira!... et me vois-tu rougir devant lui... voisiu, quand nous passerons dans la rue, chacun me montrer du doigt et murmurer à voix basse : Voilà ce Didier qu'on appelait l'honnête homme... Ah ! je conçois que l'on se tue !...

BLANCHE

Qu'osez-vous dire!...

130 DIDIER l'honnête HOMME.

DIDIER

Pardon, mon enfant... pardon... il y a des moments où le cœur le plus pur peut avoir une mauvaise pensée... J'ai blasphémé!... j'ai accusé le ciel... qui m'a laissé ma fille... le ciel... qui pendant si longtemps m'a rendu constamment heureux... le ciel enfin qui m'envoie aujourd'hui l'adversité... mais chacun en ce monde doit en avoir sa part... C'est mon tour! Dieu m'éprouve!... qu'il me donne seulement la force de lutter et de combattre... c'est tout ce que je lui demande.

BLANCHE

Et il vous la donnera... (Hoatmorîn entre par It fond.) MOUSieUT

Montmorin!... je vous laisse avec lui... Mon père... il faut

tout lui dire... (Elle saUe Montmorin. A part.) MoU paUVTC père!..» (Elle sort à droite.)

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