‹ Théâtre (volume 5)Chapitre 201 sur 446 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

MADEMOISELLE DESROCHES, JUSTINE

MADEMOISELLE DES ROCHES

Oui, bien du plaisir; tu l'entends : voilà comme sont les frères.

JUSTINE

Ah bien! mon oncle Poudret est encore pire : car enfin M. Desroches, votre frère, veut bien entendre parler de mariage, et tout ce qu'il dit là-déssus me semble assez raison, nable. Pourquoi ne voulez-vous pas de M. Durand, qui me parait un mari comme un autre, et c'est déjà beaucoup.

MADEMOISELLE DESROCHES

Ah! Justine, tu ne peux pas me comprendre! S'il étdit le premier en date, je ne dis pas : mais quand le cœur est déjà prévenu pai' une inclination antérieure î

JUSTINE

Quoi! Mademoiselle, vous avez une inclination?

MADEMOISELLE DESROCHES

D'autant plus violente, qu'elle a été spontanée dans le principe, et qu'elle est sans espoir dans ses conséquences; car qui sait si jamais nous pourrons nous rencontrer!

iti lE COIFFEUR ET L^ FERRUQUIlâL.

JUSTINE

Est-ce qu'il n'est pas de ce quartier?

MADEMOISELLE DESROCBES.

C'est ce que je ne puis dire.

Çst-ce qu'il n'est pas de Paris?

MADEMOISELLE DESROCHES

fe p'en sais rien.

JUSTINE

Mais 9 au moins ^ yous le connaissez?

MADEMOISELLE DESROCHES

Oui, certes; je connais son cœur; mais pour son nom et soa adresse, je les ignore totalement. Un bel inconnu, un jeune homme que j'ai vu la semaine dernière à Meudon, dans ime partie de campagne : la mise la plus élégante, la coiffure la plus soignée; et une voiture, un jockey, tout ce qu'il y a de mieux! iuge, après cela, si je peux penser à M. Durand! Si tu savais, Justine, ce que c'est qu'un amour contrarié, ou une inclination sans résultat !

JUSTINE

Allez, allez, je le sais aussi bien que vous, et depuis longtemps. Est-ce qu'autrefois mon oncle Poudret n'avait pas dans sa boutique un jeune apprenti qui était de mon âge; est-ce que nous n'avions pas juré de nous aimer toujours?

MADEMOISELLE DESROCHES

Eh bien ! pourquoi u'êtes-vous pas mariés?

JUSTINE

C'est l'ambition qui en est la cause : mon oncle conseuta^t à nous unir, à condition que son élève lui succéderait et prendrait son fonds de boutique; mais lui qui était jeune^ qui avait de l'ardeur, qui ne demandait qu'à parvenir, n'a pas voulu être perruquier : il aspirait à être coiffeur; et mon oncle, qui tenait à la poudre et aux anciennes idées, s'est brouillé avec lui> et ils ne se voient plus.

MADEMOISELLE DESROCHES

Et qu'est devenu ton amant?

Il est devenu un monsieur comme il faut, un artiste à la mode; il demeure rue Vivienne; il a un salon pour la coupe des cheveux, et une école de perfectionnement i il s'appelle M. Alcibiade.

sg|:nb III. 43

MADEMOISELLE pESROCHES.

Alcî})iade| c'es^ un beai^ nom.

JUSTINE

Et puis^ il est si joli garçon, si aimable, et il a tant 4e talent! Aussi je trouve tout naturel qu'il ait de Tanibition, et qu'il cherche à faire fortune. Vous sentez bien qu'il serait plus agréable pour moi d'être dans un beau ssjloq, avec des miroirs et des meubles en acajou. Mais j'ai peur que toutes ces splendeurs ne l'éblouisse, (]ue YhuUe de Macassar ne lui porte à la tête, et qu'il ne finisse par m'oublier.

MADEMOISELLE DESROCHES

Allons, ne vas-tu pas être jalouse ?

JUSTINE

Écoutez donc; il coiffe le faubourg SaintrGçrmauij la Ghaussée-d'Antin, et même la Nouvelle-Athènes !

Aia : Du partage de la richesse.

Plus d'une dame, et jolie et coquette.

Dont le peignoir embellit les attraits, En négligé, Taclmet à sa toilette ;

Je sa,\8 qu'il oi'est fidèle... mais ^

Les occasions rendit tout facile; On dit qu'aux ch'yeux il faut les prend' soudain... Jugez alor^ 9| j'flçls être tranquille. Lui qui les a tous les jours sous la main !

Aussi je prévois qu'un jour j'aurai bien des chagrins! Mais enfin, ça m'est égal, je me risque ; et pourvu que je devienne un jour madame Alcibiade... Ah ! mon Dieu! c'est mon oncle !

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