SCÈNE VII
coiffeur du second ordre, et dans mes rêves ambitieux, je voudrais déjà m'élancer au premier rang! Les perruques de Icteliier me tourmentent; les cache-folies de Plaisir me bouleversent; et les trophées de MichcUon m'empêchent de dormir. Ahî si je pouvais faire un bon mariage! si je touchais les soixante mille francs qu'on me propose ici! quelle extension je donnerais à mon commerce! dans mon atelier, resplendissant de glaces et de cristaux, j'appellerais à mon aide la sculpture et l'histoire : on y verrait couronnés de lauriers les bustes des empereurs romains qui se sont distingués dans notre art : Titus, CaracaUa et les autres. Et qui m'empêcherait de réaliser ces projets? Tout me sourit, tout me seconde : je plais, je suis aimé; avec une tête aussi romanesque que celle de mademoiselle Desroches...
Air : Traitant l'amour sans pitié.
Je puis, grâce au sentiment.
Brusquer tellement Taffaire
Qu'il faudra bien que le frère
Donne son consentement :
Cédant à ma loi suprême.
Je veux quMci chacun m'aime,
Et que TenTie elle-même
Dont mon art a triomphé,
Dise, en voyant mes conquêtes :
«r II fit tourner plus de têtes
« Que sa main n*en a coiffé. »
Eh bien! je ne sais pas pourquoi je sens là une espèce de remords. Cette pauvre Justine, qui m'aime tant, et que j'aime malgré moi! elle que j'avais promis d'épouser! Après cela, si on était toujours honnête homme, on ne ferait jamais fortune... Que diable! elle se consolera; elle en épousera un autre. D'ailleurs, son oncle a des économies; mais il fait le fier, et ne veut pas de moi ; ce n'est pas ma faute. Oui, c'est décidé, poursuivons ici mon rôle de séducteur; personne ici ne me connatt, personne ne peut me découvrir. Ah! mon Dieu, qu^est-ce que je vois là? Justine!