‹ Théâtre (volume 5)Chapitre 135 sur 446 · ANTOINE, THÉRÈSE · texte numérisé non relu

ANTOINE, THÉRÈSE

ANTOINE, les regardant aortir.

C'est ça, j'aime autant qu'ils s'en aillent; parce que, s'il faut vous le dire, mademoiselle Thérèse, je ne suis pas fâché de me trouver seul avec vous.

THÉRÈSE

Et pourquoi?

ANTOINE

Ohî pourquoi. Tenez, moi, j'ai un style de négociant, et, dans mes conversations comme dans mes lettres de commerce, je vais droit au fait. Voici donc l'affaire en question. Je suis le meilleur ami de votre frère, je suis son associé : tout entier à mon négoce, rien jusqu'ici n'avait manqué à mon* bonheur; mais, depuis quelque temps, ça n'est plus ça, je ne suis plus heureux.

THÉRÈSE

Vous, monsieur Antoine, il se pourrait?

ANTOISP.

J'étais bien sûr que cela vous ferait du chagrin , parce qae

vous êtes bonne. Oui, mademoiselle Thérèse, je trouve que

'son est trop vaste, que mon comptoir est trop grand;

ours là, à côté de moi, quelque chose que je cherche

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et que je ne trouve pas. Enfîn^ ce qui me manque, c'est une bonne femme, et si vous le voulez. Mademoiselle, iiaiis arrangerons cette affaire-là; car c'est de vous que je suis amoureux.

TllÉIIÊSÈ.

0 ciel! je n'en reviens pas, m'avouer ainsi tout uniment...

ANTOir^E, froidement.

Dame! je vous le dis comme ça est .* j'ai trente-cinq ans, une jolie foiiune et une bonne réputation. Vous ne trouverez pas en moi un malin, mais un bon enfant. Vous mènerez tout à votre gré, comme ici, comme chez votre frère, ou plutôt, comme vous l'aimez autant que moi , nous ne nous quitterons pas, nous ferons ménage ensemble. Ce n'est pas quand je vais être heureux, que je veux qu'il cesse d'être mon associé.

THÉRÈSE

Antoine, que de bonté! que de générosité!...

ANTOINE

Du tout! ça ne me coûte rien; votre bonheur d'abord! et puis le mien après, si ça se peut sans vous gêner.

THÉRÈSE

Si vous saviez dans quel embarras je me trouve ! Je ne sais comment reconnaître, comment vous répondre. Pourquoi n'avez-vous pas parlé de cela à mon frère?

ANTOINE

Je m'en serais bien gardé ! Rodolphe est mon ami, mon débiteur, puisque j'ai été assez heureux pour lui rendre quelques services; et si je lui avais dit : Frère, j'aime ta sœur, veux-tu me la donner? il m'aurait répondu sur-le-champ, comme moi ce matin à Julien : Tiens^ la voilà, elle est à toi; et peut-être, Thérèse, cela ne vous aurait-il pas convenu, parce qu'il peut y avoir des raisons, des causes que les frères ne connaissent pas; par ainsi je me suis dit : Je vais d'abord en parler à Thérèse, et si elle y consent, le reste ne sera pas long.

THÉRÈSE

Peut-être vous trompez-vous; car si ma franchise doit égaler la vôtre, je vous avouerai que je n'ai pas Tidée de me marier.

ANTOINE

Je comprends, vous en aimez un autre?

THÉRÈSE

Non, et même, si j'avais un choix à faire, c'est vous, Antoine, que je préférerais.

ANTOINE

11 serait possible?

THÉRÈSE

Mais je vous l'ai dit, je ne vois en vous que Tami de mon frère, que le mien ; je crains de vous fâcher en vous l'avouant, mais je n'ai point d'amour pour vous, je n'ai que mon amitié à vous offrir.

ANTOINE

Dites-vous vrai? eh bien! morbleu! c'est tout ce que je demande, et puis le reste viendra plus tard. Qu'un joli garçon soit exigeant, rien de mieux. Mais moi, je suis encore trop heureux de ce que vous voulez bien m'accorder. (luî baisaut la maïD.) Oui, ma petite Thérèse, je vous jure que cet aveu-là suffit à mon bonheur, et que jamais...

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