‹ ThéâtreChapitre 78 sur 251 · URSULE, LÉON · texte numérisé non relu

URSULE, LÉON

LÉON, à part, d*uii air troublé.

' Ah ! mon Dieu ! si j'avais su qu'il dût me laisser seul avec elle. (Haut.) Mon tuteur est bien bon, Madame, mais je suis sûr que je vais vous déranger.

URSITLE^ qui s*e8t assise auprès do la table à gauche, et qui a pris son ouvrage.

Dii tout; je suis à travailler ; mais vous pouvez prendre un livre.

LÉON, sans remuer de place.

Oui, Madame.

URSULE

Car j'eurais peur que ma conversation ne vous amusât pas beaucoup.

LÉON9 ^^'^ récouter.

Oui, Madame.

URSULE

La réponse est honnête, Léon! eh bien ! monsieur Léon, où êtes-vous?ne m'entendea-vouë pas?

LÉON

Non, Madame ; je vous i^gardais : je ne me doutais pas ce matin de tout mon bonheur.

N'a^ez-vous pas reçu une lettre, une invitation de votre tuteur»

LÉON

Eh! non Dieu! «on; mais au milieu de la route, j'ai rencontré André, qui m'a dit que M. Glairval m'attendait ici. Ju-, gez de noa joie, moi qui y venais.

URSULE

Gomment! Monsieur, vous auriez osé, sans invitation, vous présenter ici?

LÉON

Oh! nor. Madame, j'y serais peut-être venu, mais je ne serais pas entré : j'aurais fait comme hier.

URSULE

n paaît que Monsieur nous fait l'honneur de venir souvent dans ceoays? On dit que madame de Melval a une terre dans les enviions.

LÉON

Elle l't vendue. Madame.

URSULB.

Ah! elb l'a vendue!

LÉON

Et autan se promener de ce côté que de celui du bois de Boulogne. )epuis Alfort, où j'ai renconti'é André, la route est

4i6 LA HAINE D'ïïNE FEMICB.

si belle! une avenue magnifique! Je suis sûr que j'ai fait le trajet en un quart d'heure.

URSULE

Y pensez-YOUs? près de deux lieues.

LÉON

J'ai un si bon cheval : il va comme le vent ; et piis je ne monte pas mal; il est vrai que je me suis laissé tomber.

URSULE^ se levant TiTement et avec effroi.

Que dites-vous?

LÉON

Rien qu'une fois, par distraction; c'est ma faute, Madame, je pensais à autre chose.

Air : J'ai vu le Parnasse des dames.

Quand on voyage de la sorte^ Et rimpatience et Tespoir Font qu'en idée od se transporte Auprès des gens que Ton ya TOir Oui, ce bonheur que Ton ignore Je rai tout k l'heure éprouvé; Mon coursier galopait encore Que déjà j'étais arrivé.

A-t-on idée d'une pareille imprudence? exposer ainsi jours! car songez donc que vous pouviez vous tuer, t

URSULE

si ses

jours! car songez donc que vous pouviez

Vous avez raison ; j'en aurais été bien fâché, surtoàt main^ tenant, car je suis bien heureux.

URSULE

Et pourquoi?

LÉON

Parce que vous venez de me gronder comme autrefoë. Autrefois, Madame, vous daigniez m'aider de vos conseilsyde votre amitié. Ce temps-là est bien loin ! et je ferais maiÂenant toutes les folies du monde, sans que vous prissiez la j^e de m'adresser un reproche.

URSULE, allant se raueoir.

Mais c'est assez naturel. Quand vous n'étiez enco^ qu'un écolier, mon mari et moi, qui vous portions beaucoip d'intérêt, pouvions nous permettre de vous donner queldies avis ; mais maintenant; vous n'en avez plus besoin.

SGiNE IV, 417

LEON

Au contraire, Madame^ plus que jamais; et si vous ne venez pas à mon secours^ je suis un homme perdu!

ORSULB, TWement.

Vous avez besoin de moi? eh bien ! Monsieur, pourquoi ne pas le dire tout de suite? Ai-je donc Tair si effrayant? (Loi faisant signe de s'asseoir à côté d'elle.) Prenez cettc chaise; allons» venez ici, et contez-moi cela.

LÉON

Eh bien ! Madame, j'étais hier dans une brillante soirée, tous les jeunes gens de ma connaissance entouraient la table d'écarté; par amour-propre, j*ai voulu faire comme eux ; pour la première fois de ma vie, j'ai joué sur parole, et j'ai perdu une somme énorme !

' URSULE

Malheureux ! et combien?

LÉON

Trois cents francs.

URSULE, tLbU

Tant que cela?

LÉON

Ce n'est rien pour vous qui avez trente ou quarante mille livres de rentes; mais moi... Et le plus terrible, c'est qu'il faut le dire à M. Philippon^ à mon tuteur. Il a si bonne opinion de moi^ qu'il va se mettre dans une colère...

URSULE

Eh bien ! que puis-je faire?

LÉON

Chargez-vous de le lui apprendre, et de plaider ma cause. Dites-lui que c'est l'usage, que tous les jeunes gens en font autant, je suis certain qu'il vous croira, qu'il me oardonnera.

URSULE

Si j'étais sûr que désormais...

LÉON

Oh! je vous jure... me voilà corrigé.

Air de Céline, Si par une erreur passagère Un instant je fus emporté, La raison me fut toujours chère

URSULE, sooriaiU.

Qae dites-vous?

418 LA HAINE d'une FEMME.

LÉONf se levant.

La vérité.

Sur la raison je me réglai sans cesse; Mais j'ai du mallieur, ear^ hélas l ^ (Regardant Ursule.)

De tout temps j'aimai la sagesse :

G*e8t elle qui ne m*aime pas.

PHILIPPOII, qu'on entend en dehorSt

C'est bon : je vais lui parler.

LÉON

C'est mon tuteur; je vous laisse avec lui. Vous me promet* tez, n'est-il pas vrai?... Ah! jamais je n'ai été plus heureux.

(il sort par la porte à droite.)

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