SCÈNE IX
GOURVILLE, seul, en regardant en dessous, et partant d*un éclat de rire,
A merveille! si je voulais m'amuser à le suivre, je le trouverais, j'en suis sûr, dans la grande allée. Ah ! l'on se cache déjà de moi; c'est bon signe, et mon cher neveu est déjà pris plus qu'il ne le croit lui-même. D'un autre côté, j'ai vu revenir Agathe; elle était émue, agitée, et deux ou trois fois, je lui ai adressé la parole sans qu'elle m'entendit; mais je n'ai pas voulu en parler à Gustave. Diable! il se négligerait. Pour le tenir en haleine, il faut des obstacles. Encore deux ou trois, et je ]e garantis amoureux fou. Eh bien ! était-ce donc si difficile! voilà deux personnes qui se détestaient; et déjà, grâce à moi, sans qu'elles s'en doutent... Allons, j'ai eu tort de ne pag me lancer dans la politique; j'aurais fait de grandes choses. Hein..; qu'est-ce que c'est? des lettres de Paris; une autre de Bagnères ! Brisons cette enveloppe. Je m'en doutais, c'est ce qu'on devait m'envoyer, c'est le testament du commandeur. (Lisant les derniers mots.) Comme OU me l'avait annoncé, c'est bien moi qui suis son exécuteur testamentaire. Voyons un peu les principales dispositions. Dieu ! quel préambule ! cela ne m'étonne pas, il a toujours été si bizarre, si original ! (n ut.) a De (c toutes les maladies qui menacent l'existence d'un vieux garce çon, la plus terrible et la plus tenace de toutes, ce sont les « collatéraux; avec eux, on ne peut vivre ni mourir en paix. a Aussi, j'ai été, nuit et jour, tellement tourmenté par la préce sence assidue de mes excellents parents, cousins, pelits-couc< sins, aiTière-cousins, que j'institue pour légataire univer- « selle la seule personne qui ne m'ait jamais fait la cour, et ce qui ne m'ait jamais rien demandé, la seule enfin qui, dans
T. XII. à
%% l'hé&itibee.
« ce momeut, ne soit pas auprès 4e moi; je veux dire Agathe U deMelval. » (s'interrompant.) Dieu! madame de Bielval légataire , UDiverselle... elle qui devait à peine espérer une dizaine de mille francs^ se trouve maintenant à la tête de plus de cent mille livres de rentes! une jeune femme d'une beauté^ d'unQ douceur^ d'un caractère angéliques. Dieu! qu'est-ce que j'ai
fait? ^Reprenant TiTement le testament.) Achevons. (\X lit.) « H désire,
« mais sans lui en imposer la condition, qu'Agathe choisisse « pour époux mon ami Gourville, que je nomme mon exécuà teùr testamentaire, et que j'exhorte bien sincèrement à avoir tt des enfants, si c'est possible, ne fût-ce que pour déshériter ses ce collatéraux, d Ah! maudit testament! si je l'avais connu. Donner une femme comme celle-là à mon nevei^, <|^a|:^d je pourrais Fépouser, quand le testament m'y autorise, quand elle-ipêpae, ce ^atin, semblait y consentir! Oui, mais c'est que ce matin son cœur était libre, je n'avais pas de rival, mon neveu n'y pensait seulement pas , et c'est moi qui ai été lui donner des idées. Allons, allons, rassurons-nous: heureusement il n'y a pas epcore grand mal, les choses ne sont pas bien avancées; et puisque c'est moi qu suis cause de tout, je pourrai toujours j^ qus^ud je le voudrai, détruire ce que j'ai fait.