‹ Théâtre (volume 5)Chapitre 397 sur 446 · SCÈNE · texte numérisé non relu

SCÈNE

les raisons qui m'ont fait accueillir la demande de ce jeune homme. Maintenant qu'avez-vous a répondre?

EMMEUNB.

Rien. D'après ce que je viens d'apprendre, je l'épouserais avec grand plaisir, si cela se pouvait ; mais je me dois à moimême de refuser.

DERVIÈRE.

Tu te dois à toi-même... Et qu'est-ce qui t'y oblige?

EMMELINE

Des promjBsses sacrées , et des serments antérieurs.

DERVIÈRE.

Qu*esf-ce que j'apprends là? Comment, Mademoiselle, sans ma permission!

EMMELIME.

Non, mon papa! jamais sans votre permission | si vous voule» me promettre de ne pas me gronder et de ne plus contraindre mon inclination, je m'en vais tout vous raconter.

DERVIÈRE.

Je vous' demande qui s'en serait Aonié ? Une petite fille de seize ans, qui ne m'a jamais quitté, qui ne voit personne ! Allons, Mademoiselle, parlez vite.

EMMELINB.

Vous savez que j'ai été élevée ici auprès de vous, par ma vieille tante Judith.

DERVIÈRE.

Ma défunte belle-sœur : une vertueuse, une excellente fille, qui n'avait qu'un seul défaut^ c'était de consommer un roman par jour : les quatre volumes y passaient.

- EMMELINE

C'est là -dedans qu'elle m'a appris à lire; et j'avais alors pour fidèle société mon cousin Charles, qui était orphelin, sans fortune, et que vous aviez recueilli chez vous.

DERVIÈRE.

Eh bien! après?

EMMELINE

Eh bien ! quoiqu'il fût plus âgé que moi , nous passions nos jours ensemble , nous nous voyons à chaque instant, nos études, nos plaisirs, étaient les mêmes; je l'appelais mon frère, il m'appelait sa petite t^œur, parce que ma tante Judith nous avait lu Paul et Virginie; c'était moi qui étais Virginie, et c'était lui qui était Paul ; et la fin de tout cela, c'est que

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nous nous sommes aimés ëperdument, et que nous nous sommes juré une constance éternelle.

DERVIÉRE.

Laissez donc ensemble des cousins et des cousines; moi qui y allais de confiance! eh bien ! Mademoiselle ?

EMMEL1NE.

Eh bien ! un jour il nous a quittés^ il est parti comme commis-voyageur en pays étranger; mais avant son départ, il m'a dit : « Tu es riche et je n'ai rien; on te fera sans doute épouser quelqu'un, parce que les pères , en général, sont injustes et tyranniques, du moins tous ceux que nous avons lus. » Et alors , pour le rassurer, je lui ai promis que je ne me marierais pas avant son retour ; il m'a doùné un anneau que voici, je lui en ai donné^un autre; depuis, j'ai toi:yours pensé à lui, mais je ne l'ai plus revu.

DERYIÈRE.

Tu ne l'as plus revu?

EMMELINE

Vous le savez bien, puisqu'il n'est jamais venu ici.

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