‹ Théâtre (volume 5)Chapitre 396 sur 446 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

EMMELINE, DERVIËRE.

DERYIÈRE.

Mais enfin, rëponds-moi : qu'est-ce que tu as? qu'est-ce qui te fâche? pourquoi depuis hier es-tu de mauvaise humeur?

EMMELINE

Je n'en sais rien, mon papa; tout me déplaît, tout me contrarie.

DERYIÈRE.

C'est donc pour la première fois de ta vie ; car tout le monde fait ici tes volontés, à commencer par moi.

EMMELIKE.

Combien vous êtes bon r combien vous m'aimez !

DERYIÈRE.

Que trop ! Mais quand on est veuf, qu'on est, comme moi, un des premiers maîtres de forges de la Franche -Comté, avec cinquante mille livres de rentes, et une fille unique, qu'estce que tu veux qu'on fasse de sa fortune? Songe donc que dans le monde je n'ai que (oi à aimer.

28i LES PREVlinSS AMOURS.

An de Xatirofii.

MoD seul YOBu^ ma plus chère envie Est de pouvoir t'établir près de moi.

Cet or, fruit de mon industrie.

C'est pour mon gendre, uu plutôt c*e$( pour toi. Je veux, auprès d'un époux qui t'adore. Doubler mes biens en vous les prodiguant:

Un père 8*enricbit encore

De ce qu'il donne ^ son enfiint.

Et Yoilà plus de vingt partis que je te propose ; maïs aujooid'hui, par exemple, je n'entends pas raillerie, et tu auras la bonté de bien recevoir celui que nous attendons.

EMMRLINE.

Quoi! ce M. de Rlnville , dont vous rae parliez hier! Eh bien! mon papa, si vous voulez que je vous dise la vérité, c'est là l'unique cause de mon cliagrin et de ma mauvaise humeur ; et je ne vois pas pourquoi vous me proposez celui-là plutôt qu'un autre.

. DERVIÈRE.

Puisque tu n'en veux pas d'autre!..

EMHELI?(E.

Ce n'est pas une raison.

DERVIÈRE.

Si, Mademoiselle, c'en est une; et si vous en voulez de meilleures, en voici : 11 y a trente ans que je vins dans ce pays; je n'avais rien ; j'étais sans amis, sans ressources : M. de Rinvilk le père m'accueillit, me protégea, m'avança des capitaux, et fut ainsi la première cause de ma fortune.

AiR ô'Aristippe,

Envers son fils mon cœur souhaite

Acquitter ce que je lui doi ;

Et pour mieux lui payer ma dette^

Mon enfant, je comptais sur toi :

Oui, me disais-je, autrefois ma famille A ses trésors dut uu sort fortuné; Mais aujourd'hui je lui donne ma fille : Il me devra plus qu'il ne m'a donné.

Dureate^ ce ûls que je te destine est, dit-on^ un charmant jeune homme^ un sage, un philosophe qui a voyagé pour s'instruii'e, et qui revient en France pour se marier. Voilà^ Mademoiselle,

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