SCENE i; 28S
enfin ton cousin est parti depuis longtemps; et tu me permettras de te dire qu'un pareil amour est un enfantillage.
EMMELINE
C'est ce qui vous trompe. Vous ne savez pas, mon papa, que les premières impressions ne s'oublient jamais, car on n'aime bien que Ja première fois; du moins ma tante Judith me l'a souvent répété, et je l'éprouve. Depuis le départ de Charles, je ne pense qu'à lui, je n'aime que lui; et ce qui me fait refuser tous les partis que vous me proposez, c'est d'abord la promesse que je lui ai faite; et puis, dès qu'un jeune homme veut me faire la cour, je me dis : Quelle diilérence! ce n'est pas Charles, ce n'est pas lui!
DERVIÈRE.
Voyez-vous ce que c'est qu'une jeune tête! voilà maintenant sou imagination qui a fait de M. Charles un héros de roman.
EMMELINE
Je ne le reverrai jamais sans votre aveu, sans votre consentement; mais jusque-là du moins, ne me forcez pas à en épouser un autre. Renvoyez ce M. de Rinville.
DERVIÈRE.
Y penses-tu? le fils d'un ancien ami! Non, Mademoiselle, vous avez beau dire et beau faire , aujourd'hui , je vous le répète, je montrerai du caractère, et je ne céderai pas.
EMMELINE
Et tout à l'heure pourtant vous disiez que vous ne vouliez que mon bonheur.
Air :'Ce que j'éprouve en vous voyant.
Je sais si bieb auprès de vous.
J'y vois tant de soins de me plaire^ Que le souvenir de mon père Ferait du tort à mon époux.
DERVIÈRE.
il est, dit-on^ aimable et tendre^ Pour son bon cœur il est cité.
EMMELINE. '
Fût-il un ange de bonté,
11 ne pourrait jamais me rendre
Ce que pour lui j'aurais quitté.
DERVIÈRE.
Oui, oui, tu veux me gagner.
S86 us PRCniRES AMÙOtiS.
EMMELCŒ.
Ob! mon Dieu^ non; mais je sens bien que cela influe sur
ma &anté.
DERT1ÊEE.
Qu'est-ce que tu me dis là?
EMMELCCE.
Depuis hier, j'ai la migraine ou la fièvrCj je ne sais laquelle; mais ça me fait bien mal.
DF.B\1ÊRE.
La ûèTie! il se pourrait ! et c'est moi qoi en serais cause!
EMMELCŒ.
Oui, sans doute; je suis déjà changée^ je l'ai bien m; cela va augmenter de jour en jour; et puis quand tous maorei perdue, vous direz : « Ma pauvre fille ma pauvre EmniPljn ^^ a qui était si gentille ! i» Mais il ne se. i plus temps.
DERVfÈBE.
Dieux! est-on malheureux d'avoir une fille unique! impossible de montrer du caractère. Emmeline^ je t'en supplie^ ne va pas t'aviser d'être malade; j'écrirai à ce jeune honmie, je vais lui écrire.
EMMELINE
Ah! que vous êtes aimable ! tenez, mon papa> là, tout de suite.
DERVIÉRB, M mettiBt à table.
J'en conviens, morbleu! c'est bien malgré moi; aUoi^s» j'écriiai; mais c'est d'une impolitesse!
EMMELC<E.
Mais au contraire, c'est par honnêteté; si je le refusais après l'avoir vu, ce serait blesser son amour-propre, et il am-ait droit de se plaindre de nous; mais le renvoyer avant qu'il ne vienne, c'est plus honnête, et je suis sûre qu'il sera parfaitement content.
DERVIÉRE, à part
Quel diable de raisonnement me fait-elle là? (Haut.) Apprenez, Mademoiselle, qu'ihn'y a qu'un moyen: c'est d'en agir franchement avec lui. Je lui écrirai donc toute la vérité; mais ne croyez pas pour cela que je consente à votre mariage avec Charles.
EMMELINE
Aussi, mon papa, je ne vous en parle pas, je ne vous en dis rien; mais de sou coté, jeu suis sure, Charles m'est resté fi-