‹ Théâtre (volume 5)Chapitre 175 sur 446 · GOURVILLE, AGATHE · texte numérisé non relu

GOURVILLE, AGATHE

CpURYIUE.

Bonjour, mon aimable pupille; car nisuatena^t je Tou^ regarde comme telle.

AGATHE

Je connais vos i)ontés pour moi| l^Qnsieur, et je- sais iout ce que je vqu§ dojs.

. Jû^u'à présent cependant U ïiip sçaaablfi g|*e. p'-est ppus qui sommes vos çlébiîçurs ; j'éUis part} avec ïflgp peyei^ pour roa terre de Gourville, où tous les ans, âiix vacances, il me fait rbonneui' de venir chasser.

Air : L'amour qu'Edmond atumè to^rc

Aux Yacauces peut-on mieux faire?

Se divertir est alors un devoir; Mais en passant auprès de votre terre.

J'ai désiré m'arréter pour vous voir.

Quand loin d'ici le plaisir le réclame. Pour moi monsieur l'cin est privé.

GOlJftVILLH.

Vers le plaisir, qi^, j^ous cpuripn^j M^damf), Et nous restons où nous Tiivpns trouvé.

AGATHE

Dites plutôt que vous restez par égard. Ne vous suis-je pas retohimandéè pài^ votre vieil âmi ?

GobkViLLÉ.

Oui, car quoique je n'aie pas encore reçu les papiert de la succession, on assure que c'és't itibi qui suis nommé son exécuteur testamentaire .

AiîÀTiiÈ.

Rien n'est pliiS vtâi i 11 më Ta écrit il y a qiiiiize jours ; et si je ne vous ai pâS nîphtré cette le^trie, çé n'était pas manque <Jé confiàtice èri vous, xliîàls c'était pou^' des raîst)nij que,je n'bsè'tbus dire^

GobiiviLLfe.

Et que je dcvihè. Il vous annonçait dU'it cttmptaU yoiis laisse!* htiit ou di)^ miile livres dé rehle, et eU nieihë téin|)S il

4 l'héritière.

vous engageait à me prendre pour conseil, pour tuteur et pour mari.

C'est vrai.

GODRVILLE.

Eh bien ! que dites-vous de cette idée ?

AGATHE

Mais, Monsieur, je ne sais pas comment vous répondre.

GOURVILLE, à part.

Ah! mon Dieu ! est-ce que, sans le vouloir, j'aurais eu l'imprudence de lui plaire? (Haut.) 11 me semble cependant qu'il n'y a rien là-dedans qui doive vous troublei', à moins que vous n'ayez au fond du cœur quelque inclination.

AGATHE

Oh ! si ce n'est que cela, je puis vous répondre hardiment, car je suis bien siire de n'aimer personne.

GOURVILLE

Pas même moi ?

AGATHE

Non, Monsieur.

GOURVILLE, riant.

L'aveu est naïf.

AGATHE

Du moins il est sincère. Je n'ai jamais trompé personne; et je vous dirai avec la même franchisse...

GOURVILLE

Que vous me refusez ?

Non, Monsieur. Je suis prête à me conformer en tout aux intentions de M. le commandeur, si toutefois ce sont aussi les vôtres.

GOURVILLE

Quoi! Madame...

AGATHE

Je suis seule au monde, sans parents, sans amis ; si j'en crois l'épreuve que j'ai déjà faite, j'ai peu de moyens de plaire et de fixer un mari. S'il est jeune, il me trompera, il me rendra d'autant plus malheureuse que j'aurais j^eut-étre la faiblesse de l'aimer. S'il est de votre âge. Monsieur, ce sera un ami plus sûr et moins exigeant. U me faut un guide, un appui; il sera le mien : et de mon côté, mes soins, ma tendresse,

SCftNB II. %

me tiendront peut-^tre lieu à ses yeuK des qualités qui me manquent. Voilà mon plan; qu'en dites-vous?

GOURYILLE.

Je dis. Madame, que tous êtes une femme charmante, et que vous méritez d'être millionnaire, (a part.) Dieu! quel , dommage ! raisonner ainsi, et n'avoir que dix milk livres de | v rente ! Allons, allons, il faut que mon neveu l'épouse, ou j'y perdrai mon nom. (Haut.) Vous n'aimez donc pas les jeunes gens ?

AGATHE

Non, Monsieur.

COUR VILLE

11 en est cependant de fort aimables, ou du moins que l'on s'accorde à trouver tels. Que pensez-vous, par exemple, démon compagnon de voyage, de Gustave, mon neveu ?

Mais, Monsieur...

GOURVILLE

Vous ne pouvez pas niei' que ce ne soit un joli cavalier, un brave militaire, un caracière charmant.

AGATHE

Sans doute : mais je vous ai prévenu que je disais toujours la vérité, et je trouve...

GOURVILLE

Vous trouvez?..

AGATHE

Je ne puis trop m'expliquer.

Air : Ainsi que vous, MademoiseUs.

Son esprit platt; mais il sait trop d'avance ; Qu'avec plaisir chacun va l'écouter ;

Pour sa gatté, pour son aisance.

C'est un homme qu'on peut citer :

Indiscret, frivole, agréable.

Sans rien sentir, toujours sûr de charmer; ,

Enfin, Monsieur, un homme aimable :

Voilà pourquoi je ne saurais l'aimer.

GOURVILLE, à part.

Ah diable ! mauvais début.

AGATHE

Apres cela, c'est peut-être ma faute.

6 L'HÉttltlUla.

GOtmviLLC.

Non^ noD; c'est Id sienne; et je ne sais ëomtiiént vous faire un aveu, (a part.) Ma foi, rendons^le intéressant à ses yeux, ou jamais je n*en viendrai à bout. (Haut.) A^ppenei donc , Madafne, mais surlout le plus grand mystère, car je trahis là on secret qiAii'est pas k mièn^ âppreiier que Gustave^ tnon neveu, vous adore.

AGATHE

Moi! que m'apprenez-vous là?

GoijRVitLE.

L'exacte vérité. Jugez, après cela, si je peux penser k vous épouser ; si je peux, de gaieté dé cœur, faire le malheur ^'un enne homme eslimislble qui fa^a d'autre tor! gué ïé toiis aimer comme un foU.

AGATBÉi

Je n'en reviens pas ! lui ! M. Gustave. Depuis trois jours ' qu'il est ici, à peine si je l'ai vu. 11 passe toilté l'a joùrnëé à la chasse.

ootmviLLE.

C'est que vous ne connaissez pas sa timidité, son caractère. Tenez, avant-hier, dans le salon...

AGATHE

11 n'y est apparu qu'un instant et a été se ôoiicher.

GOURVILLE

Oui, parce qu'il y avait du monde, et qui! ne pouvait vous parler. Mais hier... "

Nous étions seuls.

GOIIRVJLLK.

Eh bien?

A6ATRH.

Air de la 4toi|g et le$ Bqttu.

• Eh bien î il semblait à là shhe,

GOURVILLE

. Quand on aime on dévié lit tremblant.

AGATHB.

Il me dit quelques mots à |iel&e.

GOURVILLE

Votre aspect est tpès«iiiit)osdnt.

EdAd^ Monsieur^ di^os 1^ bergère

Ahl f;'est qu-U voy.ç cfplt insim sôv^rr |î)a spbge qu'^ii réalité*

Et puis d'Éillëufs, vous vous êtes trompée, ce tt*est pas possible. '

AGAtHE.

J'en suis certaine.

GOURVILLE

II faisait semblant; mais entin la vérité est que depuis trois jours je ne le reconnais plus. 11 est triste^ mélancolique.

AGAtHE J

Je l'aurais cru au contraire d'un caractère toH ^al^

Oui, par lijoitients, paç intervalles, mais ^s cju'il est seijl, il rèïomBé. Moi, je puis vous asslifer qu'il a iiiaigrl^ qii'il est changi^^

AGATHE

U serait vrai t

GOlIRVILLk.

Et ce n'est pas étonnant : it li'a plus îê cœur à rien, il ne boit ni ne mange.

GUSTAYE, en dehors.

Eh bien! le maître d'hôtel, le sommelier; p§]|^^qi|p nVst à son poste?

Eh ! mon Dieu ! c'est lui que j'çtntends.

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