‹ Théâtre (volume 5)Chapitre 61 sur 446 · SCÈNE VIL Les précédents, excepté LOLIVE · texte numérisé non relu

SCÈNE VIL Les précédents, excepté LOLIVE

EDOUARD, le regardant sortir.

Voilà bien le plus hardi hâbleur.

FRAKVAL.

Mon cher Edouard, que j'ai d'excuses à te faire : crois-tu que j'avais suspecté ta bonne foi?

EDOUARD

Gomment! vous auriez pu?...

FRANVAL

Mais voici qui change bien la thèse : je veux qu'à l'instant même nous allions ctiez M. de Saint-Marcel, que tu me présentes à lui comme ton beau-père, et que je le remercie.

ROSE, à part.

C'est fait de lui.

EDOUARD, embarrassé.

C'est aujourd'hui lundi; il sera à sa petite maison de Saint- Ouen,un endroit délicieux, au bord de la Seine, vis-à-vis l'île de Cage. Nous y allons une ou deux fois par semaine. Imaginez-vous, beau-père, qu'il y a là un billard sur lequel l'autre jour j'ai fait un coup...

FRANVAL

Oui; mais M. de Saint-Marcel n'y jouera pas aujourd'hui; M. Guillaume nous a dit l'avoir vu ce matin à Paris; ainsi, comme je ne me soucie pas d'y aller sans toi, partons.

SGÂNE YII. 189

EDOUARD

Demain^ si vous voulez ; mais aujourd'hui^ cela m'est impossible .

FRÀNVAL.

Et pour quelle raison?

EDOUARD

J'ai ce matin des amis que j'attends^ et ils se faisaient même une fête de se trouver avec vous.

FRANVAL

Je ne peux... je déjeune en ville... chez Saint-Phar..

EDOUARD, YiTement.

La^ moi qui ai commandé un déjeuner magnifique ! Air : Dans ce eastel de haut lignage.

J'ai dix flacons d'un Champagne admirable. Dinde truffée et vrai pâté d'Amiens.

Mon cœur d* avance en ce banquet aimable A confondu vos amis et les miens.

Jeunes et vieux^ dès le premier service. Sont du même âge ; et par un charme heureux, A table il faut que chacun rajeunisse; Là, le vin seul a le droit d'être vieux, (pendant ce couplet, Rose a Tair d^éoouter attentivement les détails du repas.)

FRANVAL

A la bonne heure; mais il est dix heures, ton déjeuner sera, comme le mien, pour midi, et d'ici-là, nous aim)ns le temps de faire une visite. Ainsi, tu vas venir avec moi, je l'exige : qu'est-ce que c'est donc que cela?

EDOUARD, à part.

Il n'en démordra pas.

ROSE, à part.

Le pauvre jeune homme ne sait plus où donner de la tête.

FRANVAL

Eh bien! qu'as-tu donc? et d'où vient cet air embarrassé? tu ne peux pas t'absenter de chez toi pour une demi-heure?

EDOUARD

Eh bien! non, beau-père, puisqu'il faut vous le dire, puisque, malgré mes efforts, il est impossible de vous le cacher : je ne puis de toute la matinée m'absenter une seule minute, (a voix basse.) J'ai une affaire d'honneur, j'attends mon adversaire.

FRANVAL

Ah ! mon Dieu !

100 ^ LE MENTEUR TÉRIDlQUE.

ROSE

Ten étais sûre; voilà du nouveau.

FRANVAL

Et alors, ce déjeuner que tu me décrivais avec tant de facilité...

EDOUARD

Il est là, il est toujours là. Je comptais prier un de mes amis que j'attends de me servir de témoin.

FRANVAL

C'est cela, une mauvaise tête, un écervelé qui va tout gâter: c'est moi que cela regarde, je me charge d'arranger l'affaire.

EDOUARD

Mais non, beau-père, ne vous mêlez pa« de cela, et laisseznous faire; cela peut vous compromettre^ tandis que nous autres jeunes gens...

FRANVAL

Du tout; je veux savoir de quoi 11 s'agit, et comment cela est arrivé, ou sinon point de mariage.

EDOUARD, à part.

Quel diable d'homme! (Haut.) Mais votre déjeuner chez Saint-Phar ?

FRANVAL

Est-ce que j'y pense maintenant! il m'attendra : quand il s'agit de ton honneur, de tes jours, toi , le fils de mon meilleur ami, mon propre fils; car maintenant je te regarde comme tel. Allons, parle, et raconte-moi tous les détails.

EDOUARD, à part.

Au fait, c'est un brave homme. (Haut.) Ecoutez donc , beaupère , vous prenez cela trop au tragique ; c'est une aventure comme tant d'autres, un tnalentendu, une plaisanterie.

FRANVAL

Une plaisanterie! qui compromet votre existence, ou celle d'un compatriote?

EDOUARD

D'abord, c'est un Anglais.

FRANVAL

C'est égal. Mais pourquoi vas-tu l'exposer à desVoies de fait!

ÉDOUAAD.

Je ne l'ai pas touché.

FRAWAL.

Ou à des paroles.

Je ne lui ai pas parlé.

Biais alors ?

scÊNS vn. i9l

EDOUARD

FftANVAL.

EDOUARD

Voilà ce qui est arrivé : Je binais hier dans une maison charmante; et vu la beauté de la journée^ vraie journée dW> toute la société prenait le café sur une petite terrasse qui donne sur le boulevard, une terrasse de la hauteur d'un entresol^ et qui n'a pas môme de balustrade; notai bien le fait.

ROSE, à part.

Voilà une exposition qui me fait frémir.

EDOUARD, comme un homme qui cherche toujours ce qu'il va dire.

La maîtresse de la maison... une femme fort aimable... jeune encore, des yeux noirs magnifiques... la maîtresse de la maison me versait un moka brûlant; et, occupé à la regarder et à lui adresser quelques compliments, je ne m'apercevais pas que le trop plein de ma tasse tombait perpendiculairement sur mon pied, qui n'était défendu que par un simple bas de soie. Un geste rétrograde que je fais pousse un monsieur qui était derrière moi au bord de la terrasse, et ma foi...

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