ANTOINE, RODOLPHE
(Rodolphe entre d'un air rétenr. Il 1ère les yeux ; il aperçoit Antoine. Tous les deux se regardent un instant, et, sans parler, se jettent dans Les bras ^'autre.)
KOPOLPHE.
Jlon frère I
ANTOINE
Mon ami !
RODOLPHE
Mon ami! Antoine, tu me pardonnes?
ANTOINE
Oui, oui, tout est oublié, à une condition, c'est que nous ne parlerons jamais de ce qui s'est passé.
RODOLPHE
Oui, oui, tu as raison ; mais j'ai besoin de te dire combien je t'aime, combien je suis heiu'eux de pouvoir m'acquitter envers toi.
ANTOINE
Eh luen! Rodolphe, sois content, je viens t'en offrir l'occasion. .
RODOLPHi:.
Parle.
Nous nous aimons comme deux amis, et, si tu veux, nous pouvons nous aimer comme deux frèj'es?
RODOLPHE
Que veux-tu dire?
ANTOINE
J'aime ta sœur, donne-la-pioi pour feai|n^.
RODOLPHE, 'Vivement.
Comment! Thérèse?
ANTOINE
Eh bien ! ne vas-tu pas recommencer ? Que jiiable a-t-il donc aujourd'hui?
RODOLPHE, se reprenant.
Non, mon ami, pardonne Certainement, moi je ï\e demande pas mieux, tu sens bien que je serais trop heureux; mais je crois connaître les sentiments de ma sœur, et quelque amitié que j'aie pour toi, je ne peux pas la contraindre.
ANTOINE
Quoi! c'est pour cette raison que tu hésites?
RODOLPHE
Oui, mon ami, sans cela...
300 RODOLPHE
ANTOINE^ lui MoUnt au eoa.
Ah! quel bonheur! partage ma joie^ c'est Thérèse^ Thérèse elle-même qui m'envoie vers toi.
Que dis-tu?
ANTOINE
Ce matin, il est vrai, elle m'avait refusé, mais elle a changé d'idée, elle me donne son consentement; elle m'a chargé d'avoir le tien... Eh bien! qu'est-ce qu'il te prend? Rodolphe, mon ami, qu'as-tu donc?
RODOLPHE
Rien, la surprise, l'émotion...
ANTOINE
C'est comme moi , tout à l'heure, ça m'a produit cet effet là : j'étais bien sûr que tu en serais enchanté; mon bon Rodolphe, mon ami, nous voilà donc frères!
RODOLPHE, aifeetaat un air tranquille.
Elle t'aime donc, tu en es sûr?
ANTOINE, arec bonhomie.
Dame! elle me l'a dit.
RODOLPHE, avec effort.
C'est bien, Thérèse est à toi.
ANTOINE
Quel bonheur!
RODOLPHE
Sa dot est prête depuis longtemps.
ANTOINE
Sa dot ! est-ce que j*en ai besoin? est-ce que ce n'est pas moi, maintenant, qui suis le plus riche ! Adieu, mon ami, je cours tout disposer, prévenir ma sœur et Julien; ces pauvres enfants, je les ai fait pleurer, et j'en suis désolé; il est si cruel, quand on est heureux, de faire de la peine à quelqu'un, (lu prenant la main.) N'cst-cc pas, mou ami? Adieu, dans l'instant je reviens, en jeune homme, en marié, le bouquet au côté et le contrat à la main. Nous le signerons tous deux en même temps, (il sort.)