‹ Théâtre (volume 5)Chapitre 150 sur 446 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

M. DE SAINT-PIERRE, JASMIN

M. DE SAINT-PIERRE, regardaut Jasmin.

Ça n'a pas la moindre disposition ; et je leur en remontrerais quelquefois si ce n'était le décorum. II est vrai que, quand on a excercé soi-même, on est plus difficile qu'un autre.

JASMIN, d*un air niais.

Monsieur, ce sont vos lettres et vos journaux, et un petit rouleau.

SGBNE 111. 313

M. DE SAINT-PIERRE

Eh bien! oii sont ces lettres et ces journaux? (jasmin fouille dans sa poche et les lui donne.) On les montre, on s'avance. Yois-tu? le corps droit 9 et on étend la main avec grâce: Monsieur, ce sont vos lettres.

JASMIN, les lui prenant.

Je vais recommencer.

M. DE SAINT-PIERRE

Eh non! ça n'en finirait pas d'aujourd'hui. Laisse-moi.

(jasmin sort. Saint-Pierre outrant la première lettre.) C'est de M. de Yal-

berg, mon Toisin. Que me veut-il? (ii lit.) « Je vous envoie, « mon cher voisin, les cent louis que je vous dois. » Parbleu je n'y comptais guère. Un joueur qui paye ses dettes. Qu'est-ce donc qui lui est arrivé? (continuant à lire.) a Vous partagerez ma « joie, quand vous saurez que j'ai maintenant cinquante mille a livres de rente, qu'on ne peut pas m'ôter. » 11 est bien heureux. Comment donc cela? «Je suis allié, mais de très-loin, à a l'ancienne famille de Morînval, qui depuis longtemps a dis- « paru. Leur fortune, après avoir passé entre les mains de pluci sieurs vieux collatéraux qui sont tous morts, est enfin arria vée tout entière entre les miennes. 11 y aujourd'hui ou demain a une trentaine d'années, à ce qu'il parait, que ces biens sont « possédés, sans aucune réclamation ; ainsi, d'après ce que « dit mon avoué, prescription acquise, plus de recours à « craindre; vous voyez donc bien que j'ai encore de quoi « jouer quelques parties de creps ou d'écarté, etc., etc.» Grand bien lui fasse. Je vois qu'entre ses mains la fortune des Morinval ira encore plus vite que la mienne. Quelle est cette autre lettre?... De madame de Rostange, ma voisine. Elle voulait me donner sa fille par spéculation , je l'ai refusée par délicatesse; et nous n'en sommes pas moins bons amis. (Lisant.) Elle a un service à me demander ; à la bonne heure, mais qu'elle se dépèche, (ouvrant une troisième lettre.) Ah, ah ! ccci vaut mieux; c'est de mon notaire, (usaot.) « Je vous envoie ce que vous me « demandez. Ce sont vos derniers mille écus , je n'ai plus « d^autre argent. » Comment, il se pourrait!... (Montrant les

trois billets de banque et le rouleau qui est sur la table.) Voilà tout ce qui

me reste. Je ne me croyais pas si avancé. Je me suis donc amusé plus que je ne croyais. Mais quoiqu'on y soit préparé, cela fait toujours quelque chose.

Air du vaudeville de la Somnambule.

N'ayant phis rieO; sachons dans me^ détresse

Être philosophe en efifet;

C'est un fardeau que la richesse^ Mais un fardeau que Ton quitte à regret. Fortune^ amour^ sont les mépris du sage^ Contre leurs fers chacun est révolté :

Et le captif dont on rompt Tesclavage En soupirant reprend sa liberté.

Allons^ allons^ chassons ces idées-là. Oui^ monsieur Lapierre^ il faut prendre gaiement sott parti, et pliet bagiagc. En pajant les menus frais, les gages de mes domefetiqiifes , urie petite gratification j je vais me trouver, comme eut, sur le pavé. Heureusement ils ont de l'amitié pour hidl^ ils m'aideroht à trouver quelque bonne place ; ou plutôt pourquoi ne la chercherais-je pas moi-même? je suis en assez belle position pour cela. Pendant ces trois mois, j'ai été reçu dans les premiers salons de la capitale. Voyons parmi mes amis intimes quel est l'heureux moi-tel à qui je voudrais me donner. Et parbleu! M. de Valberg, dont je lisais tout à l'heure la lettre. 11 a cinquante mille livres de rente, et puis, valet d'uii joueur, c'est une belle condition.

« Sous ses heureuses mains le cuivre devient or. » Ah! ah! c'est toi, Cécile!

M. DE SAINT-PIERRE , CÉCILE

CÉCILE

Oiu, Mohsieur; je vous apporte voire déjeuner,

M. DE SAINT-PIERRE, à part.

Allons, iaissôns-nous servir encore aujoui'd'hui ; mais demain^ , je me déclare ; car une fortune, c'est gênant pour faire la çoùr à une allé qui n'en a pas. ( Haut. ) Il me semble que tu vien$ bien tard aujourd'hui.

CÉCILE

C'est que vous ne savez pas.^. Il vient d'y avoir une scène dans l'hôtel. Ce monsieur dq Valberg, qui n'a pas votriÇ bonté, vnfrA natience,^ vient de tomber à coiips de canf^e sur Georges, qui l'avait fait attendre deux minutes.

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