HORTENSE, JULIE
HORTENSE
Oui; je crois que j'ai bien fait de le retenir; M. de Merteuil et mon mari m'en sauront gré; d'ailleurs^ j'ignoi*e pourquoi je craignais de le voir : je m'en étais fait une tout autre idée; je pensais trouver en lui un étourdi, un jeune homme à la mode... le commencement de sa conversation me l'avait fait croire; mais la fin de notre entretien... ah ! oui, il est trop raisonnable pour être jamais à craindre.
JULIE, entrant.
Madame !
HORTENSE, sans Téconter ni TaperoeToir.
Comment! malgré l'amour qu'il avait pour moi, il aurait eu, disait-il, la force, le courage de me résister; j'aurais bien voulu voir cela!
Madame !
HORTENSE
Ah I c'est toi , Julie?
JULIE
Oui, Madame, voilà plusieurs fois que je vous parle, mais vous étiez préoccupée.
HORTENSE
Moi, du tout; qu'y a-t-il? que me veux-tu?
JULIE
Vous prier de descendre un instant, pour apaiser Monsieur, car il est d'une humeur !
HORTENSE
Lui, de l'humeur; eh bien! par exemple; cela lui va bien!
JULIE
Croyez-vous donc qu'il n'y a que les gens d'esprit qui en ont? Monsieur conduisait lui-même le cabriolet, et en entrant, il a eu la maladresse d'accrocher; alors il s'est mis dans une colère contre le concierge, sans doute de ce que la porte n'était pas plus grande; voyant ensuite les deux beaux vases qui ornent le vestibule, et qui apparemment lui choquaient la vue, il a donné ordre de les casser.
â30 LA MAITRESSE AU LOOIS.
HORTENSE
Comment ! ces albâtres qu'on m'a rapportés d'Italie , ces deux vases antiques?
C'est ce que je lui ai dit. Madame ; il m'a répondu : « raison « de plus, il y a assez longtemps qu'ils servent, n
Air : Traitant V amour sanâ pitié.
Sur ce mot^ et malgré nous, Od s'est permis de sodrirg; Alors je ne peux vous dire Ses transports et son courroux ; Puisqu'auprès de vous qu'il aime, C'est la docilité même, Puisqu'à votre ordre suprême j . A ri Estant il obéit,
Vous feriez bien, stlf mon âme, De lui commander. Madame, D'avoir un peu plus d'esprit.
Tenez, vous pouvez l'entendre encore; c'est lui, je me sauve.