‹ Théâtre (volume 5)Chapitre 443 sur 446 · SCÈNE XVIII · texte numérisé non relu

SCÈNE XVIII

MADAME DE MARCILLT.

Vraiment! vous seriez jaloux? Par bonheur^ il y a des moyens de vous rassurer.

M. DE VILLEBLANCHE

Vous croyez? (a part.) La voilà bien disposée, nous pouvons commencer Tattaque.

MADAME DE MARCILLY , avec un peu d'embarras.

C'est un aimable bomme que ce M. de Saint-Félix le père. Aussi je ne voudrais pas me fâcher avec lui > et si vous tenez à m'être agréable, si, comme vous le dites, vous tenez à ma main, il y aurait un moyen de Tobtenir dès aujourd'hui même.

^M. DE VILLEfiLAlSCHE.

Aujourd'hui ! (a part.) Nous y voici. (Haut.) Et que faudrait-il faire pour cela?

MADAME bE MARCILLT.

Lui écrire vous-même une lettre bien amicale, bien aimable, comme vous savez les écrire, et lui dire que, comme beau-père d'Eugénie... (du moins vous allez l'être; ainsi, dans le fait principal, il n'y aura pas de mensonge.)

M. DE VILLEBLANCHE , à part.

Ce qui veut dire qu'il va y en avoir dans le reste.

MADAME DE MARCILLT.

Vous lui écrirez donc que vous ne pouvez consentir encore au mariage de votre belle-ûlle; mais que, plus tai^d^ dans trois ou quatre ans...

M. DE VILLEBLANCHE, froidemeut.

J'en suis bien fâché ^ Madame, mais je n'écrirai point cette lettre.

MADAME DE MARCILLT.

Vous ne tenez donc pas à m'épouser?

M. DE VILLEBLANCHE

Non, Madame, pas maintenant.

MADAME DE MARCILLT.

Et pourquoi?

' Parce que j'ai fait des réflexions , et je trouve que vous êteS encore trop jeune pour moi.

MADAME DE MARCILLT, étonnée.

Comment? -

M. DE VlLLEBLA^XHE.

Oui, Madame, cette aventure de M. de Saint-Félix, et d'autres idées qui me sont venues, tout me le prouve.

MADAME DE MARCILLT.

Vous ne me parlez pas sérieusement; et je ne croirai jamais

(Regardant dans la glace.} que Ce SOit à CC point-là.

M. DE VILLEBLAISCHE , à part.

Elle y regarde ; j'en étais sûr.

MADAME DE MÀRCILLT, apercevant le billet.

Qu'est-ce que je vois là? une lettre à ma psyché! Savezvous ce que cela veut dire?

M. DE VILLEBLANCHE

En aucune façon; car j'arrivais à l'instant.

MADAME DE MARCILLT, TouTrant et à part.

De quelle part? (Allant à la fin de la lettre.) a Signé ^ Votre miroir. » Quelle est cette plaisanterie?

M. DE VILLEBLANCHE

Voulez-vous que je vous lise?

MADAME DE MARCILLY

C'est inutile, Monsieur; que je ne vous dérange pas : reprenez votre livre, (m. de Villeblanche Ta se rasseoir; mais il observe madame de MarciUy tout le temps où elle lit la lettre.)

MADAME DE MARCILLT , debout et à part. Elle Ut.

« Madame, vous m'avez souvent fait l'honneur de me con- « sulter; et, quelques secrets que vous m'ayez contiés, ma fi- (( délité a toujours égalé ma discrétion; ce matin encore vous « avez daigné me demander mon avis, d (sMnterrompant.) 0 ciel ! qu'est-ce que cela signifie? et qui a pu deviner?... Mais continuons : (Elle lit.) « Ce matin encore vous avez daigné me dea tnander mon avis; mais conmie je crains que vous n'ayez <( mal interprété mon silence , je prends la liberté de vous <( l'expliquer : vous êtes toujours jeune, toujours jolie; je m'y oc connais, Madame, et vous pouvez m'en croire; c'est pour « cela même , c'est par coquetterie que moi , votre conseiller a intime , je vous engage à marier votre fille sur-le-champ y (( pour que chacun s'étonne et se demande si ce n'est pas là <c votre sœur, et pour qu'on admire une résolution que plus d tard peut-être on trouverait toute naturelle. y> (Elle regarde

M. de Villeblanche, qui feint d*être occupé de sa lecture. S*interroropant.) Je

n'y conçois rien; mais voilà un conseil d'une sagesse... Je n'a-

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