‹ Théâtre (volume 5)Chapitre 118 sur 446 · ROMANCE · texte numérisé non relu

ROMANCE

En quittant ce rivage Où mon cœur fut heureux.

Aux échos du bocage J'adressais mes adieux.

JamaU, quoique loin d'elle.

N'aurai d'autres amours; Lorsque l'on aime Adèle, Il faut l'aimer toujours.

Certainement elle est fort bien cette romance.

ARMAND

11 y a un second couplet.

MADAME DE SÉNANGE.

DEUXIÈME COUPLET

Dans l'ombre du mystère.

Un amant malheureux Doit aimer, et le taire A l'objet de ses feux.

£t s'il faut dans l'absence Traîner ses tristes jours.

Il part sans espérance.

Mais en aimant toujours.

ARMAND répète les deux derniers Ters.

Je pars sans espérance. En vous aimant toujours.

(il se jette aux pieds de madame de Sénange.) MADAME DE SÉNANGE.

0 Ciel ! monsieur Armand, que faites-vons, et que viens-je d'apprendre?

ARMAND

Ce secret que, sans l'arrivée de votre oncle, j'allais vous confier ce matin... Mais ce n'est rien encore, vous ignorez à

2Ct PARTIE ET REVANCHE.

quel point je suis coupable envers vous^ et quand vous saurez qui je suis...

MADAME DE SÉNANGE.

Que dites-vous? achevez^ m'ave«-vous trompée?

ARMAND

Oui , Madame^ je suis celui à qui vous fûtes destidée^ celui que vous détestiez sans le connaître^ et qui maintenant ne votUI a donné que trop de sujets de le haïr.

MADAME BE SÉRANGE.

Grand Dieu ! vous, monsieur de Saint-André?

ARMAND

Lui-même, Madame.

MADAME DE BÉNANGE^ à part.

Grâce au ciel, le mal n'est pas si grand que je croyais; il m'avait fait une peur... (uant.) Gomment! c'est vous. Monsieur, qui depuis quinze jours êtes ici sous un nom supposé?

Le mien, si vous l'aviez connu, eût été pour moi un arrêt d'exil; mais vous devez vous rappeler que c'est malgi^é moi que je suis entré dans ce château; hélas! c'est bien malgré moi aussi que je m'en éloigne.

MADAME DE SÉNANGE.

Et pourquoi? qui vous force à partir?

ARMAND

Votre injustice, vos préventions* oui. Madame, on vous a dit que j'étais un homme dur, insensible ; on m'avait dit que vous étiez bonne, indulgente; convenez qu'on nous a trompés tous les deux.

MADAME l)E SÉNAKGE.

Non, sans doute ; voilà ce que je ne puis vous avouer encore; mais il est vrai cependant que je me suis fait de vous une tout autre idée; et pour rétablir dans votre esprit ma réputation de bonté et d'indulgence, J'ai bien envie de vous proposer ime épreuve.

ARMAND

Parlez, Madame, commandez; que puis-je faire pour vous prouver mon amour, et me rendre digne de totre maiii ?

MADAME DE SÉNANGE.

Eh bieni s'il est vrai que vous m'aimiez, j'exige que, pendant trois mois entier^, à dater d'aiijourd'hui^ vous n'ayez pas

la motttdfe querelle^ la moindre discussion; enfin ^ que vous

SCÂNE XI. 963

évitiez toute espèce d'affaires, même celles où vous auriez complètement raison.

ARMAND

Et les trois mois expirés^ vous consentez à m'épouser?

MADAME DE SÉKAKGE.

Mais je crois qu'alors je le pouiTais sans crainte.

ARMAND

Dieu ! que je suis heureux I c'est comme si nous étions ma- , ries; car apprenez, Madame, que ce que vous me demandez là est pour moi la chose du monde la plus facile, et personne n'est moins querelleur que moi. Enfin, vous avez vu ce matin quand votre oncle est venu nous interrompre, certainement j'avais là une belle occasion.

MADAME DE SÉNANGE.

Eh mais! cela ne commençait déjà pas mal. Enfin, vous connaissez nos conventions, vous voyez que je ne suis point injuste; je dirai tout à mon oncle; en attendant je cours m'habiller, car je n'ai pas encore paru au salon où l'on m'attend. Adieu, adieu. Monsieur; puis-je dire en bas que l'on renvoie vos chevaux?

ARMAND, lui baisant la maiu.

Ah! vous êtes trop bonne. (Madame de Séoange sort.)

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