‹ Théâtre (volume 5)Chapitre 149 sur 446 · SCÈNE H · texte numérisé non relu

SCÈNE H

M< DE SAINT-PIERRE, sortaDt de la porte à droite.

Holà! quelqu'un!... Personne dans mes appartements, tii dans cette antichambre. Mes domestiques seront sans doute sortis; ils ont dit qu'ils avaient ce matin des affaires, (s'asseyant.) Eh bien! j'attendrai. Encore si cette petite Cécile était là..: Excellente fille, à qui je ne suis pas indifférent. J'en suis sûr. Eh bien! elle *a raison; car tnoi, de mon côté, il n'y a d'autre inconvénient que ma fortune, et c'est un obstacle que chaque jour je m'applique à faire disparaître. Encore quelques semaines, et nous serons de pair, (on sonne-J Itein ! qu'est-ce que c'est? Maudite sonnette! elle produit toujouis sur moi un effet.

Air du yaudeviUe de VÉcu de six francs. Cette sonnette me réveille Dans tous les rêves que je fais, Et vient sans cesse à mon oreille Me rappeler ce que j'étais.

En vain je veux être rebelle A ses accords désobligeants.

Lorsque je sonne un de mes gens, Je crois toujours que je m'appelle.

C'est qu'aussi on n'a jamais vu d'aventure comme la mienne; et si elle ne m'était pas arrivée, je croirais que c'est un conte. Moi , Lapierre, franc original et garçon sans souci, né sans prétention, dans cette classe estiinable de la société, cette classe, la plus nombreuse et la plus nécessaire de touteb> celle

3iS UN DERNIBR JOUR DE FORTUNE.

des valets; je m'y étais fait une réputation méritée, lorsqu'un beau jour, fatigué d'être heureux, il me prend l'idée d'être riche; mais, trop paresseux pour travailler, et quoique n'ayant pas un sou, trop honnête homme pour spéculer à la Bourse, je mets mes gages à la loterie, et je gagne un quateme : cinquante mille écus; c'était rond, c'était joli; mais qu'en faire?., les placer, il n'y avait pas de quoi rouler carrosse ; les dépenser, impossible en province. M. Lapierre quitte Toulouse, vient s'établir à Paris, prend un appartement superbe dans un hôtel gai*ni, des domestiques dans les Petites-AfQches, et un nom dans le calendrier, qui n'en refuse à personne. Me voilà donc M. de Saint-Pierre! Voyons, me dis-je alors, puisque cette épreuve ne me coûte rien, si la vie d'un maître est plus douce que celle d'un valet, et si le bonheur est plus aisé à rencontrer sous le frac que sous la livrée; ne nous refusons rien, épuisons tous les plaisirs. Cinquante mille francs par mois; si on ne trouve pas le bonheur à ce prix-là, c'est qu'il n'est pas à vendre. Ma foi, je ne regrette pas mon argent, je me suis amusé.

Air : d'Aristippe,

De Paris j*ai tu les miracles.

De ses plaisirs j*ai goûté les douceurs ;

J*ai parcouru tous les spectacles, J*ai visité les plus brillants traiteurs.

Des amours la joyeuse troupe

Versait les yins les plus exquis ; £t mes lèvres vidaient la coupe Que ma main remplissait jadis.

Hein! qui vient là? C'est un de mes domestiques provisoires.

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