BOSE
Ah çà ! tu m'as donc été d'une fidélité...
LOLl.VE.
Effroyable ; cela me fait du tort dans les antichambres : ma constance est passée en proverbe, et l'on ne m'appelle plus que le Céladon de la livrée. Quant à toi , je ne te fais pas de questions sur ce chapitre-là.
Air de Julie,
La confiance est la vertu première
Et d'un amant et d'un mari :
Tendre ou jaloux, infidèle ou sincère.
Rien n'empôclie d'être trahi.
i74 LE MENTEUR VÉRIDIOUE.
Et comment soulever le Toile Qui ndbs cache la vérité t Qu*ua autre croie à la fidélité^ Moi je ne crois qu*àmoo étoile.
ROSE
Impertinent! tu pouiTais supposer...
LOLIVE.
Du tout; en province il faut bien être fidèle^ on n'a que cela à faire. Que voulaii-tu m'annoncer?
ROSE
Que M. Franval^ mon maître^ le plus honnête et le plus riche armaleuî» de Bol^caux, vient à Paris mariei* sa fille | et que celle-ci, qui m'aime beaucoup, m'a promis une dOt le jour où l'on signerait son contrat.
LOLIVR.
Une dot! c'est à merveille. Je ne te demande pas quelle est la somme.
ROSE
Mille écus.
LOi.iVE, «Tee eialtatioo.
Peu m'importe: l'amour compte-t-il les billets de banque?
(Froidement.) Ëst-ce comptant?
ROSE
Oui.
LOllVfe.
Tant mieux, parce que premier valet de chambre d'un grand seigneur j dd M. le comte de Saint-Marcel ^ tu sens que je ne pouvais former une alliance sans y trouver de quoi soutenir mon rang; tu as une dot, tout est dit, je t'accorde ma main.
ROSE, «oupirant.
Ah! Lolive, le mai^iage de ma maîtresse n'est pas encore fait
LOUTE
Qui pourrait l'empêcher?
ROSE
Je ne sais; pendant le voyage, j'ai cru remarquer quelque mésintelligence entre le père et la fille. Mademoiselle Lucie est triste, inquiète, et je crains qu'un obstacle...
LOLIVE, Tivemeot.
Un obstacle! il n'y en a pas, il ne peut pas y en avoir; ma tendresse, notre bonheur, mille écus comptant, il faut absolu-^
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ment que oe moflage se ftisse. Rose^ rhoiifieui', la délicatesse, tout vous fait un devoir de tromper le père s'il le faut; et si vous avez besoin de moi...
ROSE
Encore faut-il savoir de quoi il s'agit ; justement mademoiselle Lucie va tenir j je t'engagerais bien à rester; mais je crains que ton maître^ M. de Saint-Marcel^ ne t'attende.
LOLlVK.
Mon maître! ob! je le forme.
Air : Un homme pour faire un tableau»
Maint solliciteur chaque jour Implore humblement sa présence ; Mais de mon cher maître à mon tour J'exerce aussi la patience.
Si chez lui l'on attend^ dit-OR| tl attend son valet de chambre^ £t c'est dans son propre salon Que je lui fais faire abtichambre.
D'ailleurs^ aujourd'hui j'ai ma journée à moi; madame la
comtesse est indisposée; Une aventure hier au bal masqué...
je te conterai cela. Voici notre belle afQigée; de la fermeté,
Rose, et songez qu'il y va pour vous d'une fortune et d'un
mari.
SGÈNE IT.
LUCIE, ROSÉ, LOLlVE.
LUCIE
hose, hose, je te cherchais ; Edouard n*a pas encore paru?
ROSE
Non y Mademoiselle.
LUCIE
Quelle est cette personne avec qui tu causais?
LOLIVE, bas, à Rose.
Présente-moi donc.
ROSE
Mademoiselle, c'est le jeune homme dont je vous ai parlé à Bordeaux.
LUCIE
Ahl j'entends, moasieur Lolive; je t'en fais Gomj^limentj
176 LE MENTEUR VÉaiDTQUE.
mais si votre mariage doit se célébrer le même jour que le mien^ je crains bien que vous n'attendiez encore.
ROSE
Et pour quelle raison?
LUCIE
Je suis au désespoir, mon père veut rompre avec Edouard.
LOLIVE, bas, à Rose.
Ah ! mon Dieu! et nos mille écus?
ROSE
Cela n'est pas possible; même famille, même fortune, c'est un mariage trop convenable, et monsieur votre père n'oserait pas.
LUCIE
Aussi, ne vient-il à Paris que pour chercher un prétexte.
ROSE
Il n'en trouvera pas ; M. Edouard est un jeune homme charmant.
AiB : les MarU ont tort»
Plein de raison et d'imprudence.
Plein de folie et de bonté.
Souvent il donne à Tindigence L'argent qu'il gagne à Técarté.
Rendre service est sa méthode; Enfin chez lui sont confondus Les défauts qui sont à la mode Et les vertus qui n'y sont plus.
LUCIE
Oui ; mais puisque tu parles de ses défauts, il en est un que jusqu'ici j'avais su cacher à mon père~, et auquel il ne pardonne pas; un négociant comme lui, qui a toute la droiture, et même la rudesse d'un ancien marin, estime avant tout la franchisé, et M. Edouard est sans doute un fort aimable jeune homme; mais, soit étourderic, soit distraction, il a contracté l'habitude de ne jamais dire un mot de vérité.
LOLIVE.
J'y suis; il a beaucoup voyagé.
ROSE
Non ; mais d'abord il est de Bordeaux !
LOLIVE.
Jecomprends; Vintliijuce du sol natal.