‹ Théâtre (volume 5)Chapitre 177 sur 446 · GOURVILLE , GUSTAVE · texte numérisé non relu

GOURVILLE , GUSTAVE

GOURYILLE , à part.

L'imbécile, il semble prendre plaisir à détruire tout ce que J'ai fait pour lui.

Cest une si bonne cbose qu'un elVet, quand il est bieti M! avec une sauce comnlë celle-là, oii mangerait son oncle. J'espère que vous mé tiénilrez compagtiiô?

GOURYILLE.

Ah çà ! morbleu ! je ne te conçois pas, ce matin, tu fais exprès de ne penser qu'à lilânçer.

GUSTAVlî.

Eh ! parbleu ! à quoi vouléz-Tous qUe pense un appétit de chasseur?

GOURTÎLLB.

Mais au moins tu aurais pu n'en pds parle)* à chaqiie instant. Et puis quelle consulte ti^i^is-t^ av^c madaqiie de Mervai? une femme charmante, une maîtresse àe maison qui nous reçoit à merveille : tu ne lui adresses Jâîiiàis uiie Jpàrole aimable, pas un mot de galanterie.

GUSTAVp.

Tout à l'heure encore je lui àî l^aiçé ht maii)? et je lut ai adressé quelc[ues phrases que Je ne jnè |*appe{le plus, mais qui étaient bien persuasives.

GOURYIU.E.

Parbleu! c'était pour lui demander à déjeimer.

GUSTAVE

kh! si Ton n'était pas éloquent datis ces ndoihehts-ll, quand le serait-on*? (^ritôt u mam i ton ëstoinac.) VoUs he séritéz pas, comme moi, mon cher ohcle. ..

GOURVILLE

Encore? ah çà! voyons, èôt-te que tu ne sei*as jamais raisonnable? parlôhs uii pëusérieiiséitiéht; iië i^f§!t<-ïï pas temps de t'occuper de ton établissement?

GUSTAVE

A quoi bon? p'êtes-vous pas là? Je suis votre seul parent; vous avez quarante mille livres de rente , (voyaot Gourviiie qui fait un geste.) je nc VOUS les demande pas, je n'en veux pas, gar-

dez-les le plus longtemps gi^c vqus ppyrfez. ^^iil^ment, s'il se présente quelque bonne àQfiirei qu^lqu'enireprise^ vous m'a- Yaucerez une centaine de iniUe francs» ee sera ma dot^ et avec cela...

COURVatE.

Un instant! copame tu y yas, tant mille francs.

6D8TAVC.

Ça vous gône-t-il? ne me les dQnpcïpas, je n'y tiens point; je ne suis qu'un soldat, et quand j'aurais cent mille f^-ancs dans tna poche ^ ça h'ëmpecËërait pi^s iih l)oulet de ç^non d^ m'emporter. Us eh ont enlevé qiii pesaient plus que nioi.

GOURVllLfe.

Ce n'est pas cela que je veux dire. Mais sî, par exeniple, il se présentait pour toi un maHagé avantageux, parle-moi fy^nehement> serais-til disposé à te màfi'er^

GUSTAVE

Du tout, ie veux rester libre et indépendant. Je ferai com^le vous, je mourrai garçon.

GdpAVItLE^ à part.

Allons, c'est comme un fkit exprès. (Habt.) Cependant, toi qui aimes tant les dames, s'il s'en présentait une jolie, d^une taille charmante. . .

GUSTAVE

Parbleu, si vous allez m'offrir la Vèhm d,e Jjdédicis^ il est bien sûr...

Non, ce ne' serait là qu'une sl^lué, el celle dont je veux te parler est animée par Iqut ce qiji'il y a de |)Qn et d'aimable. Je ne sais à qui te 1^ comparer. Mais tiens, si par exemple elle ressemblait à.madaniç de Melval, qu'en dirais-tu?

«USTAVE.

Je dirais que je n'en veux pas.

GOURVILLE

Parbleu, tu es bien difficile $ et pourquoi ?

GUSTAVE

Elle felt déjeuner tt-op tai'd .

GOUià VILLE.

Encore.

(GUSTAViÉ.

Air : Mnsi que votiSj Mq4efnoitelh, J*en convieus, elle est fort jolie.

42 L'HÉaiTlERE.

Et d*UD caractère très-boo^

Trè»-forte sur la broderie^

Sur la morale et le boston :

Daos 800 ménage, active, Tigilaote, Et des vertus... mais à n^en pas finir : Enfin, mon oncle, une femme excellente.

Voilà pourquoi je ne puis la souffrir^

GODRVILLE^ à part.

A merveille ! ils se sont donné le mot, et il y a entre eux de la sympathie. (Haut.) Ab ! tu ne Taimes pas ?

Non, mon oncle.

GOURVILLE

Ëh bien ! tu as grand tort, parce que si je te disais, si tu savais...

GUSTAVE

Je VOUS devine : elle a du penchant pour moi, n'est-il pas vrai ? eh bien! tant pis : je ne peux jamais aimer les fénunes qui m'aiment. C'est toujours la même chose.

Air de Ma tante Aurore.

On n'a plus ui plaisir, ni peine.

Quand les dénoûmenfs sont prévus; Les amours n'ont qu'une semaine Dont tous les jours sont convenus.

Le lundi, l'on voit une femme.

On fait l'aimable le mardi.

Le mercredi, l*oo peint sa flamme.

Elle vous répond le jeudi, On est heureux le vendredi; On se quitte le samedi.

Le dimanche tout est fini.

Pour recommencer le lundi.

Je n'en ai aimé qu'une dans ma vie, et pourquoi? c'est qu'elle est partie le jeudi pour la Guadeloupe.

GOURVILLE , à part.

Dieu! j'allais tout gâter; changeons de batteries. (Ha^L) Eh bien! mon ami, tu vas te trouver ici à merveille; et tu ne pouvais pas mieux tomber, car madame de Meival ne peut pas te

SGÂNS lY. 13

Qu'est-ce que vous me dites donc là ?

GOURVILLE

Elle m'en faisait l'aveu tout* à l'heure. Elle te trouve brusque, peu galant, peu aimable, ne songeant qu'à la chasse ou à la table.

GUSTAVE

Vraiment!

GOURVILLE

Ce qui a bien une apparence de raison. Moi, tu entends bien que je te défendais. Je soutenais que je t'avais vu à Paris, dans les meilleures sociétés, briller par ton esprit, ton bon ton. Et comme elle avait l'air d'en douter, je me suis permis de lui raconter quelques-unes des glorieuses aventures qu'on t'attribue dans le monde. Je sens que c'était indiscret; mais je tenais à la convaincre.

GUSTAVE

11 n'y a pas de mal, mon oncle, il n'y a pas de mal. Eh bien ! qu'est-ce qu'elle a répondu?

GOURVILLE

Qu'elle ne pouvait pas concevoir le goût de ces dames; et que si elle avait été à leur place, elle répondait bien que pour elle...

GUSTAVE

Ah! elle a dit cela!

GOURVILLE

Et mille autres railleries plus piquantes encore; au point que je me suis mis en colère, et que je lui ai soutenu que , malgré sa fierté, si tu voulais t'en donner la peine, je la verrais elle-même...

Oui, morbleu!

GOURVILLE

Elle s'est contentée de sourire d'un air dédaigneux, en levapt les épaules; et c'est dans ce moment-là que tu es arrivé. J'aurais voulu pour tout au monde que tu parusses à ses yeux avec tous tes avantages. Eh bien! pas du tout! Tu vas justement par ta conduite et tes discours lui donner encore gain de cause. Aussi tu as pu voir le petit air triomphant avec lequel elle nous a quittés. Voilà d'où venait ma colère ; parce qu'enfin, je tiens à l'honneur de ma famille.

14 L^tfiRitifliB.

GtSTATS'.

Soyez tranquille, mon cher oncle, ]e voUis i^nd^ qtîé nous serons bientôt vengés. VouleB-voùs parier que dès demain çUe ra'atine. *

GOURTILLE, d'un aJr de doute.

Oh! demain, tu me permettras de te dire....

Eh bien ! vous verrez.

GObiivtLLe.

Je ne demande pas mieux, moti garçon. Je favertië seulement que tu aurââ de la peiife. Ah çà ! tu riie tiendras au fait de tout ce qui arrlveln.

(îUSTAVfei

t'arblea! saris cela rioil^ vengeance né serait pas complète. 11 faut qaé nous pùlèsion^ rire à ses dépens.

GOORVILLE.

Surtout prends l'air bien amoiu*eux, bien sentimental ; on né triomphe des gi*andés vertus que par les grandes passions.

Parbleu! n'allez-vous pas ni'a(S^rendre ce qu'il faut faire?

GdGRVlLlfe:.

Non, mon ami, non, je n'ai pas tant d'esî^rit, tant d'adresse . que toi ; et je te laisse combiner ton plan d'attaque, (a part.) A merveille , les voilà aux prises , et ils ne feront n^aintenant que ce qui me plaira.

Air du vaudeville de ^a 4<)mfHl9idi^t

Allons, mon eher, il y va de ia gloire, f^oint de scrupule, il faiit soumettre tiù cœur ; Je fais ici des vœuiponr ta victoire.

Mais je rirai si tu n*e8 pas vainqueur.

GUSTAVE

De mon adresse elle sera victime.

GOURVILLE

Je te croirai quand iu triompheras.

GUSTAVE

On est touchant c^naDd pn expfiipe (.e tendre amour que Top n'éprouve p^s,

(ÇoiirvUlesort*)

SGÊNE V.

GUSTAVE, seul.

Ahl elle me défié! elle 9e moque de moi} Une petite provinciale qui ne doit sa tranquillité qu'à ma bonté d'âme et â ma clémence; car, jusqu'à présent, je n'ai pas fait attention à elle, et franchement J'ignoi'e poui^quoi je l*ai ëflargnëe; car, maintenant que j'y pense, elle n'est vraiment pas mal. De la tdurnm*e,' une plïysionomie expressive et de la âerté! Ah! nous verrons; oui, morbleu, nous verrons. Seulement, comme Je disait mon oncle, j'ai mal commencé. D»»puis trois jours, ne m être pas occupé d'elle, et tout à l'heure encore, ce dëjeutler que j'ai demandé avec tant d'instances*..

Air des Amazones.

C'est une faute, on doit aux yeux des belles

Paraître toujours assidu :

En amour, Il faut auprès d'elles,

Souvent placer â fonds perdu :

Oui, par une prudence extrême,

Et dût-on ne rien éprouver.

Il faut toujours leur dire qu'on les aime; On ne sait pas ce qui peut arrifet*.

Mf^infeinant, pouy J)ien îaAi^e, il fs^udrai^ |*efuser ce déjeuner. Oui, mais le moyen. Ah! j'ai le repas d^ pna^seur, le morceau de pain solitaire. (Le mançeaut avidement.) Allons, alious, yésignons-nous ; en temps de guerre, il ne faut pas être si difficile, et voilà les hostilités quicoinmencent. D'ailleurs, i'avais. besoi^ de cela. (Pariant la bouche pleine.) On \\e peut pas chassev toute la journée, et ce sera une distraction sédentaire.

AGATHE, en dehors.

C'est bien, c'est bien.

GUSTAVp.

I^a voici, attention. (U met dans sa poche le reste t^u morceau dç pain, s*assied vivement près de la porte, et prend un livre qui ^ui tombe sou; la main.)

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