SCÈNE XII
M. DE VILLEKLANCHE, CATHERINE.
M. DE VILLEBLANCHE^ à part, et regardant sortir Saint*Félix.
On est heureux d'avoir de l'empire sur soi. Grâce à mon sang-froid 9 il ne se doute de rien. (Haut.) Eh bien! Catherine, tu disais donc?...
CATHERINE
Dame, Monsieur, moi, je n'ose plus... vous vous fâchez tout de suite.
M. DE V1LLEBLANCHE, à part.
11 n'y a pas de quoi ! (Haut.) Tu passais donc sous la fenêtre?
CATHERINE
Et puis, j'y pense maintenant, ce n'est pas bien à moi de rapporter ce que je sais de ma maîtresse.
M. DE VILLEBLANCHE
Devant ce jeune homme, tu as raison ; un étourdi, un indiscret; voilà pourquoi je t'ai imposé silence. Mais moi, c'est bien différent. Tu es bien sûre qu'elle était enfermée?
CATHERINE
À double tour.
M. DE VILLEBLANCHE, hésitant.
Et s'enferme-t-elle souvent ainsi?
CATHERINE
Depuis hier, elle ne fait que cela.
M. DE VILLEBLANCHE, à part.
C'est consolant. (Haut.) Et as-tu aperçu la personne ?
CATHERINE
Non, la fenêtre est si haute; et puis je n'osais pas regarder. Mais j'entendais Madame qui parlait vivement et tout bas, comme si elle faisait des reproches à quelqu'un.
M. DE VILLEBLANCHE
Des reproches?
CATHERINE
Oui; il paraît que le monsieur sentait qu'il avait tort, car il ne répondait rien.
M. DE VILLEBLANCHE
Enfin?,.
CATHERINE
Enfin, Monsieur, il y avait des mots que j'entendais, et d'aurcs que je n'entendais pas; mais tout à coup Madame s'est
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levée avec humeur^ en lui disant : a Autrefois, tu étais plus fidèle; tu me trompes, j'en suis sûre. »
.'. M. DE VTLLEBLANCttB.
Tu me trompes! (a part.) C'est un homme, c'est clair.
CATHERINE
J'aurais bien voulu en entendre davantage; mais Madame s'est àpprôcliéé de la croisée, j'ai eu peur d'être surprise, et je me suis sauvée.
M. DE VILLEBLANCHE, très-agité, et se promenuit.
n n'y a plus de doute, je suis trahi, sacrifié; c'est pour cela qu'elle a quitté Paris à mon insu.
, , Air : Tenex, moi je suit un hùn homme.
Après seize ans d'amour sincère, , . M'exller malgré mes serments.
CATHERINE
C'est comm' si Von chassait mon père Qu'est jardinier depuis 1' même temps.
M. DEVILLEBLAMCHB.
Après seize ans, esMi possible !
Ah ! ça fait mal rien qu' d'y penser. Et puis. Monsieur, le plus terrible.
C'est qu'on n" trôûv*" plus à se placer.
•I Ml.,. ..
M. DE VILLEBLANCHE
Mais cela ne se passera pas ainsi, je. saurai quel est ce rival.
CATHERINE, regardant à travers la serrure.
Si VOUS voulez je vais m'exposer à une gronde» ^ me semble qu'on vient d'ouvrh* la première porte; je vais faire comme si Madame m'appelait. Il ne peut pas se sauv<^r par. ia (ei^tre^ et alors nous verrons hien. (Elle s'approche de 1^ p^rte.j , . . ,
M. DE VILLEBLANCHE ,
Du tout, l'appartement d'une feihme est sacré, même pour un mari; à plus forte raison...
CATHERINE, prêtant Toreille du c6té de la chambre de madame de Marcilly.
Ah! Monsieur!
M. DE VILLEBLANCHE
Quoi donc?
CATHERINE
On parle encore; ce serait le bon moment.
M. DE VILLEBLANCHE' arec cur^çsilé.
N'importe: je lé lé défends:
SGÂNE xni« 339
CATHERINE^ B^approehant de la porte.
On a prononcé votre nom.
M. DE VILLEBLANCHE^ hors de lui..
Mon nom! (niui fait signe d^entrer Tite; Catherine tourne le boUtoh et entre ^ans Tappartement de madame de Marcilly.) Eh bien ! eh bien !
qu'est-ce qu'elle fait donc? qtland Je lui défends ^Qpîessément... Ces domestiques sont d'une impertinence!... Se peiv mettre ainsi de... Pourvu qu'elle ait lô temps de bien voir.
CaTHÊÈIINB^ revenant.
Je n'y conçois rien. Elle n'a pas été trop en colère; mais je n'ai vu personne.
M. DE VILLEBLANGHE. V
Petite sotte! elle est capable d'avoir regardé à droite^ S'il était à gauche.
CATHERmE.
J'4i regardé partout^ et je n'ai rien vu.
M. DE VliXEBLANGHË.
C'est bienfait; ta curiosité méritait cela.
GATfiERlNB.
Faut qu'il se soit caché tout desuite^et qu'elle ne sache comment le faire évader; «car Madame veut rester seule ici. Elle m'a ordonné de descendre, et de ne laisser monter personneé
Elle veut reBter seule?
i . ■ , , , ., .CATHERINE.
Ditçs donç^ Jl|fon^ie^r, si on se cachait aussi pour voir?
M. DE VILLEBLANCHË. . " .
J^i dpnçj s^user.^nsji... Je veiUL lui parler, m'expUquer, avec elle.;. Allez, et ne laissa monter .personne, comme Ma-s 4amei.vpus, Tadit.
- « ., ; - , , ., CATHERINE^
Oui, Mpnsieur. .(a part^ et regardait la porte à Oîoitje.) . Je SeraiS
pourtant curieuse de savoir par où le jeune homme se sau<*. vera. Je vais retourner sous îa fenêtre, (fille ^ort.)
. SCÈNE XIIL
M.' DE TILLEBLAI^CHË; seul."
Lui pw*lerî ^eX<fii aui;ai pa^ la force ; je sens. déjà, que je n'^i pas mon âploqib or^inair^. A^J mon pieu! je l'entends;
si elle me trouve ici, elle va croire que je veux épier ses démarches. La voici. (U entre un instant dans le cabinet à gauche, et ensuite rerient se placer derrière la psyché.) Je n'ai que Ce moyen ; à
tout prix je saurai la vérité.