‹ Théâtre (volume 5)Chapitre 111 sur 446 · SCÈNE lY · texte numérisé non relu

SCÈNE lY

M. DE GERVAL.

Eh bien! corbleu! voilà qui est plaisant!

MADAME DE SÉNANGB.

Mon oncle^ y pensez-vous?

ARMAND, à part.

Son oncle! qu'allais-je faire? Ah! maudite tête!

M. DE GERVAL.

Je voudrais bien savoir comment Monsieur m'empêchera d'être le maître ici ?

ARMAND, se contraignant.

Moi^ Monsieur? ce n'est nullement mon dessein.

M. DE GERVAL.

Si y Monsieur; et le ton menaçant que vous preniez tout à l'heure...

ARMAND

Menaçant! je ne pense pas qu'il le fût.

M. DE GERVAL.

Eh bien! moi^ Monsieur^ je l'ai trouvé tel, et je n'ai jamais souffert ni un mot ni un geste équivoque.

ARMAND, vivement.

Permis à vous. Monsieur. (ll rencontre on gegte de madame de Sé-

iiange, et s*arrête.) Mais je déclare que jamais je n'eus l'intention de manquer de respect à madame de Sénange, ni à un pncle qu'elle honore.

M. DE GERVAL.

A la bonne heure. Monsieur; cette phrase-là est plus prudente et plus sage que l'autre. Qu'il n'en soit plus question. (Bas, à sa nièce.) Quel cst ce Monsieur-là?

MADAME DE SÉNANGE.

Monsieur Armand, un jeune homme qui a quelque fortune, et qui cultive par goût la peinture et la musique. 11 se rendait à Paris, lorsqu'un accident l'a forcé à me demander asile.

M. DE GERVAL.

Le hasard pouvait mieux te servir; car il n'est pas trop poli; et de plus, il me fait l'effet d'un poltron.

MADAME DE SÉNANGE.

Je ne crois pas.

M. DE GERVAL, bas, à madame de Sénange.

Toi, sans doute; mais moi qui m'y connais... (Haut.) Ah çà! ma chère nièce, nous allons avoir aujourd'hui une société et

une journée agréables : ce sont les fêtes de ton mariage qui commencent.

ARMARD.

De votre maiiage?

M. DK GEKVAL.

Certainement ; et puisque vous êtes musicien; à ce que dit ma nièce, vous ferez votre partie; car nous chanterons, et beaucoup. Tel que vous me voyez, j*ai une voix de corsaire... amateur. Dans ma jeunesse je jouais les Elleviou et les Martini et plus tard, en pleine mer, j'ai naturalisé sm* mon bord Topéra-comiqufi. (u cbanto.)

Ma barque légère Portait mes filets.

Air de PréviUe et Taconnet.

Plus d'une fois, jouant la comédie.

Dans un morceau pathétique et touchant,

j'ai tu venir la frégate ennemie.

Qui nous troublait dans le plus beau moment. [Bis,)

Mais notre troupe, k la réplique exacte.

Changeant de rôle, et toiyours en chantant, (Bis.)

Livrait galment un combat dans Tentr'acte,

Et reprenait après le dénoûment.

ARMA1ND

Quoi! Tunion de Madame serait si prochaine?

M. DE GERVAL.

Aujourd'hui même il faudra qu'elle se décide, (a madame de sénange.) Tu m'as donné ta parole pour notre sous-préfet.

ARMAIXD.

J'ignorais que Madame fût engagée.

M. DE GERVAL.

Vous convieudrez, mon cher, qu'il n'y avait pas de nécessité que vous en fussiez instruit, (a madame de sénange.) Après cela, si ce n'est pas lui, ce sera un autre. Je t'amène un original avec qui j'ai fait connaissance, M. de La Durandière, un eicellent garçon, tapageur, mauvaise tête, et brave comme un César : voilà comme je les aime. Du reste, riche à millions. U cherchait à acheta une propriété^ je lui ai parlé de la tienne, que tu voulais vendre il y a quelques mois, et il doit venir aujourd'hui.

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NADAM8 DE 6ÉNÂNGE.

Vous savez bien, mon oncle, que j'ai changé d'idée.

M. DE GERVAL.

C'est égal; il faut toujours qu'il vienne : c'en est un de plus^ peut-être qu'il te plaira.

ARMAND

J'ignorais ce matin que vous attendissiez une société aussi nombreuse. Vous-même, tous ne comptiez pas sur la personne que monsieur votre oncle a invitée , et je craindrais qu'un plus long séjour ne fût indiscret.

MADAME DE SÉRAnGE.

Nullement, Monsiem*; mon oncle vous dira...

ARMAND

Je connais votre obligeance et la sienne, et je ne veux point en abuser. Je vous prie, Madame, de m'accorder la permission de tout disposer pour mon départ, et de vouloir bien d'avance recevoir mes adieux, (n sort.)

M. DE GERVAL.

£h bienl mon cher ami, je vous souhaite un bon voyage.

MADAME DE SÉNANGE, M. DE GERVAL.

M. DE GERVAL.

Parbleu ! voilà un plaisant original ! et il fait aussi bien de s'en aller, car j'allais quitter la place.

MADAME DE SÉNANGE.

Je n'en reviens pas, me quitter avec cette froideur ! en quoi donc lui ai-je donné sujet de se plaindre?

M. DE GERVAL.

Eh bien! tu as un air tout déconcerté?

MADAME DE SÉNANGE.

Moi, mon oncle, non certainement; mais, sans le connaître beaucoup, j'avais de lui une meilleure idée ; et il est toujours pénible de voir qu'on s'était abusé.

M. DE GERVAL.

Tu verras quelle différence avec celui que je te destine!

Air du TaudeviUe des Amazones.

Pour t'enrichir, restant célibataire, . "

En ta faveur j*ai m tout disposer;

Mais j*aime fort ce bon La Durandiëre : Rien que pour moi tu devrais l'épouser.

MADAME DE SÉNANGE.

Gomment ! pour tous?

M. DE GERVAL.

Oui^ certes^ je réclame.

Et j'ai le droit de Teiiger ainsi :

Lorsque pour toi je n*ai pas pris de femme. Pour moi, morbleu ! tu peui prendre un mari. DE I.A DURANDIÉRE, dans U coulisse.

Ah! ventrebleu! il a bien fait de se garer!

M. DE GERVAL.

Tiens, c'est lui-même !

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