‹ Théâtre (volume 5)Chapitre 137 sur 446 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

diable^ tu m'as vu lui baiser la main; mais sois tranquille^ quand tu connaîtras mes intentions...

RODOLPHE

Du tout 9 Monsieur, du tout; ce n'est pas cela. Ma sœur... ma sœur est sa maîtresse; qu'on lui fasse la cour, qu'elle prête l'oreille à tous les propos, cela m'est parfaitement indifférent.

THÉRÈSE

Âh! mon Dieu! qu'est-ce qu'il a donc?

RODOLPHE

Ce qu'il m'importe, c'est d'avoir un associé qui s'occupe de son état et qui songe à ses afiaires. (s*approchant de la table.) J'en étais sûr, le compte n'est pas arrêté, le reçu n'est pas fait; vous aviez apparemment d'autres soins plus importants.

ANTOINE

Quelle diable de querelle vient-il me chercher là? Que je le signe à présent ou dans une heure, qu'est-ce que cela fait?

RODOLPHE

Gela fait... Gela fait que chaque jour il en est ainsi, que toutes les affaires sont négligées, et pourquoi? parce qu'au lieu de rester à son comptoir, Monsiem* est toute la journée hors de chez lui, et c'est sur moi seul que retombe tout le travail.

ANTOINE

Eh mais ! au bout de dix ans, voilà la première fois qu'il s'en plaint.

RODOLPHE, éclatant.

Parce qu'il y a im terme à tout, parce que cela devient insupportable, et que je ne peux plus y tenLr.

ANTOINE

Ah çà, morbleu! tu le prends là sur un ton...

RODOLPHE

J'en ai le droit; et s'il ne vous convient pas, il y a un moyen de nous mettre d'accord. Dans une heure, vous recevrez l'ai'gent qui vous revient, celui que je vous dois. J'en ai fait le compte ce matin, et désonnais nous ne travaillerons plus ensemble.

THÉRÈSE

Rodolphe, qu'est-ce que tu dis là?

ANTOINE, stupéfait.

Gomment!

390 RODOLPHE

RODOLPHE

Il faut que cela finisse; quand on ne s'entend pltis^ le rtiieux est de ne pas se voir.

ANTOIWE.

Gomment! tu me chasses de chez toi! Tu te souviendras que c'est toi.

THÉRÈSE

Antoine! Antoine! moi^ je vous conjure de rester.

ANTOINE

Non pas ; je suis fier aussi, moi, et si jamais je remets les pieds ici...

RODOLPHE

A la bonne heure.

ANTOINE

Après un pài'eil traitement, il faudrait que je fusse bien lâche. (Ea sanglotant.) Ne crois pas que je te regrette, au moins.

RODOLPHE

Et moi donc.

ANTOINE

Un mauvais caractère.

RODOLPHE

Un brouillon.

Un ingrat.

RODOLPHE

Un fou.

ANTOINE

Je trouverai dix amis qui vaudront mieux que toi.

RODOLPHE

Eh bien! prends-les, et que je n'entende plus parler de toi.

ANTOINE, étouffant.

C'est dit , oui, oui, et je suis enchanté de ne plus te revoir. (a part, s*en allant.) Ah! mou Dicu, mou Dicu! j'étouflc; j'en mourrai, c'est sûr.

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