‹ Théâtre (volume 5)Chapitre 178 sur 446 · GUSTAVE, AGATHE · texte numérisé non relu

GUSTAVE, AGATHE

Enfin, Monsieur, vos i^ux sont exaucés, et vbus \jhme^

16 l'héritièrb.

dans la salle à manger tout ce que j'aî pu réunir de mieux... eh bien ! ne m'entendez-Yous pas?

GDSTAYE«

Ah ! c'est Yous^ Madame; mille pardons. Vous «vies la bonté de m'annoncer...

AGATHE

Une chose bien intéressante pour yous, le déjeuner. *

GUSTAYE.

Eh! mon Dieu! c'est vrai, je n'y pensais plus. La lecture de ce roman...

AGATHE

Vous appelez cela un roman! les œuYres de Racine»

GUSTAVE, à part, et jetant les yea^ aur le litre.

Dieu! je ne Pavais pas regardé! (Haut.) Eh! mais^ s'il est vrai que le meilleur roman soit celui qui peint le mieux les faiblesses du cœur, n'ai-je pas raison de regarder Racine comme le plus tendre et le plus touchant des romanciers?

AGATHE, sooriast.

J'aime assez cette idée : mais ce qui m'clonne, c'est qu'elle vous soit venue.

GUSTAVE

A moi, Madame? et pourquoi donc?

Je nssais; mais il me semble qu'un grand chasseur tel que vous n'a pas le temps...

^ GUSTAVE

N'a pas le temps ue penser, n'est-il pas vrai? c'est là ce que vous vouliez dire, et ce mot m'explique pourquoi depuis trois jours vous avez si rarement daigné m'adresser la parole.

AGATHE

Mo}*! Monsieur...

GUSTAVE

Je ne vous en Tais pas de reproches, c'était par indulgence, par bonté d'âme : vous ne me supposiez pas en état de vous comprendre.

AGATHE

Me préserve le ciel d'avoir de pareilles idées; pour vous le prouver. Monsieur, revenons à Racine. Que lisiez-vous?

GUSTAVE, ouvrant le lÎTre et le lui montrant.

Vous le voyez, c'était Phèdre , et j'admirais le caractère d'Hippolyte. J'avoue que c'est mon héros; ce ne doit pn<( être.

BCiElOB TK il

le vôtre. Madame» car c'^it aussi un chasseur; mais pour moi je trouvais de la vërité dans cet homme qui fuit le monde, qui cherche la solitude deshois, et que Ton croit dur, farouche, indifiérent, tandis que sous les dehors les plus insensihles, il cache l'amour le plus tendre. C'était là, Bfadame, le siget de mes réflexions, et j'y pensais encore quand tous êtes venue.

AGATHE, i part.

Eh! mais, quel changement dans ses manières! Gourville aurait-il raison? (Bam.) Quoi! Monsieur, vous croyex que dans le monde, que de nos jours, un pareil caractère est possihle?

Oui, Madame; il y a beaucoup de jeunes gens que vous croyez fiers et suffisants, et qui ne sont au contraire qu'a- •moureux et timides. Vous les supposez très-contents d'euxmêmes : du tout, ils ne le sont pas ; mais ils veulent cacher sous un air d'intrépidité la gêne ou l'emharras qu'ils éprouvent.

AïK : Qu$ d*établi$sements nouveaux.

J'en conviens, ils semblent souvenl Tout remplis de leur importance; Mais uu trouble secret dément Et leur audace et leur aisance :

A des riens prompts à 8*attacher, Ils parient, dans leur vain délire.

De mille choses, pour cacher .

La seule qu'ils n'osent pas dire. «^

Oui, Madame, j'en suis certain, telle personne qui cherchait à vous plaire s'y est prise beaucoup plus mal, et a moins bien réussi que telle autre dont le cœur était libre et indifférent. (La regardant.) Gonvenez-cn franchement, n'ai-je pas raison?

AGATHE , un peu émue.

Mais vous me faites là une demande à laquelle je pourrais difficilement répondre. Depuis mon veuvage, vivant à peu )»rès seule dans cette campagne, je n'ai jamais trouvé personne qui cherchât à me plaire.

GUSTAVE

Quoi ! Madame, n'ai-je donc pu me faire comprendre? et seriez-vous assez cruelle...

AGATHE, ctierchant à sourire.

Cruelle ! oui, vous avez raison, je le serais en effçt, si je

18 L'HËalttÉiÈ.

ptolongitlg M ettt^iflB. Votts oublier que éèptûi «e idàiin vous iffiTei rien pris et que votre déjeuner touâ attend.

OOSTAVB.

6hS Madame, de grft(%, brisons là. Que vous refiisiés de m'éntendrê, je devais le prévoir; et Je sens maintenant ebmbien était sAge le parti que J'avais pris de vous éviter et de garderie silence; mais enfin, puisque, malgré moi, j'ai osé parler^ éëntentez-vous de me [iunir par votre IndiSëreuce, et n'ajoutei! pas, par vos railleries, aui tourments que jesoufi&e déjà.

AGATHE, I part.

Que d|t-il? (Haut.) Moil Monsieur? d'où viennent ces reproches? qu'af-Je donc fait? de quel crime suis-je coupable? '

GUSTAVE

Quel crime? ah ! c'est vous înaintenant qui ne pourriei pas me comprendre , vous qui votis faites un jeu dinspirer un sentiment que vous ne sauriez éprouver, vous dont la coquetterie...

AGATHE

Moi; coquette! Qui à tiu voiis donner une pareille idée? On vous abuse, Wonsieiir, ei je tiens trop à votre estime, pour ne pas vous détromper, (Hésitant un peu.) sans ajouter beaucoup de foi à la tendresse dont vous ip^ pfii'Uê? tout à l'Jiem'e...

çysTAVÉ.

Quoi! vous pouvez penser ?tp

AGATUE, )e re^rdant.

Non , je ne vous en crois pas capable. Je n'^i rien fait d'ailleurs qui méritât iin pareil pi*océdé; mais c'est iih léger caprice. Une idée du ihoment. (en riant.) A là catnpagné, il faut bien ^'occuper.

Et si vous-même vous Vous abusiez! (Avec expression.) Si cet' anidui' était véritable?

AGATHE, émue et changeant de ton.

S'il l'était, je croirais qu'Un tel aveu naérite tnon amitié, ma confiance, et je répondrais : Cette femme que vous cto^fèz légère et frivole, est susceptible au contraire des sentiments les plus vi*aië éï lès plus tendres ; mais ses goûts lui font rechercher le calme et la solitude; les vôtres, Monsieur, vous appellent dans le monde, où vous êtes destiné à briller. Nous sommes donc peu faits l'un poiu* l'autre ; voti*e inalheUr et le

éhk^k viiî. 18

miah iteraleht la t^tte d'«ti pavetl attaqhem^t^ et sHl nt aiissi profond que vous le dites, ftfttonfHnoiis d'y pdrter nomade en cessant de nous voir. Voilà ce que je vous dirais, Monsieur,^si Âdus'ën ëtidns là.;. liiàiB j'ose espërqr qu'il n'en est mti, et

que'tOUt nous Pestereé. (BUe lui Mt U révéHAice et Bort.)

Page 1