SCÈNE V
DELMAB.
Quatre mille francs! ô Racine! ô Molière! {tes prenant de la main de John.) C'cst bien; mille francs pour réconoiiiie, et mille
écUS pour les pl^irs. (ll les renferme dans son secrétaire.) JOHN.
Et puis, voici une lettre qu'un garçon de théâtre vient d'apporter.
RONDON, se le-vant, et prenant la lettre.
Eh! c'est la lettre de réception! (ii lit tout haut.) « Messieurs, et votre petite pièce » petite pièce , elle est parbleu bien grande ! « votre petite pièce pétille d'esprit et d'originalité; les carac- <c tères sont bien tracés, le dialogue est vif et naturel, les « scènes abondent en intentions comiques; mais on a trouvé tu que le genre de l'ouvrage ne convient pas à notre théâtre. « Je vous annonce donc à regret que la pièce a été refusée. »
DELMAR
Refusée !
RONDON.
a A l'unanimité. Croyez bien, Messieurs, que l'adminis- « tration » Oui, les termes de consolation! C'est une horreur!
DELMAR
Tu disais qu'ils ayaient ri.
RONDON.
Mais à mes dépens, à ce qu'il paraut. C'est prendre les gens en traître. C'est une indignité.
DELMAR
Ils sont fiers, parce qu'ils ont la vogue.
RONDON.
Ils ne l'auront pas longtemps, je me vengerai; et pour commencer, un bon article, bien juste... (ii se met à la table et écrit.) m Les recettes du théâtre de Madame commencent à bais- «( ser; son astre pâlit, v
DELMAR
Comment tu vas...
RONDON.
Écoute donc! je suis bon enfant; mais cela a des bornes : il ne faut pas non plus se laisser faire la loi. (ii écrit et répète à haute Toix : ) « La négligence de l'administration , la révoltante « partialité des directeurs , la nullité des membres du comité, « le honteux monopole, le marivaudage, etc., etc., etc. » Au
lieu de prendre poui* modèle les administrations voisines; celle de Feydeau, par exemple, si douce, si paternelle....
DELMAR
Est-ce qui tu eux pcarter notre pièce à l'Opéra-Comique?
RONDON.
Sâhs douté;
DELMAR
On sonne.
RONDON.
Feydeau est un théâtre toyal, un théâtre e^tnable, eùnemi dès cabales.
DEIMAR.
Oui, si Ton nous reçoit.
J0HN> annonçant,
Madame de Melcomt.