‹ ThéâtreChapitre 250 sur 251 · MADAME M MARCILLY · texte numérisé non relu

MADAME M MARCILLY

Vous lui écrirez donc que vous ne jpouvez consentir encore au mariage de votre belle-fille; mais que, plus tard, dans trois ou quatre ans...

M. DE V1LLEBLAIYCHE, froidement.

4'en suis bien i^hé, Madame, mais je n'écrirai point cette lettre.

MADAME DE MAECILLT.

Vous ne teneï donc pas à m*épouser?

M. DE VILLEBLANOME.

Non, Madame, pas maintenant.

MADAME PE MARCILLT,

Et pourqnoil

M. DE VILLE6LANCHE,

Parce que fai fait des réflexions, et je trouve que vous êtes encore trop jeune pour moi.

MADAME DE MARGILLT4 iHontéa.

Comment?

348 ' us CONFIDENT.

M. DE yiLLEBLANCHE.

Oui, Madame, cette aventure de M. de Saint-Félix j et d'autres idées qui me sont venues, tout me le prouve.

BIADAME DE MARCILLT.

Vous ne me parlez pas sérieusement; et je ne croirai jamais

(Regardant dans la glace.} que Ce SOit à ce point-là. H. DE VILLEBLANCHE , à part.

Elle y regarde; j'en étais sûr.

MADAME DB MARCILLT, apercevant le billet.

Qu*est-ce que je vois là? une lettre à ma psyché! Save»vous ce que cela veut dire?

M. DE VILLEBLANCHE

En aucune façon; car j'arrivais à Tlnstant.

MADAME DE MARCILLV, Touvrant et à part

De quelle part? (Allant à la fin de la lettre.) « Signé, Votre miroir. » Quelle est cette plaisanterie?

M. DE VILLEBLANCHE

Voulez-vous que je vous lise?

MADAME DE MARCILLT.

C'est inutile, Monsieur; que je ne vous dérange pas : reprenez votre livre, (m. de VUleblanehe va se rasseoir; mais il obterre madame de Marcilly tout le temps où elle lit la lettre.)

MADAME DE MARCILLT, debout et à part. Elle lit.

«c Madame, vous m'avez souvent fait l'honneur de me contt sulter; et, quelques secrets que vous m'ayez confiés, ma fi- « délité a toujours égalé ma discrétion; ce matin encore vous « avez daigné me demander mon avis. » (sMnterrompaut.) ciel! qu'est-ce que cela signifie? et qui a pu deviner?... Mais conr tinuons : (Elle ut.) « Ce matin encore vous avez daigné me de- « mander mon avis; mais comme je crains que vous n'ayez « mal interprété mon silence , je «prends la liberté de vous Cl l'expliquer : vous êtes toujours jeune, toujours jolie; je m'y € connais. Madame, et vous pouvez m'en croire; c'est pour « cela même, c'est par coquetterie que moi, votre conseiller <( intime, je vous engage à marier votre fille sur-le-champ, « pour que chacun s'étonne et se demande si ce n'est pas là a votre sœur, et pour qu'on admire une résolution que plus « tard peut-être on trouverait toute naturelle. » (euc regarde

M. de Villeblanche, qui feint d'être occupé de sa lecture. S*interrompant.) Je

n'y conçois rien; mais voilà un conseil d'une sagesse... Je n'a-

scims zvin. 349

vais pas encore envisagé la question sous ce point de vue; et il est de fait qu'il faut être bien jeune et bien jolie pour oser se permettre... Mais voyons la fin : (sue lit.) m Je ne hasarderai « plus qu'un seul avis : un miroir voit bien des choses qui tt échappent même à l'œil d une mère; et votre fille est venue « parfois me consulter; j'ai vu ses yeux mouillés de larmes! « Elle aime sans oser vous l'avouer, et vous ne voudriez pas « la rendre malheureuse. Non, vous ne le voudrez point. Cl dans votre intérêt et peut-être dans le mien; car le malheur « de votre fille ferait le vôtre; je verrais dans la doulem* vos tt ti^aits s'altérer : rien ne flétrit comme le chagrin, et Ton « embellit par le bonheur. Tâchez donc que ma glace fidèle « ne puisse jamais réfléchir que les traits heureux d'une « bonne mère; faites que nous soyons contents l'un de l'au^ « ti-e, et que vous ayez à meregarder autant de plaisir que « j'en ai à vous voir. Moi, votre miroir fidèle, »

M. DE VILLGBLANCHE, qû s'est levé et 8*est approehé d*eUe«

Eh bien! qu'avez-vous donc?

MADAME DE MARCILLT, lui donnant la lettre.

Tenez, tenez. Monsieur, lisez vous-même. Que devenir? comment cacher ma honte? car à coup sûr quelqu'un a mon secret.

■• DE VILLEBLANCHE

N'est-ce que cela? Je vois ce dont il s'agit.

AiB : En amour comme en amitié»

D'un seul instant de vanité Dont le repeotir tous honore.

Vous craignez la publicité; Eh bien ! votre secret vous appartient encore; Ne craignez pas qu*il suit jamais trahi; Calmez cette frayeur extrême.

Notre secret est encore en nous-méme, Alors qu'il est dans le sein d'un ami.

MADAME DE MARCILLT.

Quoi! Monsieur! ce miroir si raisonnable, c'était vo us!.

M. DE VlLLEBLAKCHfi.

Je n'étais que son interprète et son secrétaire; j'attends la réponse.

MADAME DE HARCUXT.

Ne la devinez-vous pas?

M. DB TILLIBLAKCIR^ «perettànt Sabit-Félit et CalherlB» tfii sont au fond da théâtre, et tpA ont entènda les déridera mots.

Teiiez> Madame, c*est à loi qu'il faut la faire.

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