‹ ThéâtreChapitre 54 sur 251 · SCÈNE IL · texte numérisé non relu

SCÈNE IL

YIGTOR; CAMILLE, aTec un panier som le bras; AUGUSTE. CAMILLE, en entrant et courant à Auguste.

Eh bien! eh bien! qu'est-ce qu'il fait donc? il vl se jeter par la fenêtre.

AUGUSTE

Ah! te voilà, Camille!

CAMILLE

Bonjour, Auguste, bonjour, Victor; Scipion n'est pas encore rentré? Ne vous impatientez pas, j'apporte là votre déjeuner; aïe, le bras.

AUGUSTE

Aussi, le panier est trop lourd, tu te fatigues.

CAMILLE

Oh! non, ce n'est pas cela, mais six étages à monter... la! je parie que le feu est éteint.

VICTOR

C'est cela, nous ne déjeunerons pas d'aujourd'hui.

CAMILLE, arrangeant le feu et Tersant Te lait dans la casserole qu'elle place sur le réchaud.

Victor, ne vous fâchez pas, je vais me dépêcher ; là, voilà mon lait qui chaufTe; Auguste, ayez l'œil dessus, et prenez garde qu'il ne s'en aille.

AUGUSTE

Sois tranquille, je m'en charge.

AiR de Lantara, Du coin de l'œil je yais le suivre, Ed finissant ce rondeau qu'on attend.

(Bas à Camille.) Par lui demain nous pourrons vivre.

Je l'ai vendu vingt-cinq francs...

CAMILLF..

Tout autant.

AUGUSTE

Au jour le jour vivre ainsi, c'est charmant!

T. XI i. 7

CAMILLE

Est^il UD sort plus heureux que le nôtre!

AUGUSTE^ montrant la casserole* Dans ce moment^ je tiens là d'une main Le déjeuner de ce jour, et de l'autre

(Montrant son papier.) L'espérance du lendemain.

VICTOR

Neuf heures viennent de sonner, et Scipîon qui est allé faire des visites, et qui va rentrer pour déjeuner, ne trouvera rien de prêt; pourquoi? parce que Mademoiselle a mis une grande demi-heure pour aller chercher du pain et du lait.

CAMILLE

Quel joli petit caractère ! toujours à gronder ! Est-ce que TOUS pouviez, comme nous, prendre du café? est-ce que Scipion n'a pas dit hier que pour un convalescent du chocolat valait mieux? alors il a bien fallu eQ acheter à l'autre bout de lame.

VICTOR

Quoi ! c'était pour cela?

AUGUSTE

Oui; plains-toi donc; je te dis que c'est toi que Camille soigne le plus.

CAMILLE

Sans doute, parce q[U'il est le plus méchant et le plus malheureux, (a part.) et puis ils ne savent pas que moi seule j'ai deviné son secret. (Haut, allant à victor.) Mais à mon tour, que je me fâche. Qu'est-ce que vous avez fait ce malin? votre tableau n'est pas encore terminé, il y avait si peu de chose à faire.

AUGUSTE, le regardant en riant.

Voyez-vous, le paresseux.

CAMILLE, à Auguste.

Et VOUS, Monsieur, qui parlez, vous n'avez pas écrit une note : car votre papier de musique est tout blanc.

VICTOR, le contrefaiiant.

Voyez-vous le paresseux.

CAMILLE

n faut qu'on travaille, entendez-vous.

AUGUSTE

CamiUe, ne gronde pa$^ nous voilà à l'ouvia^^ejet jeiie

gdBNS II, 76

perdrai pas de vue notre ddjeunor, (victor se remet à wn tableau; Avguste s^assied sur un petit tabouret près du feu, éerit sur les genoux, et de tempe en temps regarde la casserole de lait.) CAMILLE.

A la bonne heure.

AUGUSTE^ tendrement.

Nous n'ayons rien fait^ parce que^ vois-tu^ nous parlions de toi.

VICTOR^ d'un air tdste.

Oui; nous pensions à Fayenir.

CAMILLE

L'avenir! qu'est-ce que c'est que ça? est-ce que cela arrivera jamais? pour des artistes, il n'y a que le présent; et qu'a-t-il donc de si triste? (a Victor.) Voyons, Monsieur, qu'est-ce qu'il vous manque? n'êtes-vous pas heureux? et voudriez-vous changer votre situation?

VICTOR, iriYement.

Oh! non^ jamais!

AUGUSTE

Et moi donc! être artiste et mourir de faim; j'aime à vivre

comme cela. (lI manque de renverser la casserole.) Aïe! le déjeuncr!

VICTOR, à Camille lui montrant son tableau.

An : Tais9z-^ooua (d'Amédée de Beauplan).

Toi qui m'as gem de modèle.

Tiens, comment trouves-tu cela ?

CAMILLE

Gomme c'est bien !

VICTOR

Moins bien que celle Dont le souYcnir m'inspira.

(Lui prenant la main.) Oui, je Tai fait à ton image!

CAMILLE

Victor, vous ne travaillez pas.

VICTOR

Puis-je penser à mon ouvrage Quand je regarde tant d'appas?

CAMILLE, )ui fermant la bouche et dûluurnaut la tète* Taisez-Tous, ne regardez pas.

DEUXIÈME COUPLET

AUGUSTE

Cette cavatine m*eDchante.

Tiens^ Camille^ Tiens donc la Toir.

CAMILLE^ parcourant le papier de musi<iatb Je crois qu'elle sera charmante.

AUGUSTE, de Tautre côté.

Tu nous la chanteras ce soir.

CAMILLi:

Mais la fin est encore à faire; Quoi! TOUS Yous reposez déjà!

AUGUSTE, la regardant tendrement»

Et comment trayailler; ma cbère.

Quand je te YOis comme cela?

CAMILLE^ de même qu*aa premier couplet, lui tournant la tète du côté de la cheminée.

Taisez-vous, regardez par là!

AUGUSTE

Ah! mon Dieu! le déjeuner qui s'en va. (on entend chanter ea

dehors.)

CAMILLE

C'est lui; c'est notre ami Scipion.

SCIÈNE III.

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