SCÈNE VI
le Yôtre^ Madame , car c'était aussi un chasseur; mais pour moi je trouvais de la vërilé dans cet homme qui fuit le monde^ qui cherche la solitude deshois, et que Ton croit dur^ farouche, indifiérent, tandis que sous les dehors les plus insensibles, il cache l'amour le plus tendre. C'était là. Madame, le sujet de mes réflexions, et j'y pensais encore quand vous êtes venue.
AGATHE, à part.
Eh! mais, quel changement dans ses manières! Gourville aurait-il raison? (Haut.) Quoi! Monsieur, vous croyez que dans le monde, que de nos jours, un pareil caractère est possible?
GUSTAVE
Oui, Madame; il y a beaucoup de jeunes gens que vous croyez fiers et suffisants, et qui ne sont au contraire qu'amoureux et timides. Vous les supposez très-contents d'euxmêmes : du tout, ils ne le sont pas ; mais ils veulent cacher sous un air d'intrépidité la gêne ou l'embarras qu'ils éprouvent.
AiB : Que d'établissements nouveaux»
J'en coDTieDS, ils semblent souvent Tout remplis de leur importance; Mais un trouble secret dément Et leur audace et leur aisance :
A des riens prompts à s'attacher.
Ils parlent, dans leur vain délire.
De mille choses, pour cacher La seule qu'ils n'osent pas dire.
Oui, Madame, j'en suis certain, telle personne qui cherchait à vous plaire s'y est prise beaucoup plus mal, et a moins bien réussi que telle autre dont lé cœur était libre et indifférent. (La regardant.) Gonvenez-cn franchement, n'ai-je pas raison?
AGATHE , un peu émue.
Mais vous me faites là une demande à laquelle je pourrais difficilement répondre. Depuis mon veuvage, vivant à peu près seule dans cette campagne, je n'ai jamais trouvé personne qui cherchât à me plaire.
Quoi! Madame, n'ai-je donc pu me faire comprendre? et seriez-vous assez cruelle...
AGATHE, cherchant à sourire.
Cruelle ! oui, vous avez raison, je le serais en effet, si ^e
18 l'héritière.
prolongeais cet entretien. Vous oubliez que depuis ce matin vous n'avez rien pris et que votre déjeuner vous attend.
GUSTAVE
Eh! Madame, de grâce, brisons là. Que vous refusiez de m'entendre, je devais le prévoir ; et je sens maintenant combien était sage le parti que j'avais pris de vous éviter et de garderie silence; mais enfin, puisque, malgré moi, j'ai osé parler^ contentez-vous de me punir par votre indifférence, et n'ajoutez pas, par vos railleries, aux tourments que je souiii;e
AGATHE, à part.
Que dit-il? (Haut.) Moi! Monsieur? d'où viennent ces reproches? qu'ai-je donc fait? de quel crime suis-je coupable?
GUSTAVE
Quel crime? ah ! c'est vous maintenant qui ne pourriez pas me comprendre, vous qui vous laites un jeu d'inspirer un sentiment que vous ne sauriez éprouver, vous dont la coquetterie...
AGATHE
Moi, coquette! Qui a pu vous donner une pareille idée? On vous abuse. Monsieur, et je tiens trop à votre estime, pour ne pas vous détromper, (Hésitant un peu.) sans ajouter beaucoup de foi à la tendresse dont vous me paillez tout à Vheure...
GUSTAVE
Quoi! vous pouvez penser?..
AGATHE, le regardant.
Non, je ne vous en crois pas capable. Je n'ai rien fait d'ailleurs qui méritât un pareil procédé; tnais c'est un léger caprice, une idée du moment. (En riant.) A la campagne, il faut bien s'occuper.
GUSTAVE
Et si vous-même vous vous abusiez! (atco expression.) Si cet amour était véritable?
AGATHE, émue et ehangeant dé tdn.
S'il rétait, je croirais qu'un tel aveu mérite mon amitié, ma confiance, et je répondrais : Cette lemme que vous croyez légère et frivole, est susceptible au contraire des sentiments les plus vrais et les plus tendres ; mais ses goûts lui font rechercher le calme et la solitude; les vôtres. Monsieur, vous appellent dans le monde, où vous êtes destiné à briller. Nous ■f^' sommes donc peu faits l'un pour l'autre ', votre malheur et le
mien seraient la suite d'un pareil attachement, et s'il est aussi profond que vous le dites, hâtons-nous d'y porter remède en cessant de nous voir. Voilà ce que je vous dirais, Monsieur, si nous en étions là... mais j'ose espérer qu'il n'en est rien, et
que vous nous resterez. (Slle lul fait U réyéreace efc lort.)