‹ Théâtre (volume 5)Chapitre 374 sur 446 · BON DON · texte numérisé non relu

BON DON

Croi8t.tii l'faymeo ai funeste 4 Tétude?

L'hymen^ mon cher, est funeste aux auteurs ; A nous surtout, noua qui, par habitude. Ayons toujours des coUaborateura.

Et voilà pourquoi je Yeux rester g«rçop.

RONDON.

Oui, et pour quelque autre raison encore. Il y a de par le monde une jolie petite dame de Melcourt.

I Y penses-tu? la femme d^un académicien! Un instant, Mon- ; sieur, respect à nos chefs, aux vétérans de la littérature !

RONDON.

Oh! je suis prêt à ôter mon chapeau; mais il n*m est pas moins Vrai qu*un mari académicien est ce qu'il y a de plus / commode! d'abord, l'habitude qu'ils ont de fermer les yeux.

DELMAR

Halte-là, otijious nôUs fâcherons. Madame de Melcourt est la sagesse inême. Avant son mariage, c'était une amie de ma sœur; et il n*y a entre nous que de la honne amitié. Ipgr^t que tu es ! c'est à elle que nous devons nos succès; c'est notre providence littéraire. Vive, aimable, spirituelle, répandue ' dans le grand monde, partout elle vante tous nos ouvrages. Divin! délicieux! adniirable! elle ne •sort pas de là; et il y a tant de gens ^\ù n'ont pas d'avis, et qui soijt enchantés d'éjye récho d'une jolie femme ! El aux premières représentations, il faut la voir aux loges d'avanl-scène. Elle rit à hos yaudevUljes elle pleure à nos opéras-comiques. Dernièrement encore, j'a^ vais fait un mélodrame... <|ui est-ce qu| ne fait pas d^ sottise? j'avais fait un méloclràme a Feydeau; elle a eu la présence ■ d'esprit de s'évanouir au second acte, cela a donné l'exemple; cela a gagné la première galerie; toutes les dames ont eu des attaques de nerfs, et moi un succès fou. Si ce ne sont pas là 'es obligations!...

3cI;n]9 iy.

RONDON.

Allons! allons! tu as raison; mais il faudra Jui parler de notre pièce d'aujourd^hui, celle que je viens de lire, pour que d'avance elle l'annonce dans les bals et dans les sociétés; cela fait louer des loges,

DELMAR

A propos de cela, parlons donc de notre ouvrage, donnemoi des détails sur la lecture.

RONPOIS.

Je sors du comité, il était au grand complet. Comme c'est imposant, un comité! On y voit de tout, de graves professeurs, des militaires, des employés, des avoues, et même des hommes de lettres.

As-tu bien lu?

RONDON.

Comme un ange.

DELMAR

Et nous sommes reçus?

Je n'en doute pas, ils ont ri ; et le directeur m'a reconduit jusqu'au bas de l'escalier, en disant qu'on allait m'écrjre, (Se mêlant à la table.) Aussi, je vais aunoncçr notre répeption dans le journal de ce soir.

DELMAR. t

Il n'y a en toi qu'une chose qui me fâche^ c'est que tu s»is ^ à la fois auteur et journaliste; tu te fais des pièces et tu t'en rends compte, tu te distribues, à toi,^ des éloges, et à te§ rivaux, des critiques; cela ne me parsdt p^ bien,

Am : Le choix qm fait tout le viUâige,

Lorsque l'on est sorti de la carrière.

Lorsque Ton goûte' un glorieux repos.

On peut porter un arrêt Uttéraire, On peut alors parler de ses rivaux.

Oui, le pouvoir tfa% déjà tu te donnes, A nos anciens il faut Tabî^ndonner :

Ceux qui jadis ont gagné des couronnes. Seuls, à présent, ont le droit d'en donner.

ROKDOH.

Écoute donc, il faut se faire craindre des directeurs et des confrères.

DELMAR

Et même dans les pièces où tu ne travailles pas avec raoi^ tu ne m'épargnes jamais les épigrammes.

RONDON.

C'est vrai; je t'aime, je t'estime, j'aime tous mes confrères, mais je n'aime pas leurs succès. — Moi ! un succès me fait mal ; j^en conviens franchement ; je suis un bon enfant, mais... Tiens, écoute. (ii m ce qu^ii vient d^écrire.) « On a reçu aujourd'hui au théâtre de... d Faut-il nommer le théâtre?

ROINDON.

Pourquoi pas?

DELMAR, lisant.

« On a reçu aujourd'hui, au théâtre de Madame:, un- vaude- « ville qu'on attribue à deux auteurs connus par de nombreux tL succès, y»

DELMAR

La phrase dé rigueur, et si elle tombe, tu mettras : « Elle « est de deux hommes d'esprit, qui prendront leur revanche.»

RONDON.

C'est juste ! (continuant à lire.) « On assurc quc cette pièce ne « peut qu'augmenter la prospérité d'un théâtre qui s'efforce a de mériter,, chaque jour, la bienveillance du public. Le « zèle des acteurs, l'activité de l'admmistration, l'intelligence « du directeur, du comité... »

DELMAR

Il y en a pour tout le monde.

RONDON :

Dame! ils ont tous ri. Et puis, si une pièce est bonne , il ne faut pas, parce qu'elle est de nous, que cela m'empêche d'en dire du .bien. Moi, je ne connais personne; la vérité avant tout.

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