‹ Théâtre (volume 5)Chapitre 258 sur 446 · SCÈNE II. ili · texte numérisé non relu

SCÈNE II. ili

pareille succession. J'ai accepté l'héritage de mon pauvre Georges^ et son fils Léon ne m'a plus quitté.

URSULE

Quoi! c'est ainsi que M. Léon est devenu votre pupille?

PHILIPPON

Oui, Madame, et je l'ai élevé comme un prince. Tous les ans il avait les premiers prix au concours général; maintenant il fait son (froit; et je croyais qu'avec son esprit, ses dixhuit ans et sa jolie figure, il me serait facile de l'établir; eh bien! je ne peux en venir ài)out, et c'est ce qui me désespère. Tous les pères de famille sont à présent si exigeants.

Air : Ces Postillons.

Il faut près d'eux, en fait de mariage. Cent mille écus, pour être de leur choix ; Si maintenant les époux en ménage Étaient du moins plus .heureux qu'autrefois!... Mais cette hausse et soudaine et bizarre Ne. permet pas qn'tfn soit jamais au pair, Car tous les jours le bobhenr est plus rare. Et coûte bien plus cher.

Il est vrai que je ne suis pas répandu dans le grand monde ; inais vous, Madame, qui recevez la meilleure société de Paf is, tâchez de me trouver cela, e\ de marier mon pupiUe. Vrai, qç sera une bonne action.

URSULE

Je vous remercie de votre confiance; mais vous me chargez IS d'une çpmmis§ioq...

PHILIPPON

Je sais que vous ne partagez point mon enthousiasme pour Léon : vqus avez cor|tre lui quelques préventions. '

URSULE

Moi ! Qui peut vous faire croire?

PHILIPPON

Je l'ai vu dans vingt occasions. S'il commet quelques étourderies, quelques inconséquences, vous ne lui en passez aucune; vous êtes sans pitié sur ses défauts, souvent même vous le tournez en ridicule, et cela ihe fait de la peine, parce que je n'ai pas assez d'esprit pour le défendre contré vous. Enfin le pauvre garçon me disait encore, il y a quelque temps, d'un

Uâ LA HAINE d'une FEMME.

air désolé^ qu'il ne savait d'où provenait la haine que vous aviez contre lui .

URSULE

Moi^ de la haine !

PHILIPPON

Je sais bien que ce n'est pas vrai : mais il a une imagination qui exagère tout. Prouvez-lui qu'il se trompe en lui faisant faire un bon lîiariage.

URSULE

C'est assez difficile; d'abord^ il n'a rien.

pniLu>PON. .

11 a bien un parent éloigné , immensément riche, mais qui se soucie fort peu de lui, et qui n'a jamais voulu le voir; ainsi, de ce côté , il n'a rien à attendre : mais on peut parler des bonnes qualités de mon pupille, de son excellent cœur, de sa sagesse...

URSULE

Pour cela vous permettrez de ne pas m'avancer.

PHlLlPPON.

Eh quoi! Madame...

URSULE

J'espère que cette fois vous ne m'acx;userez pas de préventions, et que son aventure avec madame de Melval...

PHILIPPON

Comment! Madame, vous y pensez encore?

URSULE

11 me semble que c'est assez public, une aventuré au bal de l'Opéra.

PHILIPPON

D'abord, ça n'est peut-être pas vrai; et puis d'ailleurs nous avons Alcibiade, qui certainement était un gaillard, ce que nous appelons un franc étourdi ; et ça ne l'a pas empêché d'être un homme de mérite. Et vous. Madame, qui d'ordinaire êtes bonne et intelligente, je me rappellerai toujours la manière dont vous avez traité Léon à ce sujet; il y avait au moins vingt personnes dans votre salon : et tout ce que la raillerie a de plus crueL vous l'avez employé contre ce pauvre jeime homme, qui, rouge, et les yeux baissés, osait à peine vous répondre, et qu'un instant après j'ai trouvé dans votre jardin, pleurant tout seul à chaudes larmes.

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URSULE

Quoi^ vraiment! Ce pauvi'C Léon ! Ah! s'il en est ainsi, j'en suis bien fâchée; car mon intention était de plaisanter.

PHILIPPON

En attendant, il n'a plus osé se présenter chez vous; mais il vient aujourd'hui.

URSULE

Que dites-vous? est-ce qu'il vient au château?

PHILIPPON

Oui; je lui ai envoyé ce matin un exprès : Clairval a des projets sur lui. Un agent de change! cela peut lui être utile; et puis il a une fille à marier.

Eh quoi ! vous penseriez...

PHILIPPON

Moi, je pense à tout. Nous avons ici M. Dermont, le receveur des domaines, qui a deux filles charmantes! mademoi^ selle Juliette et mademoiselle Malvina. Il ne faut rien négliger.

Air : Le choix que fait tout le village.

Jamais pour moi je n'ainmi la richesse; M^ispour LéoD, ah! c'est bien différent;

Pour lui, l'ambition me presse; Pour lui, j& crois, je deviens intrigant.

Les démarches, les soins, la gêne, Tout se compense et tout est ennobli; Car je me dis : Pour moi sera la peine.

Et le profit sera pour lui.

Mais, tenez, c'est lui-même que j'entends.

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