SCÈNE II
me tiendront peut-être lieu à ses yeux des qualités qui me manquent. Voilà mon plan; qu'en dites-vous?
GOURYILLE.
Je dis. Madame, que vous êtes une femme charmante, et que vous méritez d'être millionnaire, (à part.) Dieu! quel dommage ! raisonner ainsi, et n'avoir que dix mille livres de rente ! Allons, allons, il faut que mon neveu l'épouse, ou j'y perdrai mon nom. (Haut.) Vous n'aimez donc pas' les jeunes gens?
AGATHE
Non, Monsieur.
GOURV^LE.
U en est cependant de fort aimables, ou du moins que l'on s'accorde à trouver tels. Que pensez-vous, par exemple, démon compagnon de voyage, de Gustave, mon neveu ?
Mais, Monsieur ••.
GOURVILLE
Vous ne pouvez pas nier que ce ne soit un joli cavalier, un brave militaire, un caractère charmant.
AGATHE
Sans doute : mais je vous ai prévenu que je disais toujours la vérité, et je trouve...
GOURVILLE
Vous trouvez?..
AGATHE
Je ne puis trop m'expliquer.
AiB : Ainsi que voui, Mademoiselle, Son esprit platt; mais il sait trop d'avance; Qu'avec plaisir chacun va l'écouter ;
Pour sa gaité, pour son aisance.
C'est un homme qu'on peut citer :
Indiscret, frivole, agréable.
Sans rien sentir, toujours sûr de charmer;
Enfin, Monsieur, un homme aimable :
Voilà pourquoi je ne saurais l'aimer.
GOURVILLE, à part.
An diable ! mauvais début.
AGATHE
Après cela, c'est peut-être ma faute.
• L'ktiintiui.^
GOURTILLE.
Non, non, c'est la sienne ; et je ne sais comment vous faire un aveu, (a part.) Ma foi^ rendons-le intéressant à ses yeux^ ou jamais je n'en viendrai à bout. (Haut.) Apprenez donc. Madame, mais surtout le plus grand mystère, car je trahis là un secret qui n'est pas le mien, apprenez que Gustave, mon neveu, vous adore.
AGATHE
Moi! que m'apprenez-vous là?
GOURVILLE
L'exacte vérité. Jugez, après cela, si je peux penser à vous épouser ; si je peux, de gaieté de cœur, faire le malheur d'un eime homme estimable qui n*a d'autre tort que de vous aimer comme un fou.
AGATHE
Je n'en reviens pas ! lui ! M. Gustave. Depuis trois jours qu'il est ici, à peine si je l'ai vu. 11 passe toute la journée à la chasse.
GOURVILLE
C'est que vous ne connaissez pas sa timidité, son caractère. Tenez, avant-hier, dans le salon*..
AGATHE
n n'y est apparu qu'un instant et a été se coucher.
GOURVILLE
Oui, parce qu'il y avait du monde, et qu'il né pouvait vous parler. Mais hier...
AGATHE
Nous étions seuls.
Eh bien?
GOURVILLE
AGATHB.
Air de la Robe et les Bottêil Eh bien ! il semblait à la gène.
GOURVILLE
Quand on aime on dcTient tremblant;
AGATHE
n me dit quelques mots à peine*
GOURVILLE
Votre aspect est très-imposant.