M. DE SAINT-PIERRE, MADAME DE ROSTANGE
MADAME DE ROSTANGE
Ah ! mon cher voisin , que je vous fasse part de mon bonhem*. Je sais l'intérêt que vous nous portez... Apprenez donc que je marie ma fille.
Que dites-vous? Ce n'est sans doute qu'un projet.
MADAME DE ROSTANGE
Non, c'est aiTêté, c'est convenu. Je n'avais pas de fortune à donner; mais une place est une dot. Et en faveur de$ services que mon mari a rendus, on m'accorde pour mon gendre le poste le plus honorable.
M. DE SAINT-PIERRE, à part.
Cela se trouve bien. (Haut.) Je m'en rejouis comme vous... mais ce gendre n'est pas encore choisi.
MADAME DE ROSTANGE
Si vraiment... un arrière-cousin du ministre. .i Comme je
3)9 UN DERNIEa JOUR M FORTUNE.
VOUS le disais^ tout est d'accord; il a m'a parole... j'ai la sienne; et nous n'attendions plus que ce brevet «[u'on vient de m'accord^r, ^t que je v(ms lui expédier.
If» PB SAINT-^lfiAAK, à parit
Morbleu!... c'est fait de nous.
MADAME DE ROSTANGE
Eh bien !... qu'avez-vous donc ? D'où vient ce trouble, cette émotion?
n. DE SAmr-pifeRRE.
Moi, Madame , c'est de surprise et de satisfaction... pour vous, du nlotnt.
MADAME DE tlOSTANGE.
Je crois bien... un arrière-cousin du ministre... (é'approeb&nt de la table.) Vous avez là dcs enveloppes.. i un cachet... Je vous demanderai la permission..»
M. DE SAINT-PIERRE
C'est trop d'honneur que vous me faites.. . (pendant que madame
d« RoBtaiige arrange «m enveloppe.) Eh bien t à la première attaque me voilà dérout44.. et Je ne sais plus que dire... Morbleu! Lapierre , tu t'ei rouillé dans la prospérité... Pas une idée> pas une ruse... Et tu veux remonter valet de chambre?
MADAME DE RÔSTAISGE.
Vous n'auriez pas là un de vos gens?
M. DE SAINT-PIBRRE.
Si, Madame... Mais avant d^adresser le paquet à M. l'anièrecousin du minisire, j'aurais vouhi obtenir de vous un instant d'audience... Vous comprenez, sans que je vous le dise, que ce mariage me contrarie beaucoup.
MADAME DE ROSTAISGE.
Et pourquoi?... 11 ne tenait qu'à vous d'épouser ma tille,
M. DE Saint-pierre.
Oui, sans doute.
MADAME DE ROSTANGE
N'avez-vous pas refusé Talllance que je vous proposais?
M. DE SAINT-PIERRE
Je ne dis pas non...
MADAME DE ROSTANGE
Alors, quel motif poùvez-vous avoir?
M. 1)E SAINT-PIERRE
Quel motif?... (a part.) Ah! mon Dieu! il n'y a pas d'autre moyen... En bon servitou*, 11 tkut ici se dévouer. (Haut.) Vous
ma ^ii)findez Itîs mo^lf;^ ^i$ pioài r^fus ?. . • Toujt auive qm vous, Madiupc , les connaîtrait déjà; mais votre .sévérité vous liippêche dp )es devii^er^ et votip inodj^^e de les appré^siéi:*
Que voulez-vous dire?
Que je serais déjà votrf» g^n4re> si yous-mêoie ne vous y étiez opposée.
iUDAiiK PB RoirrA^çip, Moi, Monsieur?
M. DE S^WT^IEPBE.
Oui , Madau)^; qu^que étoopants qu'iU puissent vous |w raitre, tels sont les sentiiQepts que je u'ai jamais osé vous déclai*ef..» L'^ffîour m s'est jaru^is pi'éseiité à moi paré d^s illusions de la jeunesse... Je lai toujours vu sage^ estimable^ raisonnable , enfin tel quo j^ vous yois* Je n'ai point rêvé la tendresse, je l'ai spéculée.
Air du vaudeville ât îû Robe et tes Bottes»
Sensible amant, capitaliste sag^^
Mon cœur, mes l)iens, veulent up guid^ |ùr>
Et je préfère aux roses du jeune âge
Les fruits heureux de Tàge mûr.
Doublant mes fonds, chaque aunée à ma caisse Ajoute encor des revenus nouveaux^
Et l6 temps fait sur ma tendresse Le même effet qoé sur mes capitaux.
MADAME DE ROSTfNGE.
Gomment! Monsieur, il se pouffait 1
M. DE SA)^T*plEME<
Qui, Madame, tels étaient mes projets ; et je songeais à les réaliser, lorsq)ie ce fatal mariage est venu détruire à japaais toutes les combinaisons de mon amour.
MADA]|E ppl R0ST4ÇGE»
Et pourquoi donc. Monsieur?
M. DE SAjNT-PlEHRB.
Vous comprejpe«> Madame, qu'à ipou âg^, ipe dévouant par goût à l'état de beau-père, je tiendrais à l'exercer avec tout Tagréftient dont il est susceptible , ce qui u'armerait cer kaiiiement pas si j'avais pour geudrô un arrière-cousin du ministre» qif e je ne counaîtrai pas» et qui m f^e^a obligé m^W» mai
à aucun égard... Si, au contraire, l'ëpoux de votre fille avait été choisi pai* moi... s'il me devait tout... s'il me regardait comme son père... comme son bienfaiteur... si, en un mot, vous aviez agréd le jeune homme que j'avais en vue...
MADAME DE ROSTAMGE.
Gomment! Monsieur, vous y aviez pensé?...
M. DE SAINT-PIERRE
Voilà quinze jours que je m'en occupe; et j'avais pris parmi ce qu'il y avait de mieux... M. le comte Edmond de Morinval, le dernier hériti^ de la famille de ce nom.
MADAME DE ROSTAPiGE.
Monsieur Edmond, qui est ruiné, et qui n'a rien!
M. DE SAINT-PIERRE
Oui... mais moi, je lui donne cinquante mille livres de rente.
MADAME DE ROSTANGE
11 se pourrait!
M. DE sahit-pibrre.
En signant le contrat.
MADAME DE ROàTAKGE , étonnée.
Vous lui donnez cinquante mille livres de rente!.. Et que vous reste-t-il donc?
M. DE SAINT-PIERRE, souriant.
Là-dessus, soyez tranquille... Mais je vous en ai prévenue, le véritable amour ne fait pas de phrase... il ne prScède que par ai'tlcles. Accordez à Edmond de Morinval, 1^ la main de votre fîUe; 2^ la place que vous avez obtenue, et dans huit jours nous faisons deux noces... Qu'en dites-vous?
MADAME DE ROSTANGE
Certainement. .. je sacrifierais tout au bonheur de ma fille... mais permettez : je vais rompre avec ramère-cousin du ministre... donnera un autre une place qui lui était destinée, et qu'il m'avait un peu aidée à solliciter... Voilà ce qu'il y a de sûr et de positif : les mariages dont vous me parlez le sont-ils autant?... Qui m'en répondra?
M. DE SAINT-PIERRE
J'entends... vous me demandez des garanties?...
MADAME DE ROSTANGE
Non pas... mais enfin...
M. DE SAINT-PIERRE
Je vous dis que nos cœurs s'entendent, et qu'ils sont liës
SGÂNE XIII. 3%
Tun pour l'autre... La sympathie du calcul!... Gomment donc vous rassurer sur mes sentiments?... Les dédits... sont d'anciens moyens qui n'ont plus cours à présent : mais les billets
au porteur sont toujours de mode... (Se mettant à table et écri^P^nt.)
et le style de celui-ci est d'une précision qui ne laisse au cun doute. « Fin septembre prochain , je paierai à ^madame « de Rostange, ou à son ordre , la somme de soixante mille « francs 9 valeur reçue, si, à cette époque, je ne suis pas son « mari.»
MADAME DE ROSTANGE
Fi donc!... ce n'est pas cela que j'exigeais; mais vous le voulez... Je retitre chez moi... j'envoie au cousin du ministre son congé , et à monsieur Edmond notre consentement, (siie
sort.)
M. DE SAirrr-PIERRE , la reconduisant.
A merveille! .. Voilà déjà mon maître mariée et placé... ce n'est pas sans peine... Et pour ma rentrée dans l'emploi, j'ai eu afiaii*e à forte partie... D'autant qu'il fallait, brusquer les événements; car, ce soir, adieu ma fortune .. et par suite mon crédit... C'est donc ce soir. (Appelant.) Jasmin... C'est ce soir que mon règne finit avec le trimestre... Ah! Jasmin!