SAINT-FÉLIX, M. DE VILLEBUNCHE
M. DE VILLEBLANCHE , à la cantonade.
Eh! non, tedis-je, cet ordre-là ne peut être pour moi. D'ailleurs, s'il y a une colère à essuyer, j'y suis fait, et je m en charge.
SAlNT-FÉLlX.
Comment ! Monsieur ! vous voilà aussi?
322 u coufruent;
n, D^ yiLLc;9L4Ncq^ Le petit Saint-Félix!.. j'^ivaU parié que je le trouverais ici.
Vous y venez ^ sans doute^ çuf VmviMioUL dq mA^Ame de Mai'cilly?
M. DE YIIXEBLANpSR,
Du tout^ je ne sais rien ;- avant4ûdf , je «M pyéseilte h son hôtel, suivant mon habitude; j'apprends 9(4^ départ impromptu y et comme , depuis dix ansy j'ai la faiblesse de ne pouvoir passer un jour sap^ la voir, j'ai pris la poste, et me voilà! Mais toi, le futur d'Eugénie, tu es de tous les secrets; tu vas me dire ce que cela signifie.
J'allais vous le demander; ?pti:e Av^i^teir^ e^ absolument la mienne. J'arrive, et je sais seulam^gt.qu^ mwisam de Marcilly no veut recevoir personne.
H. DE VlLLEBUNCHli.
Ail! c'est original! venir à lacampagna aui}aur.da l'hiver, ai toute seule! Qui diable a pu lui faire prendra uoê résolution aussi désespérée? des chagrins? je ne lui ^ connais pas; un revers de fortune?
Air : Adieu, je vous fui^ bois charMùnt»
Non, non, je le saurais déjà.
Mais comment lire dans learft âmes?
Un caprice?.., eh] oui, c'est cela.
Car dans la conduite des femmes^
Di) pioins j'ai cru le remarquer.
C'est le seul naotif raisonnable.
Et le seul moyen d'expliquer
Ce qui parait inexplicable.
SAlNT-FÉLlX.
Oui, oui. Monsieur, un caprice, c'est cda, c'est poup m'ënlever Eugénie; après toutes les espérances qu'elle m'avait données!
M. DE YILLEBLÀNGHE.
Tu crois?
J'en suis sûr,
^AlBiT'FPMX,
M. DE VlLLEBLàNCHE.
Oh! les amants sont toujours sûrs de tout; mais 51 ne sagit pas de se désoler, il faut juger les choses de sang-froid.
scÈNt tri. 32â
SAlNT-FÊLlX.
Bu siang-froîd ! Cela vous est bien facile à dire, bii vôît bien que vous n'êtes pas amoiu'eux.
A. DE ViLLËÈLANCHE.
Pas amoureux! qu'esl-ice que c*est, Môrfsiétirf Apprenez que là-dessus vous me devez le respect, comme à votre ancien , à un vétéran. Voyons uii peu , Monsieur, dqpiiîs combien de temps êtes-vous amoureux t
SAlNT-FÉUX.
Mais depuis sis moi6<
Et moi, il y. a seize ans, Monsieur, que j'aime madame de Marcilly avec une constance imperturba)>te et digne d'un meilleur sort.
.,;,»' SAINIVFÉLIX.
Seize amy
y M « DE VlLLBBMHCHBf
Oui, Ifonisieur, elle bi avait quinze alors; je Taimais longtemps avant ton mariage; et sans les malheureuses drcQi^ stances qui m'obligèrent à quitter la France, je suis fondé à croire que je l'aurais emporté sur mes nombreux rivaux^ mais j'étais loin d'elle^ loin de ma patrie, frappé de proscription, et sa famille, désespérant de mon retour, la força d'épouse le jeune Marcilly, mon ancien camarade au régiment ^ et de plus> mon meilleur ami. Certainement, quand i'appris cette noQv^e, j'avais là une bien belle œçasioi» de me broler la cervelle.
SA1NT-9ÉUX.
Je n'y atirafe pfts manqué.
ft. DB VILlBKANCHfi;'
Eh bien ! mçàf Monsieur, je ne Vm pas fait; c'eût été empoisonner son bonheur; et quand on aime une femme, il ne faut jamais préférer sa propre satisfaction à celle de l'objet aimé; seulement j'avais fait vœu de l'oublier, de ne plus la revoir; mais comment y parvenir^ lorsque ses bienfait venaient me chercher àtdr une terre étrafngère) lorsque sa tendre amitié ne cessait de s'dCCiiper de celui qui ne pouviait plus prétendre à son amottf ? Par elle ^ Fàrtêt ftrta! de proscription fut levé; par elle, je fus rétabli dafis mes biens, dans mon gnide militaire : la haine même n'aurait pà^ tônti doAtre cela; et, quand je rentrai en France, quand je vis leur ménage^
leur bonheur intérieur, quand je fus reçu par eux comme un ami 9 un ami!... il fallut bien se résigner à ne plus être que cela.
Air : Dis moi mon vieux»
Je vis en eux mes parents^ ma famille :
Ils me proposèrent tous deux
D^étre le parrain de leur unique fille.
Parrain!... je dis: « C'est bien faute de mieux, m
Voyant depuis cette enfant^ leur ouvrage^
Croître à mes yeux en attraits^ en raison.
Je me disais toujours : a Ah ! quel dommage
(c De n'avoir pu lui donner que mon noml »
SMM'-FÊUX.
Et lorsqu'elle devint veuvo?
M. DE VlLiJiliLANCHE.
je pleurai Marcilly , ah ! cela , du fond du cœur ^ lîlals enfin , j'avais aimé sa femme avant et pendant son mariage; il n'y avait rien qui pût m'empêcher de Taimer encore après. Je la voyais encore plus jolie ^ plus séduisante; je me flattai qu'un jour elle se souviendrait que j'attendais depuis longtemps^ et me voilà^ au bout de seize ans de patience et de refus, Tadorant plus que /omaais, et toujours surnuméraire. Cela vous prouve^ jeune homme ^ qu'il ne faut désespérer de rien.
SAINT-FÉLIX
Qu'elle vous fasse attendre, vous qui êtes son adorateur, c'est bien; mais moi qui suis celui de sa fille, quel peut êtic son motif? c'est ce que je ne puis comprendre; aussi je sui ' venu ici, décidé à le lui demander.
M, DE VILLEBL ANCHE.
Lui demander! tu le peux; mais ce n'est pas une raison nour le savoir, parce que, vois-tu , règle générale : Air da vaudeville de la Somnambule, L'habitude de se contraindre Chez les femmes vient en « ;ussant; Voilà pourquoi se déguiser et feindre Sera toujours leur premier mouvement.
Aussi, de peur qu'on ne nous prenne en traître^ U faut, mon cher, pour se former.
Commencer par bien les <. vyxiu,-tttre.
SAINT-FKI/
J'ai eommenr^^ d'abord par les aimer.
M. DE VILLEBLANCHE
Et moi aussi. Mais on a tort : ce sexe-là a tant d'influence SUT nous, que^ pour bien connaître les hommes, il faut d'abord étudier les femmes, et c'est ce que j'ai fait. Malheureusement celte étude-là est très-longue , et je prévois que je n'aurai pas le temps de commencer l'autre. Mais pour en revenir à toi, ce sont les motifs de madame de Mai*cilly qu'il faut tâcher de connaître.
SAINT-FÉLIX
Je lui ai écrite ^X justement voici Catherine qui m'apporte la répopse.