SCÈNE I
te
TDaîtresse femme ^ une gaillarde qui écrivait des lettres toute la journée.
MANETTE
Voyez- vous ça!
CÉSAR
Oui^ mais des lettres im peu soignées^ et puis des tas de lettres... douze volumes.
Air : Tenez, moi je suis un bon homme. Mon pèr' me l'a dit.
MANETTE
C'est unique.
CÉSAR
Y en avait pour tous ses amis.
MANETTE
C'aurait fait un* famous" pratique Pour la pHit' poste de Paris.
CÉSAR
Sur rien eU' faisait des histoires.
MANETIE.
C'est pas malin! j' connaissons ça^
C*est comm* nous aut's, dans nos mémoires^
J*en mettons toujours plus qu'y en a.
CÉSAR
Enfin, Manette, voilà ce que c'était que madame de Sévigné et Vatel. Ce sont ces gens-la qui ont honoré le siècle de Louis XIV, ce siècle dont mon père parle toujours, car il est savant, mon père, il a fait des études.
MANETTE
Vraiment?
CÉSAR
Oui, mais je crois qu'il aurait mieui fait d'être ignorant ; il se porterait mieux, et il n'aurait pas la tête détraquée; car, je ne vous le cache pas , Manette, mon père a vraiment la tête détraquée.
MANETTE
Il y a desonoments où je le crois.
CÉSAR
Quand une fois il s'est lancé dans ses grandes phrases, il n'y a plus moyen de l'arrêter ! il né parle que par comparaisons ; il cite à chaque instant les Grecs et les Romains ; il
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mêle la littérature à la cuisine ; il fait de tout cela une macédoine à laquelle je ne comprends rien. Encore s'il était përe^ et s'il se laissait attendrir par mes prières ! Mais non ! Manette, nous ne serons jamais mari et femme.
MANETTE
Qu'importe, pourvu que vous m'aimiez !
CÉSAR
Dieu ! si je vous aime! je ne pense qu'à vous : hier, j'en al manqué une marengo et roussi une béchamel, Voilà-t-il une preuve!
MANETTE
Qu'est-ce qu'il peut me reprocher, votre père?
CKSAR.
Tu n'es qu'une cuisinière bourgeoise, domestique du caissier de Son Excellence , qui demeure au quatrième ; et lui, Vatel, maître d'hôtel d'un ambassadeur, ne veut pas déroger... Dieu ! qu'est-ce que j'entends ? C'est mon père qui entre dans son laboratoire. Je me sauye.
MANETTE
S'il me trouvait ici!
Dis que tu viens le consulter, ça flattera son amour-propre. PoUr ce qui est de l'amour-propre, il en a à revendre , et il en met à toutes sauces, (u se sauve.)