RIN VILLE
Voilà un jeune cadet qui a ime tournure originale.
CHARLES
n paraît que M. Dervière n'y est pas?
RINVILLE.
Nou^ Monsieur.
Ni sa fille non plus?
Non^ Monsieur.
Tant mieux.
Et pourquoi?
CHARLES
RINVILLB.
CHARLES
RINVILLE.
Je dis tant mieux, parce que j'ai à leur parler, et qu'alors cola me donnera le temps de chercher ce que je veux leur dire. Monsieur est de la maison ?...
RINVILLE.
A peu près.
CHARLES
Vous pourriez alors me rendre un service; c'est peut-être indibCiCt^ mais entre jeunes gens... m
6GÈNE xn. 305
RINTILLE.
Parlez, Monsieur.
CHARi.ES.
N'est-il pas venu ici un nommé Zacharie^ un capitaliste allemand?
RIIN VILLE.
Un usurier! il sort d'ici.
CHARLES
Voilà ce que je craignais; je ne sais pas comment il aura su l'adresse de mon oncle.
RIDVILLE.
ciel! est-ce que vous seriez M. C iavles? Charles Desroches?
CHARLES
Lui-même, qui, après huit ans de courses et d'erreurs, revient incognito, comme l'enfant prodigue, dans la maison paternelle de son oncle. J'espérais arriver ici avant qu'on ne se doutât de rien; c'est poiurquoi j'ai pris la patache, la poste de la petite propriété; je ne me suis même pas arrêté pour déjeuner en route , et cependant ce maudit Zacharie m'a encore devancé, et je suis sûr qu'il a prévenu contre moi l'esprit de toute ma famille.
RINVILLE.
Nullement, il a seulement présenté une lettre de change que votre oncle a acquittée, et que voici, (u lui donne la lettre de
change.)
CHARLES
11 se pourrait! le bon oncle! oh! oui! liens sacrés de la nature et du sang ! voilà justement ce que je me disais en route :
on a des parents ou on n'en a pas ; (Montrant la lettre de change.)
c'est bien ma lettre de change; mais les autres, ses sœurs, car la famille est nombreuse.
RINVILLE.
M. Dervière ne veut pas les payer; il en a assez comme cela.
CHARLES
Déjà! Et qu'est-ce que mon oncle a dit de l'autre afifaire, de la grande? U a dû être furieux?
RmVlLLE.
Quoi donc? ^
306 ISS PMOBiR» AXOVRS.
CHÀRilft^
Ce que j*ai fait à Besançon l'autre mois. Bsl-ee que irous ne
savez pas?
BINVILLE,
Non, sans doute, ni votre oncle non plus.
CBABLES.
Vraiment! Alors n'en dites rien; nous pouvonsinous eu retirer, parce que pour l'adresse et la persuasion, je suis là : j'ai de l'esprit naturel et de la lecture ;. j^ été élevé par ma vieille tante Judith, qui m'a appris la littérature dans les romans et dans les comédies. 11 y a cinq ou six manières d'attendfir les oncles et de ks forcer i pardonna; pourvu qu'Us ne vous connaissent pas; par exemple, il ne faut pas être connu; c'est de rigueur ; et je ne sais cojpmeut me déguiser aux yeux de mon oncle,
Vouless-vous un moyen?
CHARLES
Je ne demande pas nixleux.
RINVILLE.
On attend aujourd'hui un prétendUj^ M. de Rînville, propriétaire des environs. Je sais, de bonne part, '^u'U ne viendra pas, et qu'il n'est pas connu de votre famille.
CHARLES
Attendez! une ilclée! je vais passer pour lui.
RTNVILLE.
(Test ce que j'allais vous dire.
CHARLES
Par exemple, la farce sera^ bonne, ça en fera une de plus; mais j'en ai déjà tant fait! sans compter celles qu'on m'a fait faire. Mais, oserairje vous demauderj, Monsieur, 4 qui je suis redevable?...
. RINVUJLE.
Je suis neveu de votre oncle.
CHARLES
Vous êtes mon cousin? ^b [ Q'est du côté de mon oncle Laverdure.
RINVIUE*
Précisément! mais service pour service. Quand vous allez être M, de Rinville, je vous prie de ne pas parler de m»i 4
gcte xm/- : 307
mon oncle; car nous sommes brouillés^ et il vient de me ren- Yoyerdeche? lui.
Vraiment! vous avez donc (ait a\issi des farces?
nmviuKt Les mêmes que vous.
Oh! diable! Alors c'est fameux! H paraît que e-estdans le sang. Touchez là , cousin, et promettons-nous aUiance mutuelle.
iU]SV)UC> lui prenant U hmiq.
Qu'est-ce que vpqs ^\ez donc là, et qoelto est celte bague?
C'est d'autrefois^ daus)^ temp^ où j'étais simple et innocent; c'est un cadeau de m^ wsipe, un souvenir d'enfance; et je sui§ ste qu'elle a consjeflrvé le pV§il. ,
RIKVILLE9 la retirant de son doigt
Gardez-vous alors de le porter gi vous ne voulez pas qu'elle vous reconnaissje.
C'est ma foi vrai^ je n'y pen^i^i pas.
RINVILLE.
Pour plus de sûreté, je le garde aujourd'hui.
CHARLES
Tant que vous voudrez, ç^oa co^isin.
R1NVII.LÇU
Silence! c'est noire famille, et je ne veux pas qu'on me voie. N'oubliez pas qu'on attendait M, de Rioville, le prétendu; ainsi laissez-les faire, et ne dites rien.
CHARLES
A la bonne heure; c'est plus commode pour les frais d'imagination. (aiAYiU^ DQrt yar la pc«te 9 droite.)